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Dans un entretien à bâtons rompus qu’il vient de nous accorder, le ministre de l’Économie et des Finances a fait montre d’un optimisme contagieux. Impossible pour lui de ne pas extérioriser ce sentiment devant les performances exceptionnelles, saluées même par le très austère Fonds Monétaire International d’habitude avare en compliments, réalisées par le Mali au plan économique. Il est le seul des 8 pays de l’UEMOA à avoir respecté, en 2009, les quatre critères-clés de convergence de l’UEMOA, affichant, au passage, la plus forte croissance dans l’Union avec un taux de 4,5%. Des performances qui lui ont valu la confiance des partenaires techniques et financiers lesquels financent, à tour de bras, les différents projets de développement que notre pays leur propose.

Au titre de 2009, sur les 8 critères de convergence de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) le Mali a respecté, au total, 6 critères dont tous les 4 critères de premier rang et 2 critères de 2ème rang. Les 4 critères de premier rang sont le solde budgétaire de base (+3,0) le taux d’inflation (2,2%) le taux d’endettement (34,4%) et la non accumulation d’arriérés de dettes.

S’agissant des 4 critères de second rang, notre pays a respecté 2 critères qui sont les ratios de la masse salariale (34,2%) et le ratio des investissements sur ressources intérieures (24,4%).

Dans le même temps le Mali affiche dans l’Union la plus forte croissance avec un taux de 4,5%, contre une moyenne de 2,8% dans l’espace communautaire.

A en croire le ministre de l’Économie et des Finances, le respect de ces critères est lié à une gestion rigoureuse du budget à la fois en termes de qualité des dépenses et de mobilisation des ressources. Autrement dit, il s’agit d’assurer la stabilité macroéconomique, préalable à la réussite économique.

C’est ainsi que d’année en année, a assuré le ministre de l’Économie et des Finances, le Mali n’a cessé de réduire son déficit tout en augmentant régulièrement ses ressources. Ce qui lui a permis d’assainir les bases de son économie. Cette politique de rigueur lui a permis, entre autres retombées positives, de s’afficher comme le 2ème investisseur de l’UEMOA, après avoir longtemps été le 3ème pays de l’Union en termes de PIB.

L’accélération des réformes, ces derniers temps, aura rendu possible, à travers leur volet réformes des entreprises publiques, la réussite spectaculaire de deux privatisations, celles de la Banque Internationale du Mali (BIM SA) et de la Société des Télécommunications du Mali (SOTLEMA) citées en référence dans la sous-région, voire en Afrique et au-delà. La vente de 51% des actions de ces deux sociétés aura respectivement procuré à l’État des ressources exceptionnelles de 40 milliards de FCFA et de 180 milliards de FCFA tout en conférant aux différents secteurs une vitalité accrue.

Au plan social, l’ouverture du capital de la BIM SA avec pour partenaire stratégique le Groupe marocain Attijariwafa Bank, première banque du Maghreb, s’est même traduite par des recrutements. C’est également une société de droit marocain, Maroc Télécom, qui a racheté les 51% de la SOTELMA pour le pactole sus-cité avec un plan social qui s’est révélé être une mesure d’accompagnement salutaire.

L’État a saisi l’aubaine pour allouer ces ressources dans des secteurs sources de croissance et dans les secteurs sociaux très sensibles.

Dans le même ordre d’idée, le ministre Sanoussi Touré a relevé que la privatisation de la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (CMDT) est entrée dans sa phase terminale. L’opération de cession des quatre filiales en cours a suscité, à en croire toujours le ministre de l’Economie et des Finances, un véritable engouement, les repreneurs potentiels se bousculant au portillon.

La finalisation de cette opération générera pour l’État d’importantes ressources supplémentaires tout en apportant au secteur coton du dynamisme.

Les performances réalisées par l’économie malienne ont été saluées par le Fonds Monétaire International (FMI) qui, lors de son dernier Conseil d’administration, tenu le 16 juillet 2010, a favorablement conclu la 4ème revue du programme économique du Mali soutenu par la facilité élargie de crédit (FEC).

Lors du Conseil, les administrateurs ont félicité les autorités pour l’excellente performance de l’économie malienne qui a été rendue possible par une gestion macroéconomique adéquate ainsi que des récoltes et prix à l’exportation favorables. Les administrateurs ont noté que l’engagement continu des autorités à mettre en œuvre des politiques macroéconomiques prudentes et des réformes structurelles appropriées sera nécessaire pour réduire les vulnérabilités, diversifier l’économie et réduire la pauvreté.

La dette intérieure passe de 150 à 40 milliards de Fcfa

Au cours de la même réunion, les administrateurs ont avalisé le stimulus fiscal modéré de 2010 qui met l’accent sur l’investissement public et d’autres dépenses prioritaires. Dans ce contexte, ils ont souligné que l’amélioration de la transparence dans la planification et l’exécution budgétaire se révèle cruciale. Ils ont, toutefois, regretté l’accumulation des instances de paiement et recommandé que davantage d’efforts soient déployés pour améliorer la gestion de la trésorerie et s’attaquer à la question des arriérés de crédit TVA

A propos de la question de la dette intérieure qui, en son temps, avait défrayé la chronique, le ministre de l’Économie et des Finances a assuré que la situation a connu une évolution positive. D’environ 150 milliards de FCFA, la dette intérieure a été réduite de façon drastique pour se retrouver, aujourd’hui, à 40 milliards de FCFA. Encore que sur ce montant, certains mandats suivent le cours normal de l’exécution budgétaire. C’est au-delà de trois mois seulement qu’on peut parler d’instance de paiement, a précisé le ministre de l’Économie et des Finances.

Les administrateurs du FMI ont encouragé les autorités à faire davantage de progrès dans l’élargissement de l’assiette fiscale et le renforcement de l’administration chargée des recettes fiscales. Les administrateurs ont été d’avis que l’exécution continue des réformes structurelles demeure importante afin d’améliorer la compétitivité de l’économie et d’augmenter le potentiel de la croissance.

Tout en notant les avancées qui ont été récemment enregistrées dans ce domaine, ils ont encouragé les autorités à améliorer davantage l’environnement des affaires et la qualité de l’offre des services financiers et à promouvoir la croissance tirée par le secteur privé.

Les administrateurs se sont félicités des efforts menés par les autorités pour incorporer les recommandations du Programme du Développement du Secteur Financier (PDSF) de 2008 dans leur stratégie de développement du secteur financier. Ils ont également félicité les autorités pour avoir pris les mesures nécessaires en vue de renforcer le régime AML-CFT (lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme). Ils ont, enfin, encouragé les autorités à renforcer les capacités statistiques, en particulier dans le domaine des statistiques des Finances publiques et la balance des paiements.

La bonne tenue de l’économie malienne a même fini par déteindre sur sa capacité d’endettement. En effet, le niveau de l’endettement du pays est de 26% alors que les normes au niveau de l’UEMOA admettent qu’un pays peut s’endetter jusqu’à 70% de son PIB.

Le niveau était de 28% en 2008. Autant dire que le Mali jouit d’une marge extraordinaire d’endettement comparativement à d’autres pays. Il ne court donc aucun risque de surendettement. Au contraire.

Autre illustration de la qualité du cadre macroéconomique, le ministre Touré a révélé que le Mali possède la meilleure signature des pays membres de l’UEMOA. Ce qui lui a permis, plus d’une fois, d’émettre des bons de trésor et d’avoir les meilleurs taux de couverture. Comme en mars 2009 (20 milliards de FCFA, 10% de taux de couverture) octobre 2009 (21 milliards de FCFA, 220% de taux de couverture, soit 42 milliards de FCFA).

Les banques ont littéralement couru pour venir acheter lesdits bons auprès de l’État. En avril 2010, c’était 43 milliards de FCFA avec 232% de taux de couverture. Alors que d’autres pays de la sous-région peinent à couvrir le montant des bons en question malgré des taux d’intérêt alléchants.

Les services de l’assiette ont emprunté le même chemin vertueux et malgré un contexte marqué par la crise économique et financière internationale, les recettes sont allées crescendo : 546 milliards de FCFA en 2008, 654 milliards de FCFA en 2009 et 701 milliards de FCFA en 2010. A l’heure actuelle, la moitié de ce montant est réalisée, a confié le ministre Sanoussi Touré.

Selon le FMI, les perspectives de l’économie malienne devraient continuer à s’améliorer en 2010 sur fond de reprise mondiale. L’inflation moyenne devrait se stabiliser autour de 2,1%. La croissance du PIB réel devrait dépasser les 5% (contre moins de 4% pour l’UEMOA).

Le secteur primaire devrait bénéficier d’une augmentation de la production de coton graine ainsi que des autres spéculations compte tenu du bon lancement de la campagne agricole sur fond de pluviométrie favorable et de politique de soutien public aux intrants. Le secteur secondaire devrait aussi enregistrer une bonne performance du fait d’une activité soutenue du BTP, sous l’impulsion des chantiers du cinquantenaire et d’une production aurifère accrue par rapport à son niveau de 2009.

Si cette tendance se maintenait avec en toile de fond la stabilité macroéconomique, avec les immense ressources minières et agro-sylvo-pastorales dont la nature l’a doté, le leadership et les politiques enclenchées, le Mali n’a pas besoin d’attendre 50 ans encore pour devenir un pays émergent, a martelé, désespérément optimiste, le ministre de l’Économie et des Finances, Sanoussi Touré.

Yaya SIDIBE

05 Août 2010.