Partager

jpg_3030_12.jpgCette situation, selon les spécialistes, est particulièrement liée à l’augmentation des quantités de poussières transportées dans ces régions. Le Sahara et le Sahel étant la source de billions de tonnes de poussières, transportés annuellement sur de longues distances.

Devant ce constat, dans le cadre d’un projet de collaboration entre la FAST et la United states geological survey (USGS), les Dr Amadou Hamadoun Babana et Virginia H. Garrison et leurs équipes respectives ont entrepris des travaux visant à déterminer le degré de pollution de l’air au Mali et dans les régions d’impacts comme le Cap Vert, les îles américaines de la Virginie et Trinidad et Tobbago.

Les résultats de l’analyse des échantillons d’air prélevés à Bamako pendant des périodes de poussière et de non-poussière, en utilisant un système de filtration stérile ont montré que pendant les périodes de poussière, le nombre de bactéries détectées dans les échantillons était élevé et variait de 720 à 15,700 CFU/m3, tandis que le nombre de champignons était faible et compris entre 80 et 370 CFU/m3.

Les échantillons prélevés durant les périodes de non-poussière contiennent de 200 à 1,100 CFU/m3 de bactéries et 0 à 130 CFU/m3 de champignons.
Sur 94 bactéries caractérisées des échantillons d’air du Mali, 10% sont des pathogènes des animaux, 5% des pathogènes de plantes et 27% des pathogènes opportunistes de l’homme.

Les résultats d’analyse des échantillons d’air rassemblés à St John dans les îles américaines de la Virginie indiquent, de leur côté, que pendant les périodes de poussière africaine, les microorganismes cultivables aéroportés peuvent être 2 à 3 fois plus élevés que ceux trouvés pendant les conditions atmosphériques normales. Les particules ressemblant à des bactéries et montrant une autofluorescence ont été seulement détectées pendant les périodes de poussières africaines.

Les microorganismes voyagent

Ce dernier résultat indique que des microorganismes voyagent de l’Afrique aux États-Unis en se servant à travers les poussières africaines.

En effet, l’équipe américaine a isolé un champignon pathogène du corail qui n’a été détecté que dans des échantillons d’air et de sol du Mali. Neuf pesticides, dix sept PAHs (polycyclic aromatic hydrocarbons) et neuf PCBs (polychlorinated biphenyls) ont été identifiés dans des échantillons d’air du Mali et des sites d’impacts des poussières africaines en Virginie (Sainte Croix et Saint John) et à Trinidad.

Un pesticide (le profenofos) et quatre PAHs (l’acénaphtène, l’anthracène, l’anthraquinone and le dibenzanthracene) ont été détectés seulement dans les échantillons d’air provenant du Mali.

Parmi plus de 100 produits recherchés dans les échantillons, trois pesticides [Chlorpyrifos, Endosulfan I et hexachlorobenzene (HCB)] ont été détectés dans les échantillons de chacun des sites. Le DDE (un produit de décomposition du DDT) a été identifié dans les échantillons d’air du Mali, de St John et de Trinidad.

De 2001 à aujourd’hui, le DDT n’a été détecté que dans les échantillons d’air du Mali. Lesdits échantillons contiennent un nombre plus important de pesticides, PCBs et PAHs et dans des concentrations plus fortes que les échantillons des Caraïbes. En plus, les dioxines et les furanes n’ont été détectés que dans les échantillons du Mali.

L’anthracène, un produit issu de la combustion de biomasse, employé pour déterminer la persistance des PAHs dans l’atmosphère, a été détecté seulement dans des échantillons du Mali. Ces polluants persistent dans l’environnement avec une forte capacité de bioaccumulation et sont des biotoxines connues pour leurs effets sur une ou plus des systèmes suivants : endocrinien, immunitaire, hépatique, neurologiques et reproducteurs.

Certains d’entre eux sont cancérigènes, mutagènes et/ou tératogènes. Mis à part les concentrations de plombs qui sont élevées dans tous les échantillons rassemblés à Bamako, les concentrations de tous les autres métaux dans les échantillons de poussière du Mali sont semblables à ceux de la croûte terrestre et des sols.

Les quantités de poussière transportées sont directement influencées par le changement climatique global et il est établi, aujourd’hui, que les températures de plus en plus élevées des océans vont diminuer les quantités de pluies au Sahara et au Sahel.

Aussi, le réchauffement global pourrait augmenter l’importance et l’incidence de la sécheresse dans cette région du monde et par ailleurs, augmenter les quantités de poussières transportées et les maladies liées à la pollution de l’air.

Le problème se complique lorsque le sol est perturbé et les microorganismes (bactéries et champignons) transportés par le vent. Ainsi, plusieurs bactéries pathogènes, champignons et virus sont transmis par les poussières et causent des maladies comme la tuberculose, le charbon, les aspergilloses et l’influenza.

La plupart des maladies fongiques et des virus sont particulièrement transmis par la poussière. En Afrique sub-saharienne, la sécheresse et les tempêtes de poussière ont été identifiées par l’OMS comme la cause des éruptions régionales de méningite à méningocoques.

Dans ce mouvement, les polluants chimiques et biologiques sont transportés vers des régions lointaines comme les îles de Virginie (États-Unis), Trinidad et Tobago en passant par plusieurs pays dont le Cap Vert. En plus, les combustions, particulièrement, de l’essence et des matières plastiques sont très nocives.

L’exposition aux microbes aéroportés et aux particules issues des combustions, occasionnent des réactions allergiques. En conséquence, c’est la qualité de la vie et probablement de la santé qui sont négativement affectées, aussi bien dans les régions sources de tempêtes de poussière que dans les régions d’impacts.

F. Maïga



Gestion et conservation des biosphères tansfrontralières : Une question de survie !

La réserve de biosphère et l’un des derniers refuges de l’homme face à la dégradation de son environnement

Comme les êtres vivants, notre terre a, elle aussi, une vie. Celle-ci est relativement indéfinie, comparée à la nôtre qui fait succéder des générations. Cette situation fait oublier très souvent que si, par nos comportements et l’application des politiques de gestion et conservation des biosphères, on assistera un jour, à la disparition de notre planète.

La notion de biosphère désigne à la fois un espace et un processus auto-entretenu jusqu’à ce jour, depuis plus de 3 milliards d’années sur la planète terre et, qu’on ne connaît que sur cette planète. Il s’agit donc de la vie tout court.

Le processus est celui d’entretien et de complexification de la vie. Le lieu est la partie du système terrestre dans laquelle la vie s’est développée et/ou les compartiments créés et/ou entretenus par la vie, c’est-à-dire : la lithosphère (couche externe du globe terrestre), l’hydrosphère (totalité des eaux de la planète constituées par les océans, les mers, les lacs, les eaux souterraines) et une partie de l’atmosphère produite par le vivant.

La biosphère résulte pour l’essentiel de l’action ancienne et conjointe d’une très grande variété d’organismes et d’espèces vivantes qui vivent en interdépendance plus ou moins grande, et qui constituent la diversité des écosystèmes.

« Aujourd’hui, la biodiversité disparaît à un taux sans précédent. Pire, la tendance semble s’accélérer, malgré les engagements internationaux de réduire, sinon de freiner le taux d’érosion en 2010« , s’alarmait Juma Shabani, directeur représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), à l’atelier sous-régional de concertation sur les réserves de biosphères transfrontalières en Afrique de l’ouest, tenu du 16 au 17 février 2009 à Bamako.

La pression démographique et l’accroissement des besoins de l’homme ont un impact dévastateur sur le milieu naturel. Ce milieu constitue le pourvoyeur de toutes nos ressources vitales.

En effet, pour se nourrir, se vêtir et se soigner, nous avons toujours recours aux produits de la nature. Cependant, son exploitation abusive et incontrôlée conduit à une diminution systématique des ressources et à la disparition progressive des espèces.

La réserve de biosphère devient ainsi l’un des derniers refuges de l’homme face à la dégradation continue de son environnement. Cette dégringolade de la qualité de vie a pour noms les effets pervers du changement climatique (intempéries, cyclones, tsunamis, etc.).

A ceci s’ajoutent, la rareté des ressources sur des espaces et des écosystèmes n’obéissant nullement à un quelconque esprit de frontières administratives, fait planer la menace de conflits intercommunautaires et inter-Etats dans le monde, avertit le responsable de l’UNESCO.

A regarder de près, le schéma de la dépendance des hommes à la nature, ressemblerait à un scénario inflationniste qui manifeste un écart entre le volume des biens et des services demandés par le marché et la capacité de l’appareil productif à satisfaire cette demande.

De bons systèmes de gouvernance

La seule façon d’inverser cette tendance, est de mettre en place de bons systèmes de gouvernance scientifique propres à permettre l’usage de la biodiversité de façon équitable et durable, déclare à cet effet, le responsable de l’UNESCO. En tant qu’organisation spécialisée dans la création et la reconnaissance au plan international des réserves de biosphères, l’UNESCO a vite pris conscience de l’urgence d’agir.

Elle a entrepris d’aider les gouvernements à prendre des décisions en matière de conservation de la biodiversité. Cette action est illustrée par la mise en place du Programme, l’homme et la biosphère (MAB) dont le but est de promouvoir un mode de développement économique et social basé sur la conservation et la valorisation des ressources locales et la participation citoyenne. Grâce au MAB, les premières réserves de biosphère ont vu le jour dans les années 1970.

De nos jours, on compte 507 réserves de biosphères dans le monde, dont 71 sont situées dans 29 pays africains. Ces réserves, en tant qu’espace d’application du MAB, sont associées dans un réseau dynamique de partage d’expériences, d’actions solidaires et de dialogue. Elles constituent ainsi un levier et un espoir immense pour relever le défi du développement durable, relève Juma Shabani.

L’alerte a également été bien perçue par le dernier congrès mondial sur les réserves de biosphère tenu en février 2008 à Madrid (Espagne). Le plan d’action qui en est sorti, appelé « plan de Madrid », insiste sur la mise en place de mécanismes et de collaboration pour une gestion transfrontalière des réserves de biosphères contiguës ou proches.

Aussi, les participants à la 19è conférence de la convention sur la biodiversité tenue du 19 au 30 mai 2008 à Bonn (Allemagne), se sont engagés à soutenir le processus d’établissement des aires protégées nationales et régionales.

Dans la sous-région ouest africaine, la mise en place de réserves de biosphères transfronstalières s’aligne sur l’objectif stratégique d’intégration des économies des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) à travers l’élaboration de projets fédérateurs. Elle s’inscrit aussi dans l’esprit de la déclaration des ministres de l’Environnement de l’Afrique de l’ouest du 26 janvier 2004, à Paris (France).

Ce document engage les auteurs à promouvoir l’utilisation des réserves de biosphères comme sites opérationnels pour le développement durable, la lutte contre la pauvreté et l’application du plan d’action de l’initiative pour l’Environnement du Nouveau partenariat de Afrique pour le développement (NEPAD).

En effet, des exemples encourageants existent dans notre sous-région quant à la promotion et l’émulsion de jumelage entre réserves de biosphères et, la création de réserves transfrontalières. On peut citer comme exemple, le Projet de renforcement des capacités scientifiques et techniques pour une gestion efficace et une utilisation durable de la diversité biologique dans les réserves de biosphères des zones arides et semi-arides.

Ce projet couvre les réserves de biosphères de la Pendjari (au Bénin), la mare aux hippopotames (au Burkina-Faso), la réserve de la Comoé (en Côte d’Ivoire). Au Mali, nous avons la réserve de la boucle du Baoulé, la réserve du parc W au Niger et celle du Niokolo-koba au Sénégal.

C. A. DIA

Essor du 17 Mars 2009