Partager


En dépit des fonds déboursés pour l’entretien de nos routes, la dégradation de plusieurs d’entre elles est perceptible et beaucoup de nos compatriotes ne cessent de se plaindre. Responsabilité partagée ou insuffisance de fonds ?

La sécurité routière est devenue un sujet de préoccupation majeure dans notre pays en raison du nombre croissant des accidents de la circulation et de leurs conséquences en termes de coûts sociaux et économiques : pertes en vies humaines surtout des jeunes et des actifs, dommages corporels et matériels. Même si certains de nos compatriotes écartent la thèse de la dégradation des routes comme causes d’accidents, elle y joue sa partition. Aujourd’hui, nombreuses sont nos routes qui sont en état de dégradation continue au vu et au su de tout le monde.

Après la construction des routes, leur entretien devient nécessaire pour non seulement permettre de prolonger leur durée de vie mais surtout de sécuriser les millions d’usagers. Malgré les difficultés, le gouvernement, depuis 2000, a entrepris des efforts pour développer et entretenir le réseau. C’est ainsi qu’a été votée la loi n°00-051 du 4 août 2000 portant création de l’Autorité routière du Mali, qui a pour objectif de se doter de ressources suffisantes et pérennes afin d’assurer le financement de l’entretien routier, y compris les voies urbaines aménagées.

Des sommes importantes sont annuellement débloquées pour la construction des routes au Mali. En 2007, ce sont environ 11 milliards de F CFA qui ont été octroyés par les bailleurs de fonds (Banque mondiale, Bad…) contre 10 milliards en 2006, et visiblement les chiffres augmentent chaque année. Selon le directeur de l’Autorité routière du Mali, Mory Kanté, « ces sommes sont débloquées pour seulement le bitumage de nos axes routiers et sont insuffisantes au regard de l’immensité du territoire national ».

L’on se demande s’il est judicieux de parler de construction de nouvelles routes alors que celles existantes sont en état de « délabrement et de dégradation ». Sur ce point, le directeur de l’Autorité routière souligne que les coûts d’entretien des routes (9 milliards par an) proviennent des caisses de l’Etat et qu’ils « dépassent plus souvent les prévisions budgétaires ». Il ajoute que « 70 % de nos routes ont été bitumées sous Modibo Kéita. Maintenant, leur entretien intervient dans le cadre du programme annuel d’entretien des routes et par ordre de priorité et selon les urgences en tenant compte des contraintes budgétaires ».

Le hic est que les résultats de ces entretiens ne s’avèrent pas efficaces sur le terrain vu le fait que seulement quelque temps après les mêmes problèmes restent à déplorer et les citoyens se demandent si les fonds déboursés sont réellement injectés dans la réparation des routes dégradées. Conséquence : ce sont les mêmes routes dites entretenues qui se retrouvent dégradées.

Responsabilités partagées

Selon le directeur, l’entretien des routes ressort de la responsabilité des maires et de l’Autorité routière, car il existe plusieurs catégories de routes : routes communales, régionales et nationales. La responsabilité de la dégradation des routes se situe alors à plusieurs niveaux.

L’Etat possède un cadre d’intervention sur les routes, car il « s’occupe seulement des routes nationales et ne peut pas se permettre de bitumer et d’entretenir certaines routes qui relèvent de la responsabilité des municipalités ». M. Kanté a aussi recommandé d’« être visionnaire dans la mesure où ça ne sert à rien de faire des ponts et de les défaire partiellement ou totalement pour d’autres travaux » comme c’est souvent le cas au Mali.

La route est un bien précieux pour un pays pauvre et enclavé comme le Mali. Mais son exploitation par les usagers n’obéit pas toujours aux principes réglementaires. Cette situation n’est pas sans conséquences fâcheuses. D’abord l’insécurité routière ne cesse de grandir avec son cortège d’accidents souvent mortels et les surcharges et autre vétusté des véhicules participent à une dégradation accélérée de la route.

Les causes de la dégradation selon M. Kanté sont nombreuses. Il y a d’abord les surcharges. En effet, la plupart des camions qui empruntent nos voies, à l’instar des autres routes internationales transportent des poids plus lourds que le tonnage autorisé. Ces surcharges, à ses dires, diminuent du tiers la durée de vie des routes. A ces raisons il faut ajouter l’indiscipline et l’incivisme des usagers ainsi que la vétusté de nombreux camions qui rendent dangereux le trafic routier.

Mais pourquoi des camions qui ne remplissent pas le minimum de conditions techniques peuvent-ils circuler librement ? Pour le directeur général de l’Autorité routière, ses services n’ont pas, pour le moment, la possibilité de faire des contrôles inopinés.

Pour remédier à cette situation, des dispositions sont en train d’être prises pour réduire l’insécurité routière. Il s’agit des contrôles techniques groupés et l’adoption des mesures répressives contre les usagers indélicats. Rien que cette année, ce sont environs 9 milliards qui ont été débloquées pour l’entretien de 10 000 km de route. Aussi, lance-t-il un appel à tous les usagers surtout aux transporteurs, pour le respect des règles élémentaires du code de la route.

Amadou Sidibé et
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)

14 août 2007.