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Dans les situations politiques bloquées comme les dictatures militaires où les régimes totalitaires dans lesquels les individus sont opprimés et empêchés de vivre normalement, surviennent couramment des phénomènes de trahison et de délation destinés à plaire à l’homme de pouvoir ou à préserver des intérêts.

Il est tout aussi vrai que dans les sociétés non politiques comme les communautés villageoises traditionnelles, existent mais sous des traits moins cruels, les mêmes formes de malveillance et de déviation sociale qui divisent ses membres et détruisent l’unité du cadre de vie. La délation, comme le mensonge, est faite dans le but d’en tirer profit ou de nuire tout simplement aux intérêts d’un individu qui gêne et auquel on souhaite faire de l’ombre.

Quoi qu’il en soit, en tant que phénomène social, la délation est rarement un acte gratuit et traduit une disposition d’esprit d’une personne faible de caractère, incapable de dire les choses en face des protagonistes qui fait peur et doit être discrédité par ce procédé malhonnête.

Elle n’est pas loin du mensonge dans la mesure où le plus souvent le délateur déforme les faits soit par calcul soit par masochisme, pour convaincre et jouir des effets de son acte. Elle consiste par exemple à rapporter à une autorité supérieure, mais en altérant volontairement les faits ou en rajoutant les paroles ou les actes d’un homme ou d’un groupe d’hommes dont les activités politiques ou économiques gênent et auxquelles on voudrait mettre fin.

Dans la sphère politique, la délation est très largement utilisée pour empêcher un adversaire de grimper ou lui briser carrément la carrière. Elle apparaît donc comme la dénonciation calomnieuse d’un individu ou d’une situation critique en vue d’en tirer profit sur le plan politique ou en espèces sonnantes et trébuchantes.

Dans tous les cas, il s’agit d’une activité illégale dans la mesure où parfois les faits rapportés ne sont pas autorisés ou entrent dans le cadre de la vie privée En outre, la délation, par plusieurs aspects, s’apparente à l’espionnage sauf que celui-ci est plus structuré et plus professionnel et demande des résultats précis.

Les régimes les plus répressifs, ceux qui enferment les individus dans un système et règnent par la terreur sont les plus aptes à favoriser la délation. On l’a vu avec la France de Vichy (1939-1943) et avec l’ex-URSS (1918-1989) qui ont systématiquement érigé la délation en moyen de domination politique et idéologique.

Au Mali, le régime du CMLN (1968-1974) fut aussi le champion de la délation politique par les nombreux réseaux mis en place par la direction nationale de la police en vue de détecter les adversaires des militaires. Par cette voie, le CMLN parvint à terroriser des années durant ses opposants politiques, ceux notamment de l’US-RDA et du PMT (Parti malien du travail) obligés dès lors de se réfugier dans la clandestinité.

Dans de nombreux pays d’Afrique, entre 1966 et 1989, la délation fut utilisée comme arme politique contre des adversaires vrais ou supposés et a conduit en prison, souvent, à la mort, des hommes politiques de valeur et des opposants de qualité dont le seul tort était de faire des propositions différentes de celles du gouvernement en place.

La délation profite surtout aux régimes de la pensée unique, ceux qui n’acceptent pas la contradiction et voient des ennemis partout qu’il faut nécessairement réduire au silence pour ne pas apparaître comme impopulaires. Toutefois, il y a une nette différence entre la dénonciation et la délation par le fait que la démocratie est courageuse et se fait à visage découvert alors que la délation se fait secrètement en marge des circuits ordinairement admis de la communication.

La démocratie peut rester au niveau du verbe ou de l’écrit, mais les résultats obtenus par la délation peuvent être utilisés contre un adversaire politique et même économique. La dénonciation des faits politiques et économiques peut être admise par de nombreuses couches de la société pendant que la délation, assimilée au mensonge grossier et à la déformation calculée, est considérée comme un acte lâche posé par un irresponsable pour des raisons personnelles.

En ce sens, elle apparaît plutôt comme un acte peu conforme à la morale sociale par son aspect onéreux. Parce que, autant la dénonciation peut se faire gratuitement, et parfois dans un but sincère, autant la délation est intéressée et s’opère à chaque fois dans un but lucratif.

Facoh Donki Diarra

03 Août 2012