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L’actualité au Mali est depuis quelques mois marquée par le déploiement ou non de la force légitime de la Cédéao au Mali. Une action militaire que mènerait la communauté ouest africaine pour mettre fin au brigandage et aux tortures que subit la population du pays. Depuis, le sujet est inversement interprété selon le camp dans lequel on se trouve. Certains, peu informés, vont jusqu’à parler d’ingérence et de souveraineté. Pourtant, l’action de l’envoi de la force militaire est plus que fondée. Et selon Me Didier Konan Augde, les textes de la Cédéao le stipulent clairement.

Pour Didier Konan Augde, avocat béninois, l’article 3 du Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité du 10 décembre 1999 le dit sans ambages. Cette disposition charge également « les Etats membres de la Cédéao de gérer et résoudre les conflits internes et conflits entre Etats ».

Et cela après un certain nombre de procédures. Créée le 28 mai 1975 à Lagos (Nigeria), la Cédéao a vite évolué pour se donner des moyens de prévention et d’instauration de la paix et de la sécurité dans l’ensemble de ses 15 pays membres (dont la Côte d’Ivoire). Elle est passée du Programme de non-agression (PNA) en 1978 à l’Ecomog en 1990, après le Protocole d’assistance mutuelle en matière militaire en 1981.

Selon lui, la Cédéao a toujours été guidée par le souci de préserver un climat de paix et de sécurité dans son espace. « C’est cette volonté qui a conduit la Cédéao à intervenir au Liberia d’abord en 1994 puis en 2003. Ensuite, la force légitime de la Cédéao est ensuite intervenue en Sierra-Léone en 1997 et en Guinée-Bissau en 1999 et tout récemment en Côte d’Ivoire et en Guinée-Bissau ». Alors que pour toutes ces interventions, le Mali membre de la Cédéao a donné son accord pour que la paix soit imposée dans les pays ouest africains.

Pour bon nombre de Burkinabé et de Béninois, le Mali a tout à gagner en acceptant une intervention militaire de la Cédéao pour libérer le Nord du pays qui est dans les mains des rebelles depuis quelques mois.

Pour Hervé Zabre, étudiant burkinabé qu’on soit pour ou contre un président, le livrer à la vindicte populaire organisée est un couteau à double tranchant car par cet acte on ouvre l’ère de l’agression physique d’une personnalité qui représente une institution qui est au-dessus de tout. « Dioncounda est l’expression d’un suffrage universel pour lequel nous nous sommes battus en 1991 avec à la clé des pertes en vie humaine ».

L’intimidation et la terreur sont les instruments des personnes de mauvaise volonté pour déstabiliser le pays afin de pouvoir tirer profit. « C’est le peuple malien de nos jours qui doit plaider l’envoi immédiat des forces de la Cédéao et non le contraire. Je vois que ce grand pays de connaissance vient de tomber d’un arbre dans un puits ».

Pour Ousmane Daff, militaire burkinabé, les pays de la Cédéao sont tous des pays frères et cette fraternité fait que le Mali doit accepter l’intervention de ces forces légitimes pour libérer un territoire de la Communauté. « J’implore mes frères d’armes du Mali à accepter que la Cédéao joue sa part dans l’histoire du Mali. Plus de temps et le Nord sera de plus en plus dans les mains des insurgés ».

Pour John Evan Benoît, écrivain béninois, cette crise a déjà fait perdre au Mali beaucoup de fonds. « Vous n’avez ni les hommes, ni les moyens, ni la volonté de reconquérir votre sol perdu. Aucun mètre carré n’a été récupéré par l’armée malienne depuis le début des offensives des rebelles du MNLA. Vive la Cédéao, vive la communauté internationale, vivent les institutions maliennes, vivent les Maliens ».

Pour Cécille Guêde, étudiante béninoise, la mise en place de la force internationale pour la libération des territoires maliens est en route. « Certains signes ne trompent guère. Autrefois interlocuteur par défaut de la Cédéao, aujourd’hui le CNRDRE est sommé par la communauté internationale. Le statut farfelu qui a été accordé à son chef Sanogo est nul et non avenu ».

Pour moi, un pays qui ne peut pas payer ses fonctionnaires avec ses recettes ne peut pas refuser d’être aidé. « Je pense que les Maliens veulent l’aide internationale mais c’est les putschistes qui ne veulent pas. Mais Dieu n’abandonnera pas les Maliens. Vive la communauté internationale et vivent les Maliens qui font bouger les choses ».

Sory I. Konaté

(stagiaire, depuis Ouagadougou)

Les Echos du 12 Juin 2012