Partager

Silencieux, la main tendue vers le sol : voilà la réponse, saisissante apportée par un vieux paysan face à l’avancée du Sahara. ‘’Avons-nous le droit de baisser les bras en attendant des jours meilleurs ?

Le Sahara couvre une grande partie du territoire malien. Les pluies sont rares, très espacées et d’une efficacité biologique faible. La sècheresse est devenue dans notre pays une calamité naturelle (expression employée couramment dans les cérémonies officielles).

Cependant les indications fournies ces dernières années par les satellites météorologiques permettent de signaler une avancée du désert de 4 à 5 Km par an au Mali. Il semblerait même que les relevés des toutes dernières années dépassent ce chiffre. Même en ne tenant pas compte que des chiffres, cela représente une étendue de 400 000 ha environ, gagnés chaque année par le désert.

En l’absence d’interventions nouvelles, le domaine du sahel risque de gagner le cercle de Yorosso et de Koutiala. De la zone soudanienne, on passe au Sahara.
Souvenons nous voici près de soixante ans, l’agronome René Dumont publiait ‘’ l’Afrique noire est mal partie ‘’ ; malgré les multiples raisons d’espérer qui figurent dans ce livre, les raisons de doutes étaient exprimées avec précision. Les erreurs du colonisateur et des gouvernants étaient clairement identifiées : priorité aux infrastructures coûteuses, mécanisation prématurée de l’agriculture, cultures vivrières négligées, encouragement à l’adoption des mœurs occidentales (de l’habitat à l’alcool)…

De la colonisation aux indépendances, le chemin du développement est long, les étapes nombreuses, les routes souvent chaotiques. Le Mali comme la quasi-totalité des Etats africains bénéficie de ‘’coopération » entre la France et les pays colonisés. L’inventeur de cette coopération est le premier responsable d’une maladie qui ronge l’Afrique et révolte aujourd’hui sa jeunesse.

Le Mali, c’est d’abord un pays d’agriculture, d’élevage et de pêche. L’avènement de la démocratie a relayé au second plan le développement agricole. Les fermes étatiques comme Sotuba, Samè, Samanko , M’Pesoba, IRCT ne pratiquent plus les cultures intensives du mil, maïs, sorgho et l’élevage des poules. Elles sont devenues des champs d’expérimentations pour nos agronomes et les experts étrangers.

L’agriculture occupe 80% de la population et contribue pour 36% au produit intérieur brut (PIB), la production agricole est tributaire des aléas climatiques compte tenu de l’insuffisance de l’eau.

Le barrage hydro-électrique de Markala offre des potentialités énormes pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, devenir le grenier de l’Afrique comme on aime le dire tel est le vœu du gouvernement. Les potentialités des deux bassins des fleuves Niger et Sénégal sont de 70 milliards de m3 en année très humide.

Les consommations actuelles en eau du secteur de l’irrigation sont de l’ordre de 3,5 milliards de mettre cube (25.000 mètre cube/ ha) presque concentrées sur une période de sept mois (du 1er Juin au 31 Décembre). L’office du Niger créé pour combattre la famine au Mali avec un potentiel irrigable d’environ 1,5 million de terres et un objectif d’aménagement de 960.000 hectares en 50 ans est une ‘’opération nourricière » des différents régimes.

La vie de l’Office du Niger est ponctuée de scandales financiers. De nos jours après 74 ans d’existence cette importante structure ne dispose que de 82.000 hectares de superficies aménagées. Sa production en riz était estimée à 906.326 Tonnes en 2005 tandis que celle des céréales était de 3.139.007 tonnes dans la même période (d’où une forte croissance de la production de riz) pour une population de 12 millions d’âmes.

Certes la production céréalière ne couvre pas l’ensemble des besoins des populations mais le fait d’importer des quantités massives de riz Thaïlandais (environ 90.000 tonnes) par an ne s’explique pas, de même que l’achat du maïs en Côte d’Ivoire.

Depuis que la culture du coton a fait son entrée en milieu paysan, appuyée par la BNDA, les cultivateurs ont pratiquement délaissé les cultures vivrières au profit de celles de rentes. Ajouté à cela, le classement au rang de premier producteur de coton de notre pays n’incite pas à la culture des céréales.

C’est pourquoi la faim chasse les ruraux de leur milieu pour migrer à Bamako et les capitales régionales malgré la cherté de la vie. Les plus braves tentent leur chance en l’occident ou dans les pays voisins à la recherche de pitance pour faire bouillir la marmite. Il y a urgence de redonner espoir aux Maliens en optant au sein des collectivités rurales et urbaines, d’une véritable campagne contre les causes de la sécheresse.

Peut-on développer un pays en coupant de façon abusive le bois pour le chauffage ? N’est-il pas temps de protéger les ‘’sanctuaires » où la forêt claire s’est maintenue ? L’utilisation du charbon de bois à Bamako et autres villes est un autre facteur de déboisement de nos forêts ce qui a pour conséquence la disparition des arbres de valeur.

Pour réaliser les grands travaux de développement à coup de millions FCFA : la construction de routes à grande circulation pour désenclaver des régions difficilement accessibles, plusieurs m3 de bois ont été massacrés par les bulldozers, des arbres arrachés du sol et laissés sur place sans autre forme d’utilisation. Serait-ce donc trop, que de demander aux sociétés qui font ces routes et qui font de gros profits, de participer au programme de reboisement en remplacement de la forêt déboisée ?

On dit : l’environnement est le parent pauvre du développement. Sans un environnement viable c’est la fuite des hommes. C’est ce qui se passe maintenant sous nos yeux. Malgré les nombreux projets de développement initiés par les ministères de l’Agriculture, de l’Assainissement et de l’Environnement, le Mali tarde toujours à décoller.
Amy Sanogo

19 février 2007.