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Des articles de toute catégorie, inspirés de la terre mère. C’est tout le sens du combat que mène cette jeune entreprise, dirigée par une non moins jeune femme, Fatoumata keïta alias Touty. Ayant été bercée dans une ambiance à l’égyptienne, Touty n’aura que peu de temps pour trouver en elle cette âme engagée pour la promotion et la valorisation de la culture malienne, en particulier et africaine en général. Nefertouty, comme beaucoup de marque aujourd’hui, ont su faire de la mode une vraie arme de combat pour l’émancipation effective d’une culture africaine longtemps lésée. Nous l’avons rencontrée dans ses locaux à Hamdallaye ACI.

Qui est Fatoumata Keïta ?

touti-anim.gif« Je suis Fatoumata Keïta. Touty pour les plus intimes. Je suis la directrice de l’agence événementielle “Touty perfect”, qui evolue dans la décoration ,l’événementielle et dans la mode également.

Quid de la marque Nefertouty ? Pouvez-vous nous la présentez en détail?

Nefertouty vient de Néfertiti, une reine de l’Égypte ancienne. J’ai été élevée par une grand-mère qui est une fan absolue de l’Égypte. C’est elle qui m’a communiquée cette passion pour les rois et les reines de l’Égypte antique. En commençant dans le domaine de la mode, l’envie m’est venue de combiner cette culture si riche à la culture malienne. D’ailleurs qui parle de l’Égypte parle aussi de l’Afrique. Ce sont des cultures similaires. J’ai donc fait des tenues égyptiennes avec de la cotonnade malienne. Le résultat était formidable. C’est le point de départ de cette aventure Nerfertouty.

La culture africaine semble être votre leitmotiv. Est-elle aujourd’hui, selon vous, une niche/un créneau à adopter pour se démarquer des autres ? Pourquoi?

La promotion de la culture africaine est mon crédo ! Nous avons une culture très riche. On a pas forcément besoin d’importer ailleurs pour être beau. Au mali, on a une diversité culturelle incroyable. Avec nos produits, on peut bel et bien innover et s’adapter aussi bien à la modernité. C’est un mariage purement Tradi-moderne qu’on fait. On peut faire des merveilles avec nos produits locaux. Mon combat, c’est cette promotion de notre culture partout où je vais. Sans pour autant boycotter la culture occidentale. Mais personnellement je me promène toujours avec une touche malienne sur moi.

Et quelle est votre particularité par rapport à vos concurrents ?

Ma particularité est que je suis dans la décoration à l’africaine. L’habillement, la décoration intérieure, tout chez nous est inspiré de l’Afrique, mais surtout du Mali. De plus nous innovons beaucoup en ce qui concerne les imprimés sur nos articles. Tous les produits de décoration,peu importe la taille, sont modifiables chez nous pour lui donner cette touche malienne. Quant à nos propres productions, ils sont uniques en leur genre.

Votre service vise t-il une classe sociale en particulier ?

Nos produits sont accessibles à tous. Le rapport qualité-prix est vraiment compétitif. De surcroît nos produits résistent parfaitement au temps.

Quelle est votre principal moyen de communication ?

Je fais beaucoup d’autopromotion sur les réseaux sociaux. Parce que je m’habille
“Nerfertouty” dans la plupart du temps. Les gens l’apprécient sur moi et demande de ce fait sa provenance. Le bouche à oreille aujourd’hui m’aide beaucoup également. Sinon, c’est le digital que je plébiscite beaucoup.

Quelles sont les difficultés du métier de décorateur aujourd’hui au Mali ?

Nous avons beaucoup de difficulté. L’habillement avec les tissus artisanaux tarde à rentrer dans les mœurs au Mali. J’ai plus de clientèle dans la diaspora. Les maliens n’achètent pas beaucoup ces genres de produits. Ce qui est paradoxal parce que c’est une production de chez nous, faite chez nous !

Si je n’exporte pas, je ne gagne pas beaucoup. Les gens apprécient énormément ; ils sont tous épatés à la vue de nos produits. Mais ils sont très lents à passer de l’acte à l’achat. Si tout le monde commence à adopter ce genre d’habillement., le prix baissera considérablement. Les producteurs de bogolan ou de l’indigo ont besoin de marché.

Que faut-il engager comme politique pour diminuer ces difficultés que vous rencontrez, selon vous ?

Pour diminuer le coût, il faut une grande capacité de production. Un produit peut souvent rester invendu pendant de longue période. C’est d’abord la méconnaissance du produit en question. Ce sont des produits authentiques , des “handmade”. On a pas le sens de ce genre de production qui doit coûter cher parce que sa production demande beaucoup d’implication. Et une chaîne de valeur importante doit être engagée pour en venir à une production parfaite.

Le fait de l’avoir à la portée de main ne doit diminuer sa valeur. L’artisan a un savoir-faire ancestral qui n’est pas donner à tous. Donc cette particularité doit être préservée et surtout reconnue. Il faut que la matière première qui est le coton , soit accessible à tous. Il faut également une politique de subventionnement gouvernemental pour que nous puissions baisser davantage nos produits finaux.

Qu’en est-t-il du financement? Comment vous avez procédé pour démarrer ce business ?

J’ai commencé sur fond propre. C’est très difficile. Les banques n’octroient pas de crédit au projet portant sur la mode. Ce qui complique considérablement la chose. Leur excuse est que “ c’est pas un domaine crédible”!

Votre message aux maliens qui vous lisent actuellement?

Je leur demande de soutenir les artisans du bogolan ou de l’indigo. Lorsque quelqu’un achète un tissu , c’est toute une chaîne de production qui aura sa part. Du cultivateur de coton, aux artisans, aux tisserands, en passant par les teinturiers(ères). Cela créera facilement de l’emploi.

Un mot aux Femmes entrepreneures, comme vous?

Je demande aux femmes de ne pas baisser les bras. Ce n’est pas impossible , il faut persévérer. Il ne faut pas que nos maris nous tendent quotidiennement l’argent des courses . On doit aussi être indépendantes car c’est là que réside notre salut. »

Interview réalisée par Aissata Keita,

Bamako, le 22 Octobre 2018

©AFRIBONE