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La société Energie du Mali (EDM-SA), malgré les apparences, bat de l’aile. Et si rien n’est fait pour l’appuyer, elle ira droit à la catastrophe. C’est toute l’économie nationale qui risque d’en souffrir.

Depuis un certain temps, les Maliens assistent à la fermeture d’entreprises et de sociétés de la place ou à des prises de mesures drastiques en leur sein avec leurs corollaires de mise en chômage technique, de licenciement, pour les moins heureux, ou de retard dans le paiement des salaires, pour les plus heureux. Dans la plupart des cas, ces travailleurs sont des soutiens de familles nombreuses.

Mais, si on ne prend pas garde, cette tendance risque de se généraliser avec les difficultés de l’Energie du Mali (qui possède le monopole de la distribution du courant électrique au Mali). En effet, en plus de son effectif élevé en personnel, toutes les unités de production au Mali sont branchées sur le réseau d’EDM. Même si celles-ci possèdent une certaine autonomie avec leurs groupes électrogènes, force est de noter que la facture d’EDM leur revient moins cher.

« La seule solution aujourd’hui, c’est qu’il faut augmenter les tarifs. Mais qui va le faire ? » s’interroge une source, qui nous rappelle que sur une décennie, la société a baissé le coût de la facture à deux reprises (en 2002 et 2003) sous la dictée du régime déchu. Notre interlocuteur reconnaît cependant qu’au cours de cette période, l’Etat a subventionné l’Energie du Mali à hauteur de 40 milliards de F CFA par an.

Cette année, il semble que la compensation n’est pas tombée. C’est ce qui explique en grande partie les difficultés aujourd’hui de la société. « Non seulement la subvention n’est pas tombée, mais l’Etat nous doit aussi beaucoup d’argent. A ce rythme, il n’y aura même plus de délestages, mais on sera à l’arrêt pur et simple », assène un technicien.

Un autre drame humanitaire ?

Par exemple sur un chiffre d’affaires de 100 milliards de F CFA, explique-t-on encore, 80 % sont destinés à l’achat du carburant. Le salaire annuel du personnel est estimé à 10 milliards de F CFA. Le reste va dans l’entretien des groupes et dans l’achat de lubrifiants. On pouvait croire que l’entreprise est équilibrée.

Que non ! L’EDM-SA doit 30 milliards de F CFA au système bancaire et quelque 15 autres milliards de F CFA à des fournisseurs. Mais pourquoi donc il y a moins de coupures qu’il y a trois mois environ malgré ce tableau peu reluisant ?

On rapporte que la société fait toutes sortes de gymnastiques pour assurer le service. En plus de jongleries, elle a droit à la bonne compréhension de la Société de gestion de l’électricité de Manantali (Sogem) qui lui permet de grignoter sur le quota des autres pays membres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) pour se maintenir à flot.

D’après nos informations, il arrive des périodes où l’électricité est moins consommée par un pays membre en fonction de la saison qui prévaut chez lui. C’est ce système, dit-on, qui permet au Mali, via l’EDM, de respirer, mais de rembourser la « dette » contractée plus tard.

Au ministère de l’Energie, de l’Eau et de l’Environnement on a conscience de la gravité de l’heure. D’où l’organisation prochaine d’une grande réunion qui va décider de ce qu’il faut pour sauver l’EDM-SA. D’autant plus qu’il se dit qu’un partenaire stratégique, l’IPS en l’occurrence, souhaite se retirer depuis des années déjà.

A. M. Thiam

Les Échos du 06 Août 2012