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Le président Modibo Kéita mourut en détention arbitraire le 16 mai 1977 à Bamako après avoir régné de 1960 à 1968, soit 8 ans seulement. Son enterrement le lendemain, 17 mai 1977 au cimetière populaire d’Hamdallaye mit Bamako sens dessous dessus tellement les populations étaient convaincues qu’il était mort plus par empoisonnement que de mort naturelle.

De son arrestation à sa mort, pour le Comité militaire de libération nationale qui l’avait renversé, en détention, même au Nord du pays, il avait représenté plus de danger que quand il était dehors, libre de tous ses mouvements.

En dépit de certaines mesures impopulaires prises par son régime comme le rationnement des denrées alimentaires et la création de la milice populaire dans les années 1965-1966, pour de nombreux Maliens, il symbolisait la majesté de la fonction présidentielle, l’autorité de l’Etat et la finesse de l’intellectuel.

Les soldats qui le renversèrent en novembre 1968 ne parvinrent jamais à combler le vide laissé par son arrestation et c’est cette absence de charisme qui caractérisa le CMLN, puis plus tard l’UDPM durant toute leur existence.

Arrêté en même temps que la plupart des membres de son gouvernement ainsi que les personnalités les plus influentes de l’US-RDA, Modibo passa avec ses camarades au moins 10 ans sans jugement dans les bagnes du Nord. Le CMLN les garda ainsi sans jugement parce que manifestement et sur le point de vue du droit, il n’avait aucun chef d’accusation sérieux à leur opposer.

Il faut dire que de 1963 à 1989, l’épidémie des coups d’Etat sans motif valable s’était emparée de l’Afrique, permettant à d’obscurs soldats d’occuper de hautes fonctions au sommet de l’Etat et il a fallu attendre la conférence de La Baule en 1988 pour que ces hold-up politiques prennent fin avec la démocratie imposée par la France de F. Mitterrand aux chefs d’Etats africains.

Beaucoup de bons chefs d’Etat ou de gouvernement furent emportés de la sorte par de médiocres officiers qui ne savaient même pas ce qu’étaient la politique et l’art de gouverner. Dans les cas de Modibo, plus la détention durait, plus il grandissait dans l’estime de ses concitoyens qui comprenaient de moins en moins pourquoi les militaires le maintenaient si arbitrairement dans l’ombre.

Mais plus le CMLN organisait le silence autour de cet emprisonnement sans fondement, plus le détenu et ses compagnons passaient pour des héros, des victimes de l’arbitraire des militaires. Surtout que dans le même temps, ceux-ci se signalaient par leurs frasques dans les quartiers populaires, leurs méthodes de cow-boy lors de la répression des manifestations et les détournements de deniers publics dont beaucoup ne dédaignaient pas.

Les années 1974-1975 furent caractérisées par des cycles de sécheresse sans fin qui appauvrirent grandement le petit peuple tandis que des responsables politiques au sein du CMLN s’enrichissaient de l’aide internationale offerte par les pays occidentaux pour atténuer les effets du désastre.

Ces années terribles de sécheresse montrèrent clairement que le CMLN se battait pour lui-même et non pour le peuple dont le pouvoir était usurpé. Pendant que les officiers s’enrichissaient et prenaient des galons, les conditions de vie et de travail des travailleurs se détérioraient suite au non-paiement des salaires devenus irréguliers et incertains.

Mais la reprise des activités politiques et syndicales dans les limites imposées par la Constitution de 1974 permit de poser certaines revendications même si le régime n’acceptait cela que forcé. Les scolaires s’organisèrent au sein d’une Union nationale des élèves et étudiants du Mali et l’UNTM, reconnue de nouveau, réclamait ses activités.

De 1974 à 1978, la contestation s’installa partout tellement la misère du peuple était devenue grande. Le paiement irrégulier des salaires des fonctionnaires et la liquidation progressive des sociétés et entreprises d’Etat (SEE) qui mettait au chômage un nombre important de travailleurs s’ajoutaient à la tension sociale déjà tendue qui indexait l’incapacité des militaires à faire face à la situation.

De plus en plus, il se disait qu’ils étaient venus au pouvoir plus pour leurs propres poches que pour redresser quelque situation que ce soit. Lors des rares manifestations tolérées par le régime, le retour de l’ancien président et son équipe était de plus en plus demandé. Les manifestants n’avaient plus peur de les réclamer parce que la situation était pourrie alors que l’équipe dirigeante n’arrivait à rien résoudre.

L’économie était encore plus délabrée que sous l’US-RDA et le régime lui-même plus dictatorial que celui qu’il avait renversé. Dans cette situation de contestation généralisée, les militaires prirent peur pour leur régime et décidèrent d’attenter à la vie de l’ancien président dont le retour aux affaires était de plus en plus exigé.

Ils profitèrent du séjour de celui-ci à Bamako pour recevoir des soins de santé pour le faire mourir le 16 mai 1977. Son enterrement, le 17 suivant mit tout Bamako débout qui demanda une autopsie, ce à quoi se refusèrent les militaires.

Pour le petit peuple, il ne faisait aucun doute que c’était la bande des 3 qui avait lâchement assassiné l’ancien président à travers un médecin de la place qui surveillait son état de santé. C’est comprenant cela aussi que Moussa Traoré et son clan décidèrent de se séparer d’eux en les arrêtant le 28 février 1978 pour faire croire que dans cette affaire, il avait les mains propres alors qu’elles étaient rouges du sang de l’ancien président.

Facoh Donki Diarra

24 Avril 2009