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Dans le but de s’abriter des intempéries (pluie, vent, froid) et des fauves, les hommes se sont construit des logis dont les matériaux, généralement, furent pris dans leur environnement immédiat. Dans les zones de grandes forêts, les branches des arbres furent massivement utilisées dans la construction des huttes alors que dans le désert où la vie était nomade la préférence est allée à la tente facile à transporter et mieux adaptée à ce style de vie.

De façon générale, le climat a beaucoup influencé le génie des hommes dans le mode de construction de leurs demeures, c’est-à-dire l’architecture. Dans les pays froids où la rigueur de l’hiver peut tuer, on a été très imaginatif en construisant des maisons pourvues d’une cheminée pour faire chaud mais dans les pays chauds d’Afrique où le climat est plus clément, on s’est contenté du minimum pour dormir et se reposer.

Les maisons, chez nous, ont de tout temps, été en banco avec une toiture en paille pour les cases qui, jusqu’à une période récente, constituaient le style architectural dominant dans les campagnes. Toutes les régions de ce pays, y compris celles du Nord, ont pratiqué, à de rares détails près, ce style que l’on retrouve même chez des groupes nomades comme les Peuls, grands amateurs des habitations légères comme les paillotes assez faciles à échafauder et à démonter.

Les cases rondes en banco existaient à côté des maisons en terrasse qui semblent avoir été introduites chez nous par les architectes maghrébins (abusivement on dit arabes) au Moyen âge. Sous l’empire du Mali, des architectes maghrébins ont construit quelques palais pour nos mansa et ce sont ces maisons en terre battue qui ont été, de diverses manières, imitées par les maçons de Djenné et de Tombouctou.

Sous l’empire Songhoy, les Askia firent la même chose en faisant venir d’Afrique du Nord de célèbres architectes qui leur construisirent des palais et des mosquées dont certaine ont traversé les siècles et tiennent encore debout. Cela donna naissance à ce qu’on a appelé l’architecture soudanienne qui est en fait un savant mélange de pratiques anciennes en maçonnerie à base de terre et de savoir-faire étranger introduit chez nous par les architectes arabes au Moyen âge.

Mais il convient de préciser qu’hormis les cas de Djenné et de Tombouctou, en tant que tel, beaucoup de nos sociétés traditionnelles ignoraient la figure du maçon professionnel. Celui-ci n’apparaît vraiment et ne prospère que dans les grandes cités musulmanes du Nord et du delta central que fréquentaient assidûment les voyageurs et les architectes arabes et maghrébins.

Dans le reste du pays, en règle générale, chaque homme construisait sa maison aidé en cela par les autres villageois parce que le travail de maçon n’a jamais été une profession rémunéré autrefois.

Quand un village se fondait, l’usage n’était pas d’appeler un ou des maçons pour la construction des maisons ; c’étaient les villageois eux-mêmes qui faisaient ce travail. Dans beaucoup de cas, les constructions de maisons se faisaient solidairement, sous forme d’investissements humains.

Mais dans le Nord du pays, du fait des contacts avec les étrangers, les constructions en hauteur, en étage, ont existé bien avant la colonisation. Elles étaient nombreuses dans les villes du delta central, plus précisément à Mopti où les maisons des grands notables étaient certes en banco mais à étages. Ce type de construction était spécifique à cette région à cause de son argile qui devait être particulièrement résistante puisque même Ségou qui a été la capitale d’un grand empire, celui des Bamanan, ne l’a pas connu.

La colonisation a introduit dans notre société d’autres types de maisons avec des constructions en pierres, en ciment et en banco mais couvertes cette fois-ci de tôles. De plus en plus, en raison de la solidité de ces types de maisons, le banco est progressivement délaissé au profit des constructions en dur comme on dit.

L’architecture traditionnelle à base de terre est de moins en moins employée dans les villes où l’on fait tout pour construire en ciment. Mais vu le coût quasi inaccessible du ciment (que le Mali ne produit plus) et d’autres matériaux modernes de construction, on se demande si une bonne partie de la population, les couches moyennes et pauvres ne vont pas renoncer et retourner à l’ancienne forme.

Parce que la construction des maisons de style européen coûte cher et n’est pas à la portée de beaucoup de bourses, le banco et l’argile ont encore de beaux jours devant eux.


Facoh Donki Diarra

02 Mai 2008