Partager

L’ancien footballeur Basile Boli qui a créé ERA (Entreprendre et réussir en Afrique) doit effectuer un voyage à Bamako très bientôt. Objectif : installer l’antenne-relais de son organisme pour le financement de projets économiques des migrants désirant retourner au bercail mais aussi et surtout de jeunes talents locaux qui ont besoin d’appui et d’accompagnement.

A Paris où ERA est installé depuis septembre dernier, un chef de projets diaspora a été engagé. Il collecte auprès de ses compatriotes les idées de projet et organise l’accompagnement du candidat au retour en informant sur le dispositif. Déjà une vingtaine de projets ont été listés. Tous émanent de candidats volontaires au retour qui, très souvent, ignorent les aides.

Entreprendre et réussir en Afrique ambitionne ainsi de faire du retour non un échec mais une victoire avec à la clé un projet viable financé. C’est ce qu’ils appellent « le retour gagnant », c’est-à-dire semer l’espoir dans les pays d’origine des immigrés en faisant comprendre que tout est possible sur place. Le projet recueilli en France est étudié et monté au Mali. En France, la structure ne s’occupe que de la mise en relation et de la recherche de financements.

Basile Boli, qui a raccroché ses crampons au lendemain de la victoire en 1993 de l’Olympique de Marseille en Champion’s League, la seule jusqu’ici d’une équipe française, n’est donc pas resté les bras croisés. Il est retourné dans son pays et a initié l’idée d’une Coupe d’Afrique des jeunes contre le Sida avec un financement initial de seulement un million de F CFA. L’idée a séduit des opérateurs économiques comme Total, puis Bouygues et Bolloré. « A un moment on se bousculait au portillon. Et en seulement quelques mois, nous avons pu bénéficier de la confiance de partenaires dont la mise totale s’élevait à plus de 500 millions de F CFA ».

BB Promotion qui a initié l’idée n’a pas cependant eu le temps de lancer l’événement à cause des événements malheureux survenus en Côte d’Ivoire. Mais l’homme a continué sur sa lancée et se trouve aujourd’hui à la tête de grosses structures comme BB Evénement spécialisée dans la promotion des footballeurs africains en Europe, dans les domaines du marketing sportif et de la production audiovisuelle.

C’est fort de cette sacrée expérience, où la renommée du célèbre buteur lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions avec le seul but vainqueur de la rencontre a été de beaucoup, que l’homme se lance le défi du co-développement, du développement tout court avec l’idée du « mécénat économique ».

Après le foot, le développement

Boli croit que les financements sont éparpillés et que les structures sont trop lourdes. Son idée est de mettre en place une structure plus proche des intéressés, plus souple et assez réactive pour proposer des financements sous forme de dons ou de crédits remboursables. Dans cet ordre, une convention liant ERA à l’Anaem (Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations), fait de la première le point focal en matière de co-développement par l’expérimentation de la méthode et de la philosophie Boli. Une enveloppe d’environ 7000 euros est dédiée à chaque projet retenu et « tous les projets des candidats volontaires au retour sont financés ».

Mais ce n’est pas tout, l’immigré désirant rentrer chez lui n’est le seul visé par ERA. Le jeune diplômé ou non qui désire entreprendre et réussir dans son pays est aussi une priorité dans le dispositif ERA. L’organisme installera bientôt dans les pays où il va intervenir à savoir le Mali, le Sénégal et le Bénin des correspondants relais qui collecteront les idées de projets, les étudieront et tenteront d’y apporter l’accompagnement nécessaire tant sur le plan de l’étude, auprès des administrations que des financiers. Pour cela ERA songe déjà à la mise en place d’un fonds d’investissement privé devant répondre au besoin des porteurs de projets.

Mais sans tarder, une expérience simple et promotrice est en cours au Rwanda avec un projet de gestion des terres et de protection des sols qui doit créer quelque 6000 emplois pour un investissement initial de 4 millions de dollars US. Ce projet agricole en partenariat avec le ministère rwandais des Terres doit aider à l’autosuffisance alimentaire par la culture de maïs, du blé, de la pomme de terre et d’oignon. A l’avenir, il s’agira d’exporter vers les pays voisins et pourquoi pas en dehors du continent.

Partant de son exemple personnel, M. Boli croit que les talents existent sur le continent et qu’il leur faut un appui simple pour voir les ailes de la jeunesse se déployer. Le footballeur dont le cri de hargne pour la victoire résonne encore dans les cœurs, a troqué le maillot de foot contre l’habit du développeur. En tunique dans les champs, ou en costard cravate sur les chantiers des nouvelles technologies accompagnant toujours les jeunes dans l’entreprenariat.


Oussouf Diagola

30 novembre 2007.