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Le cinéma est né au début du siècle dernier pour permettre de représenter en images les scènes de la vie quotidienne ou pour en imaginer. En raison de sa jeunesse et de par les merveilles qu’il fit au début, les spécialistes et les critiques de l’art l’ont appelé le 7e art avec tous les préjugés favorables que ce terme comporte.

Avant son avènement, c’était la peinture et le théâtre qui avaient dominé le monde de l’art mais le gigantisme américain qui a repris en main le secteur à la fin du second conflit mondial l’a fait surclasser tous les autres dans la 2e moitié du XXe siècle.

Le théâtre, dans ses deux genres, la comédie et la tragédie, s’offrirent presque tout le XVIIe siècle et même le début du XVIIIe. Pendant longtemps, les représentations théâtrales occupèrent le devant des scènes européennes, des cours royales aux places bourgeoises et populaires. Dans le même temps, les grands peintres faisaient de beaux tableaux qu’achetaient à prix d’or aristocrates de renom et riches bourgeois.

Le cinéma prit le relais de cette atmosphère à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Muet au départ et réduit à un défilé d’images, l’art cinématographique fit en quelques années plus de progrès que ne le firent le théâtre et la peinture en plus de deux siècles. Son évolution spectaculaire a suivi celle des techniques et des moyens de communication, produisant en Occident un univers d’hommes du cinéma rivalisant souvent avec les grands hommes de culture.

Pourtant le cinéma fut conçu au début pour divertir comme le théâtre mais vu le développement problématique de la société capitaliste, les hommes de cinéma se virent contraints de s’intéresser aux maux que secrétait cette société, les peindre et souvent les dénoncer.

En cela, il était sur les traces du théâtre qui eut à peu près le même rôle et le même parcours fait de divertissement et de critiques sociales pour ensuite tomber dans la dénonciation des magouilles politiques, l’exploitation féroce des ouvriers et des femmes dans les usines et les entreprises.

Dans les années 1950 le cinéma devint parlant et commença alors une ère nouvelle qui permit aux cinéastes de faire des miracles avec les images et les sons. Le développement à outrance des techniques cinématographiques entraîna la spécialisation des hommes et des femmes travaillant dans le secteur : techniciens des sons et des lumières, acteurs, réalisateurs, producteurs, etc.

Le cinéma ne fit son apparition dans les colonies qu’après les années 1950 lorsque la citoyenneté française fut reconnue aux colonisés. Mais même avec cette reconnaissance, dans les salles de cinéma, Européens et Africains n’occupaient pas le même espace et pendant des années cet apartheid camouflé exista dans beaucoup de colonies françaises d’Afrique.

Evidemment les films montrés aux colonisés étaient des films de divertissement qui peignaient en rose la société française et non ceux qui la critiquaient sévèrement. Le public était constitué de fonctionnaires et de lettrés de divers horizons auxquels venaient s’ajouter quelques badauds qui y venaient plus pour la frime que pour la compréhension du film.

Dans les années 1960, les nouveaux Etats africains se virent dans l’obligation de développer leur propre cinéma et de mettre à la disposition de leur peuple des films faits par des nationaux et en rapport avec leur culture.

La colonisation ayant superbement négligé ce domaine, c’est-à-dire n’ayant formé aucun cinéaste, les nouveaux responsables commencèrent par former des hommes chargés de développer ce secteur. Cette formation coûtant les yeux de la tête en Europe occidentale où, en outre, elle est trop sélective, on opta pour les pays d’Europe de l’Est où elle était moins chère et où la plupart de nos hommes de cinéma eurent la main.

De la sorte les premiers cinéastes maliens furent principalement formés en ex-URSS et dans ses anciennes dépendances comme la Pologne, la RDA, la Roumanie, la Yougoslavie, etc. Les premiers films produits par ces cinéastes du cru furent des courts-métrages relatant les scènes de vie du pays ou des documentaires sur des aspects cruciaux de la vie nationale.

Mais vu les moyens limités de l’Etat, qui en assure le financement, les films sortent au compte-gouttes et ne sont jamais en mesure de concurrencer les productions occidentales qui continuent à inonder les salles de cinéma dans la capitale et les villes de l’intérieur.

Ainsi les films asiatiques réservés aux arts martiaux qui à partir de 1970-1980 remplissent toutes les salles de Bamako au détriment des films internationaux incapables de satisfaire les spectateurs pour des raisons diverses.

Mais aujourd’hui, les innovations techniques et technologiques qui ont permis la découverte du magnétoscope et des autres gadgets électroniques ont porté un rude coup non pas au cinéma qui continue à se bien porter mais aux salles de cinéma qui sont presque toutes mourantes du fait de la concurrence. Il y a aussi les TV nationales qui diffusent parfois des films nationaux et étrangers au détriment des salles de cinéma. Tous ces facteurs font que celles-ci sont désespérément vides et n’appellent plus que quelques nostalgiques des années 1970-1980.

Mais, à tout prendre le cinéma est un art dont l’épanouissement demande d’énormes moyens techniques, financiers et humains. Pour cette raison, tout en reconnaissant son utilité, les pays africains et ceux du Tiers-monde en général, confrontés aux graves problèmes de survie de leurs peuples, sont obligés de ne pas en faire une priorité ou en tout cas de mener cette politique avec beaucoup de prudence pour ne pas plonger dans le désordre en voulant faire coûte que coûte de bons films.

Facoh Donki Diarra

08 Aout 2008