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L’émission grand public « Itinéraire » de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) en collaboration avec l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE), recevait le 25 juillet sur son plateau, dans la salle Thierno Bocar de la Bibliothèque nationale de Bamako, Boureïma Doumbia, le président directeur général de la société Aminata Konaté « Bara Mousso », productrice exclusive de bouillon en poudre au Mali.

Le principe de l’émission « Itinéraire » est de détecter les jeunes talents en matière d’entrepreneuriat privé dans notre pays. Ce que les Américains appellent le « self made man ». L’objectif est de partager avec le grand public leur expérience et leur parcours, afin de créer des émules au sein de la jeunesse active. L’invité du jour a été sélectionné dans ce cadre, car présentant un parcours exceptionnel.

Agé de 36 ans, notre jeune patron est à la tête de l’une des belles réussites industrielles de notre pays. L’entreprise Aminata Konaté a été créée en 2008. Cinq ans plus tard, la société se positionne comme l’une des plus prometteuses de notre pays et de la sous-région avec un capital de seulement 5 millions de FCFA. D’où est-il parti? Quel a été le chemin parcouru pour en arriver là aujourd’hui? Voici les grandes questions auxquelles Boureïma Doumbia a répondu sur le plateau de l’émission.

« Dans mon commerce à l’étalage au marché de Lafiabougou en Commune IV de Bamako, je vendais un bouillon en poudre que je commandais au Sénégal et que je conditionnais moi-même dans des sachets. Ce bouillon a remporté un vrai succès qui m’a donné l’idée de fabriquer ma propre marque de bouillon de cuisine en poudre, sous la marque Bara Mousso, avec le slogan « iTA Ye ika kow ye ». Ce fût le point de départ de mon entreprise, explique l’industriel.

En 2008, l’unité de production pourvue d’équipements modernes voit le jour. La première production de bouillon en poudre a commencé à partir de cette date. Ses composants sont uniquement des produits maraîchers de chez nous.

De fin 2008 à mai 2009, la marque est protégée par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) à Yaoundé au Cameroun. Le 10 décembre 2010, l’entreprise a obtenu l’agrément régissant la création de la société portant le nom de la mère du promoteur, Aminata Konaté. Aujourd’hui, l’usine est implantée à Sébénicoro. La société dispose des points de distribution au marché de Lafiabougou qui, sert aussi de bureaux pour les activités commerciales et de gestion.

De 2008 à nos jours, les activités de l’entreprise n’ont cessée de croître avec le succès du bouillon en poudre « Bara Mousso» au goût de poulet sur le marché. L’ajout d’autres produits tels que le bouillon Bara Mousso doré DACANI, le piment en poudre, l’eau, le vinaigre, la tomate, le poivre, le piment en poudre et en sauce, marque des avancées notables. « Le soumbala » (un bouillon à base de néré) en poudre, un condiment très prisé par les ménagères maliennes fera bientôt son apparition sur le marché.

De sa création à nos jours, la société a participé à deux foires d’exposition « FEBAK », l’une à Bamako (2011), l’autre à Kayes (2012) et au Salon des jeunes entrepreneurs de l’UEMOA en avril 2013 au Centre international de conférences de Bamako (CICB).

En terme de bilan, on peut affirmer aujourd’hui que la société avec la marque Bara Mousso est en pleine maturité sur le marché malien. Elle couvre 80 % du territoire (marchés, boutiques et autres lieux de vente de produits culinaires). Les ventes ne cessent de d’augmenter, ce qui permet de dire que les produits Bara Mousso sont appréciés par les clients. « Et la plupart nous encouragent tous les jours à continuer sur cette lancée », indique Boureïma Doumbia. C’est surtout dans la fraîcheur des produits Bara Mousso que se trouve son secret. Tous les composants viennent des produits agro-maraîchers de nos braves maraîchères (maïs, manioc, oignon, l’ail, poivre, carotte, poireau) auxquels s’ajoutent le poulet, le sel, pour obtenir un bouillon à base de produits frais, sans ajout artificiel et soumis à un contrôle au laboratoire avant d’être mis sur le marché.

Ce procédé dément tous les discrédits sur les premiers bouillons qu’ont connus les consommateurs maliens. Car, le caractère naturel et la richesse en éléments nutritifs de ses ingrédients, font du bouillon Bara Mousso un délice et lui donnent un goût unique, constate Boureïma Doumbia. Grâce à la qualité de sa production, la société Aminata Konaté a obtenu un agrément lui permettant de commercialiser ses produits dans différents pays de la sous-région comme le Burkina Faso et la Guinée Conakry.

Mais ce succès ne s’est pas développé sans difficultés, confie le jeune entrepreneur. Lors de la création de la société, la difficulté première résida dans l’élaboration de son statut. Car, la fabrication de bouillons est une première dans l’histoire industrielle du Mali. « Donc, il a été difficile pour moi de rencontrer des personnes qualifiées m’aidant à définir le statut et rendre effective la création de ladite entité », a indiqué l’invité du jour.

La lourdeur administrative fût une autre difficulté comme le manque d’aide de l’Etat et des banques qui ne financent pas les petites et moyennes entreprises comme la nôtre, ajoute-t-il. La société a néanmoins bénéficié de l’accompagnement de services publics comme la direction nationale des industries et l’Agence nationale pour la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA).

Pour réussir le pari de l’industrialisation de notre pays, Boureïma Doumbia appelle la jeunesse à s’armer de courage et de passion pour le travail. Ils doivent croire en eux même, persévérer afin de mener à bien leur travail, recommande-t-il. Si le développement d’un pays est lié à sa population, il ne saurait aboutir sans l’intervention de l’Etat. « J’aimerai que les gouvernants se mettent en tête que toute grande industrie a commencé petit. Les pays développés que nous envions aujourd’hui ne le sont devenus que par la promotion de deux choses : La production agricole et la transformation alimentaire. Ce secteur doit donc être encouragé et financé par le gouvernement et nos institutions financières », conclut-il.

C. A. DIA

Essor du 02 Août 2013


Boureima Doumbia, PDG d’« Aminata Konaté» : L’industriel à la force du poignet

A 36 ans, Boureima Doumbia, PDG de la société Aminata Konaté productrice de « Nadjini Bara Muso », est un acteur qui compte dans le domaine industriel avec son unité de production de bouillon en poudre « Bara Muso », d’eau, de vinaigre et d’autres condiments. Invité par l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE) en collaboration avec l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM), pour parler de son parcours de jeune entrepreneur et promoteur d’emplois sur le plateau de l’émission « Itinéraires », l’homme a invité les jeunes à investir dans le privé pour leur bien-être économique et celui du pays.

Parti de rien pour être aujourd’hui un acteur du secteur privé, le PDG de « Nadjini Bara Muso », Boureima Doumbia fait la fierté de toute nation et doit être une source d’inspiration pour les jeunes qui aspirent à une carrière d’entrepreneur.

C’est fort de ce constat, que l’émission « Itinéraires », un magazine initié par l’ANPE en collaboration avec l’ORTM pour rendre hommage aux acteurs du secteur privé qui se sont distingués dans leur domaine d’activité par le travail bien fait, lui a consacré un numéro.

L’enregistrement de l’émission s’est déroulé le jeudi 25 juillet 2013 à la Bibliothèque nationale en présence de ses proches collaborateurs, amis et membres de la famille de l’intéressé. Le débat était dirigé par Boureima Kané dit BK de l’ORTM.

Autodidacte, l’homme ne fait aucun mystère encore moins un complexe à retracer son passé émouvant. Mais, ce que lui-même ne minimise pas, c’est le soutien moral de sa famille et la bénédiction de Dieu qui l’ont aidé à devenir ce qu’il est aujourd’hui. Nous sommes dans les années 1980. Boureima Doumbia qui a l’âge d’être scolarisé (6 ans) a déjà un projet à réaliser dans le futur : celui de voler très tôt de ses propres ailes.

Après des vacances au Sénégal chez un parent où il passera 7 ans, le jeune Boureima a quitté Kaolack pour la Côte d’Ivoire où il s’essaye d’abord à la vente de noix de cola. Après s’être adapté à l’ambiance du marché, il regagne le bercail pour poursuivre ses activités. Son ambition le conduira au marché de Lafiabougou aux côtés de ses parents pour faire le petit commerce. Une fois au marché de son quartier natal, il y installe un étal dans un espace de 2 mètres carrés.

Là, il commence par la vente des produits oléagineux, les pâtes alimentaires comme le Spaghetti, puis les oignons et autres condiments. C’est dans ce petit espace que l’adolescent va commencer à se faire une clientèle. Ses qualités de bon commerçant lui impose une exigence de qualité et une bonne dose de patience pour se faire une réputation.

En tant que seul homme à exercer ce genre de commerce dans tout le marché de Lafiabougou, le jeune revendeur a dû faire fi des préjugés et autres quolibets pour évoluer. Frappée par le courage à toute épreuve de son cadet, sa sœur aînée lui prête un fonds de commerce de 125 000 F CFA.

« Avec cet argent, j’ai acheté un fût d’huile à revendre. Le premier double défi était de revendre ce fût sans perte mais aussi rembourser par tranche le prêt de ma sœur », se rappelle-t-il.

Faillite et nouvel envol

Après le remboursement de la créance de sa sœur, notre jeune revendeur connaîtra les péripéties d’une faillite. « Jusqu’en 2003 (NDRL : année de son premier mariage), je n’avais même plus 20 000 F CFA pour redémarrer », se confesse-t-il. Mais cette traversée du désert n’a entamé en rien la détermination du jeune Doumbia.

« La nature a horreur du vide », a-t-on coutume de dire. Notre commerçant en herbe prend l’initiative d’innover son secteur d’activité. C’est de là que germera l’idée de créer sa propre société de production bouillon à partir des céréales et épices locaux. Aux termes de la réflexion, il crée ses premiers produits à base de petit mil et de sorgho. Cette innovation fut diversement appréciée par les femmes du marché de Lafiabougou.

A force d’améliorations, Boureima Doumbia parvint à créer un bouillon unanimement apprécié par les femmes. Toutes les femmes du marché de Lafiabougou parlent de ce produit. C’était une fierté pour chacune d’elle d’avoir dans son panier un sachet de « Bara Muso », le label de Boureima Doumbia. Le jeune futur industriel est reconnaissant, il attribue le succès de sa marque « Bara Muso » au nom proposé par sa mère, Aminata Konaté.

Une fois le marché de Lafiabougou conquis, il explore d’autres de la capitale et de l’intérieur du pays.

Bien qu’ayant un pied dans l’agro-industrie, Bouréima Doumbia conserve ses relations avec le marché. C’est pourquoi il confie sa place du départ au marché de Lafiabougou à sa sœur. Lui-même se consacre à son unité et son atelier de fabrication de bouillon installés à Sébénicoro et son siège à Hamdallaye ACI-2000.

Comme pour contredire les allégations selon lesquelles les producteurs de bouillons culinaires ne consomment pas leurs produits, Boureima Doumbia déclare être, avec sa famille, les premiers consommateurs de Nadjini Bara Muso.

« Les producteurs de bouillons culinaires qui ne consomment pas leurs propres produits doutent d’eux », assène-t-il. Pour le PDG de la société Aminata Konaté, « Bara Muso » a des valeurs nutritives et diététiques qui luttent contre les maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle) et des troubles sexuels.

« J’ai décidé de m’engager dans la production de Nadjini parce qu’il y avait trop de commentaires sur la question. Je m’y suis engagé pour apaiser les esprits avec des produits naturels et hygiéniques ».

Entreprise sociale créatrice d’emplois

Avec un seul employé au départ (son fondateur) la société Aminata Konaté emploie aujourd’hui 600 personnes dont des journaliers avec une masse salariale de plus de 15 millions par mois. Après la sécurité sociale assurée (INPS), le PDG de Nadjini Bara Muso promet de trouver un logement pour chacun de ses travailleurs.

Très regardant sur le respect du droit de ses travailleurs, il n’y a pas de barrière entre lui et ses collaborateurs. « Depuis que je suis là il y a des années, notre PDG m’appelle grande sœur et me consulte chaque fois qu’il y a une décision importante à prendre », souligne une employée. Un autre de témoigner : « Depuis que je suis employé ici on n’a jamais passé un mois sans salaire », reconnaissant que le patron de la société soutient tous ses travailleurs lors des événements sociaux (baptêmes et mariages).

« Souvent, on a du mal à reconnaître le PDG parmi les employés, autant dire que le rapport patron-employés n’existe pas chez nous », conclut un autre travailleur.

Tous saluent le courage, le dévouement, le sens du partage et surtout la capacité d’écoute d’un chef d’entreprise qui n’a d’ami que le travail.

Des trophées déjà

Après quelques années d’existence (2008-2013), la société Aminata Konaté, productrice de Nadjini Bara Muso, d’eau en sachet, de vinaigre… entre dans la cour des grands par sa volonté de relever des défis dans son domaine. Lauréat du prix malien de la qualité en 2012, la société de Boureima Doumbia compte diversifier sa gamme de produits dans le domaine culinaire. En plus du bouillon culinaire en poudre, le bouillon Bara Musso doré Dacani, le piment en poudre (fin 2011-2012), l’eau, le vinaigre, la tomate, le poivre, et en sauce (avril 2013) le « Soumbala », il envisage d’autres créations.

Déjà des recherches sont menées pour donner au Mali un statut de leader du secteur dans la sous-région. Après avoir couvert 80 % du marché malien, la société de Boureima Doumbia envisage d’explorer le marché sous-régional avec une présence en Guinée Conakry et au Burkina Faso.

Aussi, nantie d’un agrément Cédéao et de l’Uémoa, la société Aminata Konaté ambitionne de contribuer au développement du parc industriel du pays afin de faire du Mali un pays d’autosuffisance alimentaire.

Boureima Doumbia estime qu’améliorer la performance de son entreprise et satisfaire la clientèle par la formation des travailleurs est un défi pour lui. Il affirme que ses employés suivent des formations dans le domaine avec l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (Anssa).

Jeune entrepreneur dévoué pour la cause de ses semblables, Boureima Doumbia est un exemple à suivre pour ses anciens compagnons du marché de Lafiabougou qui sont en train de prendre des initiatives dans d’autres domaines notamment la savonnerie.

A 36 ans, polygame et père de 6 enfants, Boureima Doumbia reconnaît et salue la contribution de qualité de sa famille (sa mère et ses épouses) dans le développement de ses affaires.

Zakariyaou Fomba

Le Débat du 02 Août 2013.