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Afribone : Habib Koïté en quelques mots ?

Habib Koïté :
Tout d’abord, je viens d’une famille de musiciens. J’ai grandi avec la musique. Mon père était guitariste et joueur de n’goni, ma mère chanteuse. Je l’ai souvent accompagné, tout comme mes grands parents. Mes influences ont commencés très tôt.
Je me suis vite rendu compte que mon oreille était capable d’entendre, d’écouter et d’analyser les sonorités, de les interpréter et de les reproduire sur ma guitare. Après mon DEF, je me suis inscrit à l’institut National des Arts de Bamako, section musique. J’ai également joué dans les boites de nuit et les bars de la place pendant des années avant que ne commence ma carrière internationale.

Très généralement, le succès est lié à quelque chose. Alors la journée où l’année miracle au cours de laquelle Habib a pris son envol ?

H.K :
Attention ! Il y a des décollages qui ne réussissent pas ! (Rires)
Eh… c’était en 1991. Un jour, j’ai reçu une correspondance de la part d’un ami français qui m’annonçait la tenue d’un concours de musique pour participer au Festival Voxpole à Perpignan ; il me demandait d’envoyer trois morceaux pour tenter ma chance. Chose faite sur le champ et juste après on m’informe que je suis retenu pour le festival. Alors, je prends l’avion pour la France.

Cette participation fût couronnée par l’obtention du premier prix qui me donnait droit à une semaine de studio me permettant d’enregistrer autant de morceaux que je pouvais et par la suite, ces morceaux ont été produits à mille exemplaires. Malheureusement, étant tout seul, je n’ai pu enregistrer que deux morceaux : «Cigarette a Bana » et « Siraboulou ». De retour au pays, c’est Helvetas-Mali qui m’a soutenu dans la réalisation des clips de ces deux chansons qui auront finalement un grand succès partout en Afrique. Et depuis, les portes du succès se sont ouvertes pour moi…

Vous êtes un artiste très engagé sur des maux qui rongent notre société…

H.K :
Disons que je chante la famille, les relations humaines, l’environnement, tout ce dont l’être humain a besoin pour être heureux sur terre. J’essaie aussi de partager mes expériences avec mes fans. Ces derniers temps, j’ai parlé de ce grand mal qui vide notre continent, à savoir l’immigration, des maladies, de ce que je constate lors de mes voyages en Europe et partout ailleurs. Je n’aime pas aborder la politique tout simplement parce que je ne peux pas m’occuper de tout en même temps. Je laisse ce soin aux autres.

Nos jeunes artistes d’aujourd’hui sont plutôt tentés de regarder et copier ailleurs que de s’approprier de ce riche héritage musical malien légué par les aînés. Pourquoi ?

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H.K :
Il faut reconnaître que la tentation est très forte. En premier lieu, les masses médias jouent un rôle prépondérant dans l’éducation d’une jeunesse où qu’elle soit. Si nous sommes incapables de montrer à nos populations, à notre jeunesse, ce qui est à nous, que nous ne soyons pas surpris du fait qu’elle soit désorientée, du fait qu’elle n’ait plus de repère. Nous ne faisons que consommer ce qui nous vient d’ailleurs, que ce soit bon où mauvais. Alors les jeunes se dessinent une destinée et à eux la vie ! D’où toute cette désorientation de notre jeunesse. Comment combattre cela ? Qui doit s’en occuper ? Là est la grande question !


La piraterie est un fléau majeur qui frappe tous nos artistes. Des combats ont été engagés par l’ex ministre de la culture Cheick Omar Sissoko en son temps. Où en sommes nous aujourd’hui ?

H.K :
La question de la piraterie ? Hein ! C’est un combat à l’africaine. Il est temps que nos dirigeants comprennent que le gouvernement est une continuité et qu’il y a un programme à respecter. Et ça, c’est typique à l’Afrique : chacun se préoccupe de ses propres intérêts, la cause commune est mise de côté. Effectivement, avec Cheick Omar Sissoko, nous avons fait un grand pas dans le combat de la lutte contre la piraterie, mais aujourd’hui, après lui où est-ce que nous en sommes ? C’est dommage ! Aucune volonté politique sur la question avec le nouveau gouvernement tandis que nous comptons sur lui pour nous débarrasser de ces malfaiteurs.

En tant qu’artiste et victime de ce mal, que proposez-vous comme solution ?

H.K :
Je pense qu’il y a des mesures qui ont été prises, des lois qui ont été votées, il faut les appliquer à la règle. Sinon… personnellement je ne vois aucune autre solution réaliste.

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Le Mali s’apprête à abriter au mois de décembre prochain la biennale artistique et culturelle dans votre région (Kayes). Un événement qui a connu de beaux jours au lendemain de notre indépendance.

H.K : Ah la Biennale ! Vous savez…c’est bizarre… excusez-moi mais je ne sais pas pourquoi j’ai l’impression que c’est quelques chose de lointain. J’ai connu les temps forts de la biennale, aux temps de Modibo Keita, de Moussa Traoré. C’était pour l’intérêt de la culture nationale avec un esprit de compétition, un effort de créativité…ensuite, je ne sais pas ce qui est arrivé mais ce grand rendez-vous de la jeunesse malienne est tombé dans les oubliettes.

Il a fallu l’arrivée de Cheick Omar Sissoko pour qu’elle soit ressuscitée. Je pense qu’un pays à besoin de tels événements pour une bonne promotion de sa culture traditionnelle dans ce monde où l’influence médiatique est très forte. Notre seule arme de combat est la promotion de nos traditions. D’où pour moi toute l’importance de la biennale.

Des projets ?

H.K :
J’ai beaucoup de projets en vu : l’ouverture d’un « studio-maison » où je pourrais travailler tranquillement. Je suis entrain de m’essayer dans l’hôtellerie. Des concerts sont aussi en prévision ainsi qu’un projet qui me tient à cœur et sur lequel je suis entrain de réfléchir : comment aider les enfants de la rue, les intégrer, leur apprendre un métier. Ces enfants qui me sont si chers. Ils m’ont toujours réservé un bel accueil et leurs comportements m’inspirent. Je pense aussi que j’ai un côté enfant. J’ai même un ami qui m’appelle « l’homme enfant » et il n’a pas tort (rires).


Balkissa Maiga – Afribone Mali SA 2008

03 Octobre 2008