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Le secteur économique est durement affecté par le marasme dans lequel le pays est plongé depuis le coup d’État du 22 mars dernier

Dans la situation actuelle, si rien n’est fait dans un bref délai pour remettre très rapidement le pays sur les rails, il y a fort à parier que l’on s’acheminera droit vers une profonde crise économique. Depuis l’éclatement de la crise politique et humanitaire dans laquelle vit notre pays depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, beaucoup d’entreprises traversent des moments difficiles. Le calme apparent qui caractérise la vie dans la capitale cache en réalité un profond malaise dans le secteur économique. L’activité se meurt progressivement. Selon le directeur régional de l’Inspection de travail du District, Salif Bagayoko, entre le 28 mars et le 13 avril derniers, son service a fait l’objet de saisine par 18 entreprises pour l’informer de leur intention de mettre en chômage technique leur personnel.

À l’origine de cette vague d’arrêt de travail, des difficultés d’ordre économique auxquelles elles n’étaient pas préparées. Les secteurs les plus affectés sont le commerce, l’industrie, l’hôtellerie, le tourisme, les bâtiments et les travaux publics (BTP), précise Salif Bagayoko. Signalons qu’au terme de l’article L. 35 du code de travail en vigueur au Mali, on parle de chômage technique : « lorsque pour des raisons d’ordre économique, commandées par des cas des nécessités de l’entreprise ou résultant d’événements imprévisibles présentant le caractère de force majeure, l’employeur décide de mettre en chômage temporaire tout ou partie de son personnel, l’inspecteur de travail doit, au préalable, en être informé. La durée de la suspension ne peut excéder trois mois.

Au-delà de trois mois ou en cas de non acceptation par le travailleur des conditions de suspension proposées, la rupture éventuelle du contrat est imputable à l’employeur. » Par chômage technique, il faut entendre une suspension du contrat de travail liant l’employeur à l’employé. Dans ce cas espèce, l’employeur n’est pas tenu de payer un centime à son employé. Mais pour des raisons propres à l’employeur ou pour des motifs humanitaires, celui-ci peut verser à son employé une somme forfaitaire en attendant le retour à la normale. C’est le cas de certaines banques, qui ont des représentations dans la partie occupée du territoire. Celles-ci ont pris sur elles l’initiative d’attribuer à leur personnel venu du nord des congés annuels payés, révèle Salif Bagayoko.

Grosses pertes. Parmi les entreprises en grande difficulté actuellement, il y a le groupe Achcar qui a subi de grosses pertes. Selon Sidi Dagnoko, en charge des questions de communication du groupe Achcar, la direction générale et sa filiale Bagami ont subi des dégâts estimés à plus de 300 millions de Fcfa. Bagami, est une filiale spécialisée dans la formation et la production de pain et de gâteaux.

Si à la direction du groupe, le travail a repris tant bien que mal, ce n’est pas le cas à Bagami qui a besoin d’être reconstruite. C’est pour cette raison qu’elle a dû se résoudre à mettre son personnel en chômage technique. À l’entreprise Stone tout comme à l’hôtel Laico Amitié, les activités tournent au ralenti. Au niveau de Stone, la crise affecte principalement les salariés journaliers qui étaient employés sur les chantiers de construction momentanément stoppés des logements sociaux. À l’hôtel de l’Amitié, les responsables administratifs ont décidé de mettre le gros du personnel en congé annuel. Dans ces conditions, les employés perçoivent leur salaire.

Cette situation n’est pas assimilable au chômage technique. Même si à cause du ralentissement des activités, les employés voient leurs revenus diminuer parce qu’ils sont privés des primes et indemnités de déplacement et d’autres avantages liés à la fonction. Sans compter les pourboires offerts par des clients généreux. Notre interlocuteur craint surtout que la situation traine en longueur. Si c’est le cas, le personnel ne sera pas à l’abri d’une mise en chômage technique.

La situation est évidemment plus préoccupante dans le septentrion de notre pays. Cette partie du pays a d’abord souffert de la mise en quarantaine imposée par des pays occidentaux redoutant les enlèvements de leurs ressortissants. L’occupation est venue tout mettre à terre. Depuis prise de contrôle des trois régions par les bandits armés, l’outil de production dans ces localités a été complètement abîmé. Les entreprises ont été contraintes de fermer boutique et d’organiser en catastrophe le retour de leur personnel vers les zones épargnées.

Mercredi 18 avril 2012, par Amadou O. Diallo

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