Partager


« Les autres me traitent d’artiste…sinon moi je suis là pour des moments forts, des moments de vibrations que je sens et que j’émets. Pour moi c’est différent. »

jpg_festi6-3.jpgUn homme d’une gaieté rare, le sourire toujours accroché aux lèvres, un regard chercheur, une âme créative, sa silhouette est très vite détectée grâce à sa tenue vestimentaire toujours à la traditionnelle. L’homme sorcier, comme le surnomme ses intimes, nous le désignerons AMSYL qu’il défini lui-même comme « le regard de son âme » (AM comme âme et Syl comme regard). De son nom de baptême Amara Sylla, AMSYL est le porte flambeau de la culture malienne à travers le monde. On le sait plasticien, sculpteur, designer.

Ces derniers temps, l’infatigable chercheur se lance dans l’aventure du recyclage en récupérant des cornes de bœufs, des pierres sculptées par la nature pour leur redonner vie dans son royaume artistique. Nous ne pouvons parler de AMSYL sans voir derrière ce philosophe, ce grand immeuble majestueusement dressé sur la colline de Magnanbougou dédié à l’art où expos, worlk shop d’artiste maliens ou étrangers se défient. Cet espace, l’artiste l’a tout simplement nommé « Lubama », notre équipe l’a croisé le vendredi 19 décembre au Blabla, à la veille de son retour du salon de Saint Etienne.


Afribone: Amsyl, comment définissez vous l’artiste ?

Amara Sylla: Ici au Mali, quand on parle d’artistes, c’est le chanteur, le musicien… mais pour moi l’artiste reste tout simplement indéfini. Quand on me nomme sculpteur, je suis d’accord, car je sculpte la nature, je recherche des formes, et je les place dans l’espace.

L’Afrique a été fortement représenté à la 10ème Biennale du Design de Saint Etienne du 15 au 30 Novembre 2008 et notre pays y était aussi avec la signature de AMSYL.

A.M: Tout à fait, c’est une exposition de transfert de connaissance donc plus professionnelle, nous avons rencontré ceux qui apprennent et qui veulent apprendre encore, pratiquement toutes les écoles inscrites dans le domaine de l’art appliqué sont venu voir cette exposition. L’Afrique était représenté par le Maroc, la Tunisie, le Sénégal… et moi-même du Mali. J’étais dans les cornes et une pierre.


Une pierre ?

jpg_am7-2.jpgA.M: Cette pierre que j’ai nommé « Kabako », c’est l’os de la parole, par traduction, l’étonnante, comme on dit : « la pierre est le début et la fin de toute chose dans ce bas monde ». Sur les grandes surfaces, on ne parle que de pierre……….. Même en nous-mêmes, on avale une vingtaine de gramme de pierre par jour, la pierre est un élément essentiel autour duquel je gravite pour créer beaucoup d’autres choses. Il y’a quelque chose de très fort entre ces pierres et moi et cela depuis mon enfance.

Comment les œuvres du sorcier ont-elles été accueillies dans cette exposition ?

A.M: Les commentaires y vont bon train déjà. Sur le net, un blog à été créer sur cette pierre, sur le développement du cadre de mon travail. J’ai choisi un thème : jpg_am6-3.jpg

« Tirer le taureau par ses cornes » pour aller vers cette exposition. Ça me permet de faire du recyclage par rapport aux cornes de bœufs. Ça me permet de sculpter, de créer d’autres objets sans pour autant dénaturer la forme initiale de l’objet. Les cornes sont une matière très noble parce que d’un bout à l’autre du Mali, on peut trouver des cornes et les travailler. La preuve, lors du marché de l’art plastique ici çà Bamako, c’est la corne qui a été primé.


Revenons un peu sur le Mali. Quel avenir pour l’art plastique au pays du Mandé ?

A.M: Ici, il y’a un complexe qui est là et tant qu’on ne le bannit pas, je ne vois point l’envol de l’art plastique au Mali. Il y a une timidité culturelle, car nous avons de la peine à porter ce que nous produisons. Rien qu’a travers la tenue vestimentaire, en me regardant, certains dirons que je suis un dogon, où un chasseur… quelle importance ? je vous donne juste quelques exemples de pays où les citoyens sont fiers de leurs production locale, Burkina Faso avec le « Faso dan fini », le Ghana, la côte d’Ivoire, le Sénégal…et pourquoi pas chez nous. Le Mali est un pays riche et diversifié, arrêtons de faire du localisme et avançons en pensant « Une ».


Et…comment faire pour remédier à ce fléau ?

jpg_am4-2.jpgA.M:Il faut corriger l’homme malien, et je compte l’évoquer avec un thème plus provoquant dans une exposition que je suis entrain de préparer pour les cinquante ans de notre pays en 2010. Le reste ce sont les paramètres artistiques. L’avenir de l’art malien ne dépend que de l’audace, ce n’est pas une agressivité de bannir le complexe et d’aller vers une réalité, c’est en cela que dépend la culture malienne dans sa généralité.

Vous avez des projets en vu ?

A.M: Mon souci permanent est de former les jeunes, de les faire bouger pour dégager les mauvaises ondes.

J’espère que la jeunesse, les décideurs de ce pays prendrons note. Avant de prendre congé de vous, quelques mots sur le salon de Saint-Etienne ?

A.M: Le salon de Saint-Etienne à été des moments forts pour moi, c’est plus qu’un simple salon artistique ; c’est un salon du design, nous avons vu des œuvres de hautes qualités, avec un public de professionnel.

Balkissa Maiga – Afribone Mali SA 2008

22 Décembre 2008