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«  Sur une prévision de 558 389 ha, nous sommes, aujourd’hui, à 626 335 ha, soit 106% de réalisation en terme d’emblavure  »

A quelques encablures de la fin des récoltes à l’issue desquelles le bilan de l’opération 1,6 million de tonnes de riz paddy, soit 1 million de tonnes de riz marchand dans le cadre de l’Initiative riz, sera dressé, le Coordinateur de cette opération, Mamadou Goïta a bien voulu nous accorder une interview exclusive. Ainsi, face à la situation actuelle, il a affiché un optimisme sans prétendant quant à la réussite de l’événement.

Faut-il, le rappeler encore, l’Initiative riz est une réponse structurelle du gouvernement Modibo Sidibé, sous l’impulsion du président de la République, le Général Amadou Toumani Touré, face à la crise actuelle du riz. Pour cela, l’objectif de production du plan d’opération de l’Initiative riz 2008-2009 est d’obtenir 1,6 million de tonne de paddy, soit 1 million de tonnes de riz marchand.

Cette production doit couvrir les besoins de consommation interne et permettre de dégager un excédent de 100 000 tonnes de riz marchand. Le coût de l’Initiative riz est de 42,65 milliards de F CFA dont 10, 71 milliards de F CFA de subvention orientée, principalement, sur les intrants (semences et engrais) et l’appui-conseil.

L’appui en équipements agricoles se fera sous forme de crédit aux organisations paysannes. Le financement de la subvention sera assuré, en partie, par la réduction des dépenses de fonctionnement de l’Etat. La valeur de la production est estimée à 300 milliards de F CFA pour 300 F CFA le Kg de riz marchand. L’opération dégagera des impacts positifs certains pour le producteur, le consommateur et pour l’économie nationale.

L’Indépendant : Monsieur Mamadou Goïta, en tant que Coordinateur de la Cellule technique Initiative Riz, pouvez- vous nous dire comment se porte cette opération en ce débuts des récoltes ?

Mamadou Goïta
. L’Initiative riz se porte vraiment bien au regard de ce que nous avons vu sur le terrain. Nous sommes très optimistes car l’opération que nous avons engagée est prometteuse. Elle est le résultat des engagements de nos autorités auxquels les paysans ont fortement adhéré.

Dans le combat pour la réussite de l’Initiative Riz, nos efforts en terme d’approvisionnement en intrants agricoles (énergie, engrais et matériels) subventionnés, ont été soutenus par la volonté de Dieu qui a fait que nous avons eu une très bonne pluviométrie. D’où la bonne production du riz pluvial.

Avec ces conditions endogènes et exogènes, nous pouvons nous attendre à une bonne récolte dans l’ensemble. En terme d’emblavure, sur une prévision de 558 389 ha, nous sommes aujourd’hui à 626 335 ha, soit 106% de réalisation.


L’insuffisance de la semence du Nerica constituait une menace quant à la réussite de l’opération Initiative Riz. A ce sujet qu’avez vous fait pour arriver à ces résultats.

C’est vrai que nous avons rencontré des problèmes dans le cadre de l’approvisionnement en Nerica. Nous n’avons pas pu avoir les 1 900 tonnes escomptées.

Cependant, sachant bien que l’incident s’articulait autour de 57 000 tonnes, nous avons décidé de les chercher pendant la campagne de contre-saison. Mais qu’à cela ne tienne, ça va pour la saison en cours.

Cela veut dire que vous avez honoré vos engagements vis-à-vis des paysans ?

Oui, oui (rires) nous avons honoré nos engagements vis-à-vis des paysans. Sauf que nous avons accusé un peu de retard pour le paiement de la subvention et pour l’acheminement des intrants agricoles.

Cependant, il faut signaler que ces retards ne constituent point une menace pour la réussite de l’opération.

Ainsi devons-nous nous apprêter à fêter avec éclat la réussite de l’opération Initiative Riz ?

Il ne s’agit pas seulement de fêter parce que nous avons atteint les objectifs en terme de production, la fête, à mon avis, est conditionnée à l’autosuffisance. Vous savez, on peut avoir une production assez suffisante à même de couvrir les besoins nationaux, tout en dégageant un excédant et avoir des problèmes afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire.

Cette situation, que nous ne souhaitons pas vraiment, peut se présenter si une bonne politique de commercialisation n’est pas adoptée pour que les citoyens puissent manger à leur faim et à moindre coût et que le producteur et l’Etat puissent tirer leur épingle du jeu avec des impacts positifs certains. Afin d’atteindre ces objectifs, une commission est à pied-œuvre. Si cette volonté du gouvernement est concrétisée dans le cadre de la commercialisation, l’opération Initiative Riz serait une réussite à 100%.


Monsieur le Coordinateur de la Cellule technique Initiative Riz, aujourd’hui, tous les signaux sont au vert pour l’atteinte des objectifs. Mais, la seule fausse note peut provenir des prédateurs (oiseaux granivores, criquets pèlerins et autres insectes nuisibles). A ce sujet, avez-vous pris des dispositions pour que ceux-ci ne viennent pas gâcher la fête ?

Rires. Nous avons l’Office de la protection des végétaux (OPV) qui est à pied d’œuvre. S’y ajoutent les efforts déployés par le ministère de l’Agriculture afin que ces prédateurs ne viennent pas gâcher la fête.

Pour conclure cet entretien, avez-vous un appel à lancer ?

Bien sûr, surtout en ces périodes de récoltes. Cela dit, l’appel que j’ai à lancer s’adresse, en premier lieu, aux paysans afin qu’ils ne bradent pas leurs productions pour ne pas mettre à l’eau tous les efforts de l’Etat. Parce que les autorités du pays ont décidé de subventionner les intrants agricoles afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire de la population.

Ainsi, si les producteurs bradent leurs céréales à des commerçants peu soucieux de la politique d’autosuffisance alimentaire du gouvernement, nous allons, certainement, vers une crise orchestrée, de toute pièce. Au grand dam de la population.

Car, le prix du riz fera l’objet de toutes les spéculations. D’où la nécessité d’adopter une bonne et fiable politique de commercialisation. S y ajoutent les dispositions que nous sommes en train de prendre afin de préserver et de sauvegarder les semences par la campagne agricole prochaine.

Alassane DIARRA

13 Octobre 2008