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L’Indép : Pouvez-vous nous éclairer sur les missions dévolues à l’OPAM ?

Youssouf Touré: L’OPAM a essentiellement comme missions la gestion du stock National de Sécurité (SNS), la facilitation de la mise en œuvre des recommandations du SAP et la gestion des aides dans le cadre de la sécurité alimentaire. On y ajoutera des missions commerciales qui vont de la tierce détention à la location des magasins de l’OPAM et toute autre action qui tend à la modernisation du marché céréalier.

L’Indép : Qu’est-ce que le Stock National de Sécurité ?

Y.T : Le stock national de sécurité (SNS) est une réserve dans laquelle l’Etat peut puiser en cas de nécessité pour faire face à une situation conjoncturelle. C’est un stock qui est là et qui est gardé pour une durée de trois ans renouvelable. Il est déjà constitué.
Suite à des prélèvements, nous le reconstituons constamment en achetant des céréales. Pour cette reconstitution nous procédons par des offres publiques d’achat ou par des appels d’offres.
Mais les donateurs ont constaté que l’offre publique d’achat arrange plus que l’appel d’offres, car les commerçants peuvent s’entendre sur un prix. Alors que dans l’autre cas de figure nous fixons le prix et achetons les quantités dont on a besoin.

L’Indép : Qu’est-ce qu’une vente d’intervention ?

Y.T : Avant de définir une vente d’intervention, je voudrais d’abord définir le mécanisme de prélèvement sur le SNS.
Le stock national de sécurité peut être utilisé dans le cadre de la distribution gratuite. A côté de ceci, il y a des ventes d’intervention. Elles sont effectuées dans les zones à risque de rupture d’approvisionnement.
Nous avons ciblé des localités où à un certain moment de l’année, on ne trouve aucun commerçant qui accepte d’amener les céréales. Ces zones sont généralement situées dans les régions de Gao, Kidal, Tombouctou, Kayes.
L’OPAM est donc ici autorisé à faire des ventes adressées à des groupements de consommateurs. On leur vend des vivres pour ne pas concurrencer les privés.
Ces ventes sont effectuées par des lots de 2 tonnes minimum. C’est-à-dire qu’on leur vend 2 tonnes qu’ils partagent entre eux.

L’Indép : Qu’est-ce qu’une banque de céréales? Comment est-elle constituée et par qui est-elle gérée ?

Y.T : Une banque de céréales est une petite entité qui est mise en place au profit d’une commune ou d’un village.
Généralement, l’Etat met la banque de céréales à titre gratuit à la disposition des bénéficiaires. C’est alors à la localité qu’il revient de la gérer convenablement de telle sorte que, quand cela est nécessaire, elle la réapprovisionne.
A côté de l’Etat, certaines ONG peuvent le faire. Même les villages peuvent s’organiser pour en mettre en place. Jusqu’ici, les critères de gestion d’une banque de céréales ne sont pas définis.
On met les vivres à la disposition des populations et c’est à eux de désigner les personnes qui doivent gérer la banque.
Nous avons constaté que ces banques de céréales n’ont pas une durée de vie assez longue. C’est pourquoi le gouvernement a institué des protocoles dans lesquels le Commissariat à la Sécurité Alimentaire, les gouverneurs, les préfets et les élus locaux ont chacun un rôle bien défini à jouer.

L’Indép : Revenons à la mission que vous avez récemment effectuée en compagnie du commissaire à la sécurité alimentaire dans la région de Tombouctou. Quel est l’état des magasins de l’OPAM ?

Y.T : Dans cette région, l’OPAM existe dans la capitale régionale. Suite à la restructuration du marché céréalier, l’OPAM s’est rétiré de toutes les localités, excepté la ville elle-même. Je veux dire que Goundam, Rarhouss, Diré n’avaient plus de magasin. La crise alimentaire venue, le gouvernement a décidé d’étendre les ventes d’intervention dans onze localités.
Il s’agit de Nioro, Diema, Nara, Tenenkou, Youwarou, Douentza, Niafunké, Diré, Goundam, Rarhouss. Notre visite dans les localités où l’activité de l’OPAM a repris avait pour but de constater comment est-ce que ça marche.
Nous avons alors pu mesurer l’engouement qu’il y avait pour les céréales de l’OPAM. Je crois que sans ces vivres nous aurions atteint la catastrophe.
Les distributions gratuites jumelées aux ventes d’intervention ont donné un résultat satisfaisant.
D’ailleurs, les populations nous ont exhorté à continuer à approvisionner les magasins.
Jusque là, le mandat qui m’a été donné, à savoir ravitailler la population jusqu’à la fin de la période de soudure, est satisfaisant.
La où les stocks sont épuisés, nous ferons tout pour les remplacer.

L’Indép : On fait souvent un amalgame en ce qui concerne le prix du riz sur le marché en ce sens que les consommateurs prennent les chiffres de manière générale. Que doit-on faire pour ne pas tomber dans ce piège ?

Y.T : Il y a une multitude de variétés de riz. Dans notre jargon, il y a le riz entier long qui est de haute qualité, le riz 15% brisure, 25% brisure et celui qu’on appelle communément RM 40, en d’autres termes 40% brisure ainsi que la brisure. Vous conviendrez avec moi que le riz entier long coûte plus cher que la brisure.
Quand on se rend donc au marché il faut se ravitailler selon sa bourse. Je crois que les populations ne font pas de différence entre les différentes sortes de riz.
Il faut surtout que les opérateurs qui vendent le riz donnent les différents prix aux consommateurs selon la variété. Ce n’est toujours pas le cas.

Paul MBEN

16 septembre 2005.