Partager

« La Côte d’Ivoire doit logiquement sortir de la crise d’ici début 2009 »

A Bamako où il a participé, du 12 au 13 septembre dernier, à la 3ème Conférence des partis politiques de l’Afrique de l’Ouest sur la problématique du financement des partis, l’ancien Premier ministre de la Côte d’Ivoire et actuel Président du parti au pouvoir – le Front Populaire Ivoirien (FPI) – Pascal Affi N’Guessan, a bien voulu répondre à nos questions en marge des travaux de la conférence. Dans l’entretien exclusif qui suit, le fidèle parmi les fidèles du Président Gbagbo se penche sur le financement public des partis politiques en Afrique de l’Ouest, la sempiternelle question de la crise ivoirienne et l’élection présidentielle américaine. Lisez plutôt.


Indépendant : Monsieur Pascal Affi N’Guessan quelle signification donnez-vous à la 3ème conférence des partis politiques de l’Afrique de l’Ouest à laquelle vous avez participé du 12 au 13 septembre dernier, à Bamako avec comme thème « le financement public des partis politiques : la voie à suivre » ?

Pascal Affi N’Guessan : Il est important que leaders politiques de la sous-région, nous nous puissions nous retrouver, de temps en temps, non seulement afin de se connaître, mais également pour prendre prétexte de toutes les situations (nationales, sous régionales voire internationales). Toutes choses qui participent à la promotion de l’intégration régionale.

Et puis, vous savez, la gouvernance de l’Etat se prépare avec les partis politiques. S’agissant expressément de l’objectif de notre rencontre à Bamako : la 3ème conférence des partis politique de l’Afrique de l’Ouest, qui s’est effectivement déroulée du 12 au 13 septembre dernier, avec comme thème « le financement public des partis politiques : la voie à suivre« , vous conviendrez avec moi que le thème est d’actualité en Afrique.

Il est même un élément essentiel pour la promotion de la démocratie. Car sans partis politiques, il n’y a pas de système démocratique. Sans les partis politiques forts, équipés, bien structurés disposant des ressources suffisantes pour encadrer, former les militants, assurer la promotion de leur programme sur le terrain, il n’y aura pas de démocratie véritable.

Donc, il est important que les responsables des partis politiques que nous sommes, puissent dégager une position communes afin que les Etats nous considèrent davantage comme étant faits partis des maillons essentiels de la démocratie.

La question de financement public des partis politiques au Mali a irrité, en un certain moment, donné, les citoyens quand le président de la République, Amadou Toumani Touré, a décidé d’élargir cette aide même aux partis politiques ne remplissant pas les conditions d’éligibilité, histoire de ne vouloir les handicaper pour la conquête du pouvoir. Quel commentaire avez-vous à ce sujet ?

A mon avis, la question des critères d’éligibilité est un facteur très important dans le financement public des partis politiques. Il ne faudra pas que l’opération d’aide publique conduise à la commercialisation de l’espace politique. C’est-à-dire à une situation où les partis se créent uniquement afin d’aspirer à un financement public sans réelle vocation à contribuer aux jeux politiques qui consistent à former l’opinion. Sans quoi, il y a un risque de dérive qu’il faut savoir prévenir.

Ceci étant, il faut que le financement public des partis politiques soit démocratique pour que tous les courants d’opinions aient des moyens d’expression à travers ce financement.

Pascal Affi N’Guessan, vous êtes une figure de proue de la vie politique ivoirienne, non seulement, en tant que Président du parti au pouvoir : le Front Populaire Ivoirien (FPI), mais également en tant qu’ancien Premier ministre, à ces titres pouvons-nous savoir à quoi se résume, aujourd’hui, la situation politique en Côte d’Ivoire ?

On peut dire que la situation évolue favorablement dans la mesure où aujourd’hui, nous avons réalisé de réelles avancées sur le chemin de la paix. Maintenant, toute la classe politique se prépare pour aller aux élections. Celles-ci sont censées mettre fin à la crise que vit le pays depuis 2002.

Pour cela, il faut reconnaître qu’il reste quelques obstacles à surmonter qui sont liés aux questions techniques tels que le recensement électoral, la distribution des cartes d’électeurs, le renforcement de la sécurité visant à assurer la libre circulation des personnes et de leurs biens sur l’ensemble du territoire de manière à garantir la crédibilité du scrutin. C’est-à-dire de manière à faire en sorte que demain tous les candidats ou leurs représentants puissent faire campagne sur l’ensemble du territoire sans risque et sans inquiétude.

Et que, ainsi, le jour du scrutin, tous les électeurs puissent aller exprimer, dans la sérénité, leurs votes sans risque d’intimidation ni de représailles de qui que se soit. Je sais que le gouvernement ainsi que les autorités concernées travaillent pour cela et je souhaite, de tout mon cœur, qu’ils réussissent à cette mission noble d’ici à la date des élections (prévues pour le 15 décembre, ndlr).


Et, les Forces Nouvelles dans tout ça ? Sont-elles dans la même dynamique que les partis politiques pour l’organisation d’une élection libre, apaisée, transparente et crédible ?

Officiellement, les Forces Nouvelles sont dans la même dynamique de restauration de paix et d’organisation d’élections libre, transparente et crédible, dans la mesure où leur Secrétaire général, Guillaume Soro, par ailleurs, Premier ministre, chef du gouvernement est celui même qui conduit le processus.

Mais comme vous le savez, dans toutes organisations, il y a des tendances, des courants qui traînent le pieds sur des questions, mais, il appartient au Premier ministre de tout mettre en œuvre pour lever ces réticences. Pour cela, il doit avoir l’accompagnement du président de la République, des autres membres du gouvernement et de toutes les autorités ainsi que tous les citoyens du pays pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix et la stabilité afin de redorer son blason sur le plan national et international.

Ainsi, vous estimez donc qu’il n’y a que des petits détails à régler pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix et la stabilité afin d’aller à des élections libres, transparentes et crédibles. Par conséquent, peut-on dire que la médiation du Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a vraiment porté ses fruits ?

Oui, on peut dire que la médiation du Président Compaoré a vraiment fait avancer les choses dans la crise ivoirienne. Comme je l’ai dit, les choses évoluent positivement. Ainsi, il faut persévérer dans cet effort tout en renforçant les actions dans certains domaines, notamment le recensement électoral et le renforcement de la sécurité. Avec un engagement constant, nous devons logiquement sortir de la crise d’ici début 2009.

Vous avez perdu votre poste de Premier ministre au nom d’un gouvernement de consensus qui a été, en son temps, dirigé par Seydou Elimane Diarra. Aujourd’hui, si élection, il y a et que le Président Gbagbo venait de la gagner, peut-on espérer vous voir retourner à la primature ?

C’est au Président Gbagbo (rires) qu’il faut poser cette question. Puisque c’est lui qui choisit son Premier ministre et les membres de son gouvernement. En ce qui me concerne, j’ai déjà eu l’occasion, grâce au Président Gbagbo, d’apporter ma contribution au peuple ivoirien de 2000 à 2003 Comme tout cadre, je suis à la disposition de mon pays, et je suis prêt à servire là où le Président Gbagbo considère que je peux apporter ma contribution pour l’édification de notre cher pays.

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, un Noir, en la personne de Barak Obama, est candidat investi pour l’élection présidentielle. Cet état de fait ne vous inspire-t-il pas un commentaire ?

La prochaine consultation électorale pour la présidentielle aux Etats-Unis d’Amérique sera une élection historique qui marquera, manifestement, une rupture dans la vie politique américaine. Quel que soit le résultat, le monde ne sera plus comme avant, à l’issue de cette élection.

La présence de Barak Obama à ce scrutin, après avoir remporté les primaires au niveau des Démocrates face à une Hillary Clinton, est une prouesse historique, une victoire qui rejaillit sur l’ensemble de la communauté noire à travers le monde.

Et cette onde choc devrait se resentir sur le nouveau siècle. Il faut espérer que, demain, tout le monde pourra en tirer toutes les conséquences.

Entretien réalisé par Alassane DIARRA

18 Septembre 2008