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Tout comme le cinéma, la photographie est née au début du siècle passé des innovations techniques entamées au XVIIIe siècle et qui se sont poursuivis sans relâche durant les siècles suivants.

Dans les périodes antérieures, par manque de moyens techniques performants, les artistes se contentaient du nécessaire pour faire des portraits et des tableaux de paysage, le plus souvent sur commande des personnages importants de la société.

Ce n’était pas d’ailleurs tout le monde qui tombait d’admiration devant ces tableaux conçus pour les classes aisées ; le petit peuple, luttant pour sa survie, avait d’autres sujets de préoccupation que de s’extasier devant des œuvres peignant une nature dans laquelle il était au quotidien.

La photographie, dès que les techniques le permirent, s’ajouta à la peinture pour fixer sur image des scènes de la vie familiale ou la figure attachante d’une personne qu’on ne voudrait ni quitter ni oublier. Elle est donc née de la nécessité d’immortaliser en quelque sorte des situations inédites en les faisant sur image ou des proches avec lesquels on voudrait rester toute une éternité.

Cependant, même en Europe où elle fut inventée, la photographie fut avant tout une affaire de gens aisés et de familles placées au-dessus des besoins alimentaires quotidiens et pouvant de ce fait se permettre de rêver à l’après-mort.

Pendant longtemps, le matériel permettant de faire des photos, ne fut pas à la portée du grand nombre et dans les grandes villes européennes, il fut considéré comme un objet de curiosité par le petit peuple jusqu’aux années 1950. Dans les campagnes françaises par exemple, rares étaient les paysans qu’à la fin de la 2e guerre mondiale, avaient dans la main, au moins une seule fois, un appareil photographique.

Pour des pays encore plus arriérés comme le Portugal et la Belgique, c’est d’un objet de curiosité qu’il s’agissait même au sein des classes moyennes. Toutes ces considérations faisaient que l’art photographique ne se développait que dans les classes sociales supérieures exclusivement et de préférence dans les grandes métropoles, les masses rurales et les classes pauvres l’ignorant jusqu’au réveil asiatique des années 1980 qui démocratisèrent la photographie.

Tant que la fabrication des appareils photographiques fut aux mains des grandes entreprises capitalistes occidentales, leur prix fut hors de portée de la bourse des classes moyennes des paysans et des ouvriers.

Dans les colonies françaises d’Afrique, la situation était encore plus compliquée, mais seuls les colons et les administrateurs (civils ou militaires) avaient les moyens d’acheter ces appareils et de faire des privilégiés, regardaient l’engin à photo comme un objet de sorcellerie que seuls les Blancs pouvaient posséder.
Cependant à l’ombre de ceux-ci, très tôt, quelques colonisés s’intéressèrent à la photographie et s’y fixent un nom après le départ des Français en 1960.

Beaucoup de colons, en rentrant, leur vendirent leur matériel et c’est avec cet arsenal que ces amateurs devinrent les pionniers de la photographie au Mali. Mais cet art ayant la particularité de ne pas être enseigné dans une salle de classe, il est ouvert à tout le monde, lettrés comme analphabètes. Ceci explique que certains de nos premiers photographes soient presque des illettrés, des gens venus à cette occupation presque pour faute de mieux et qu’ils y ont fait carrière un peu malgré eux-mêmes.

Il faut dire aussi qu’en dehors des matches de football ou de boxe, pour lesquels des photos sont nécessaires, les occasions pour en faire étaient rares, les gens n’ayant pas encore acquis la culture de la photographie pour réclamer des photos de souvenir, de famille, de mariage, etc. toutes ces scènes, devenues banales aujourd’hui, étaient loin d’être répandues il y a 20 ans ; seuls quelques privilégiés des centres urbains pouvaient en effet se les offrir lors des cérémonies civiles.

La profession de photographe a aussi mis du temps à être reconnue. Les gens ne lui accordaient pas toute l’attention voulue dans la mesure où cela s’apprenait sur le tas et pouvait être pratiqué par n’importe qui. De plus, ce travail ne faisait pas partie des métiers traditionnels, mais relevait plutôt du chapitre des petits emplois effectués auprès des Blancs comme les cuisiniers, les boys et les blanchisseurs. Une telle perception faisait forcément passer le photographe comme un fainéant ou comme un amuseur.

Mais depuis que les Asiatiques (surtout les Japonais) ont vulgarisé et même banalisé l’appareil photographique, le métier s’est relevé et les photographes ont repris du service dans les stades, lors des mariages et des baptêmes, etc. Et si la photographie n’est pas encore une profession (ou un corps) reconnue par la Fonction publique, ses acteurs, grâce aux opportunités offertes par les cérémonies civiles, arrivent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu.


Facoh Donki Diarra

15 Aout 2008