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Au Mali – et un peu partout en Afrique – pratiquement toutes les cérémonies civiles sont prétexte pour chanter et danser. Cette atmosphère quasi-festive a fait dire aux Européens lors de leurs premiers contacts avec l’Afrique noire que ce continent était celui de la danse, de la musique et de tous les amusements.

La remarque paraît exagérée même si dans beaucoup de ses parties la musique et la danse font partie de l’éducation traditionnelle des enfants. Un peu partout en Afrique de l’Ouest, la nuit au clair de lune (le climat permet cette occurrence), les fillettes de 14-15 ans, sans accompagnement musical, se réunissent pour battre des mains, chanter et danser.

Dans leurs chansons, qui dépassent leur jeune âge, il est déjà question des grands problèmes de la vie comme la maladie, la mort et souvent l’amour. Généralement ces chansons ne viennent pas d’elles-mêmes, mais sont des textes formalisés venant du fond des âges et que les grands-mères leur ont appris pour être passés aux générations suivantes.

En brousse ou dans les champs pour leurs jeux, les jeunes garçons également fredonnent des airs appris soit de leurs aînés, soit des grands-parents. La danse, elle, est réservée à tous les jeunes la nuit lorsqu’on joue le tam-tam ou le balafon sur la place publique. De façon générale, à l’adolescence comme à l’âge adulte, la danse, la musique et les chants accompagnent les hommes et les femmes du milieu traditionnel des zones rurales.

Mais, curieusement ceux-ci n’en font pas une profession et dans le monde rural, des danseurs et des musiciens professionnels, jusqu’à une période récente, cela ne courait pas les rues puisque tout le monde en faisait en tant qu’amateur. Lors des fêtes de mariage ou de circoncision, par exemple, des groupes de danseurs et de musiciens se rendent dans les familles concernées et s’y produisent, tantôt gratuitement, tantôt moyennant quelque chose.

Le paradoxe est aussi que beaucoup de ces artistes n’ont pas eu de maître et ne sont passés par aucune école. Au village, en l’absence de tout centre de formation, c’est généralement la passion pour l’art qui aide l’homme à devenir un artiste.

De la même manière, dans beaucoup de villages se jouait le théâtre traditionnel qui faisait la critique de la société avec des acteurs non professionnels. La troupe était constituée des jeunes gens du village intéressés par le développement du théâtre local dont les pièces n’étaient pas écrites mais puisées dans le répertoire villageois. Certaines de ces pièces comportent des chants qu’entonnent les acteurs chargés de ce rôle.

La colonisation nous a mis en contact avec une forme de théâtre qu’on peut qualifier de moderne et qui a progressivement pris le pas sur le théâtre traditionnel de plus en plus laissé au milieu rural. Mais dans les colonies, par manque d’acteurs professionnels, les pièces étaient jouées par des amateurs, généralement des enseignants, des commis de l’administration, bref des fonctionnaires.

Au Mali, à partir de 1960 l’événement culturel majeur fut l’organisation, à intervalles réguliers, de la Semaine nationale de la jeunesse, puis de la Biennale artistique et culturelle après 1968. Les préparatifs de ces grandes rencontres culturelles conduisirent les directions régionales de la jeunesse, des arts et de la culture, à produire des pièces de théâtre, des chants et des danses.

Cette compétition, qui pouvait durer une semaine, mobilisait toute la jeunesse du pays durant ce laps de temps. Des pièces de théâtre, des ballets et des chansons étaient alors présentés au public dans le but de faire ressortir les spécificités de la région.

Les thèmes des ballets, inspirés de la comédie musicale en cours en Occident, allaient des problèmes politiques aux problèmes de développement sans oublier ceux de la compétition, des abus de l’administration, bref des maux dont souffrait la société.

De 1960 à 1961, les ballets et les pièces de théâtre sont devenues un moyen de dénonciation des déviations politiques et administratives, à tel point que ce discours n’a plus d’impact sur les gouvernants habitués désormais aux critiques contenues dans ces productions. Pour ce qui est des pas de danse, ils proviennent majoritairement des folklores locaux, mais sont adaptés aux instruments de musique modernes.

Le rôle des ballets est d’éveiller les consciences, d’attirer l’attention sur un problème social grave afin que les décideurs prennent leurs responsabilités et agissent. Il s’agit d’une création artistique et culturelle destinée à faire danser certes, mais également à véhiculer un message.

L’avènement de la Biennale artistique et culturelle, chez nous, a donné naissance à une classe de dramaturges spécialisés dans l’écriture des pièces de théâtre et des ballets, donc de gens qu’on peut appeler les chorégraphes même si, officiellement, la chorégraphie n’est pas, pour l’instant, une profession bien définie pour nos textes.

Malgré la libéralisation partielle du domaine des arts et de la culture en 1991, la chorégraphie et le monde du théâtre ne sont pas encore pleinement émancipés du domaine public et, en plus, comprend plus d’amateurs que de professionnels.


Facoh Donki Diarra

01 Aout 2008