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Le 24 Mai 2008, la première trimestrielle du Cercle de l’Entreprise et de l’Initiative Sociale (CEIS), tenue à DFA Communication (ACI), a été l’occasion d’une rencontre de concertations entre les membres du CEIS et le gouvernement.

Pour la cause, le Premier ministre Modibo Sidibé était assisté de son Chef de cabinet, des ministres des Finances, Abou-Bakar Traoré, de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, M. Ahmadou Abdoulaye Diallo, et du ministre chargé des Relations avec les Institutions et Porte-Parole du gouvernement, Mme Diabaté Fatoumata Guindo.

On notait également la présence du président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM), M. Jeamille Bittar, des responsables de banques et des acteurs évoluant dans le secteur privé.

D’entrée de jeu, le président du CEIS a tenu à lever toute équivoque : “Il ne s’agit pas, pour nous, de dresser un tribunal ou de mettre en cause l’administration malienne dont nous mesurons, à bien des égards, la noblesse de la mission, si ce n’est pas de l’inviter à améliorer ses performances sur des aspects sur lesquels elle apparaît nettement faible, en manque, ou en déphasage”.

Pour le CEIS, il s’agit au contraire de “bâtir des entreprises compétitives au Mali, permettre l’émergence d’entrepreneurs modernes, solidaires et porteurs d’éthiques, de contribuer à l’amélioration d’un environnement des affaires favorable au développement de l’entreprise malienne et à la croissance économique et sociale”.

Pour réaliser ces objectifs, le CEIS a inscrit, dans son plan d’actions, l’organisation périodique de rencontres, de débats et d’échanges entre décideurs et hommes et femmes d’affaires, sur des questions dont l’importance et l’actualité ont un réel impact sur les métiers, professions, activités et exploitations des acteurs du secteur privé.

La rencontre de ce 24 Mai rentre dans ce cadre, d’où le thème de cette première trimestrielle du CEIS : “Renouveau de l’action publique et dynamisation du secteur privé”.

Les constats du CEIS

Au nombre des handicaps qui entravent le progrès du secteur privé malien, le CEIS note l’absence de stratégie dans le développement des secteurs économiques, le non respect des règles du commerce et de la concurrence,

l’accès inéquitable aux marchés publics, l’offre et la qualité des services publics qui ne sont pas bien améliorés, les abus de certaines interventions de l’administration, la non sécurisation des affaires par un système judiciaire probant, l’absence d’une offre de main d’oeuvre qualifiée…

D’autres interrogations préoccupent tout autant le secteur privé. Pourquoi constate-t-on une dispersion dans les actions gouvernementales en matière de réformes et de projets d’appui aux acteurs du privé? Pourquoi les vrais acteurs du secteur privé sont peu impliqués dans la conception et les prises de décision concernant les réformes et programmes d’appui à ce même secteur privé?

Peut-on bâtir une stratégie de croissance basée sur ce secteur privé si l’on n’a pas une bonne visibilité et une maîtrise dudit secteur, tant en termes qualificatif que quantitatif? Le gouvernement détient-il une vraie politique d’accompagnement des entreprises privées?

La détermination du gouvernement

Autant de questions entre autres- auxquelles le gouvernement, à travers le Premier ministre et ses ministres en charge du volet, ont apporté des réponses. Selon le Chef du gouvernement, en plus de consultations périodiques entre l’Etat et le CEIS, l’Exécutif compte se focaliser les ressources et les énergies sur sept axes déjà définis par le Programme de Développement Economique et Social (PDES).

Il s’agit, dira le Premier ministre, “d’instaurer un renouveau de l’action publique au service de la croissance et du développement ; de devenir une puissance céréalière agricole ; d’améliorer la compétitivité des entreprises maliennes, en particulier les PME ;

de développer les infrastructures ; de renforcer l’accès des populations à des soins de santé de qualité ; de préparer les jeunes et femmes à la vie active par l’emploi ; et d’améliorer le niveau et le cadre de vie des Maliens”.

Le Premier ministre rappeléra ainsi certains progrès : la croissance économique qui a été de 4,2% en 2007 ; le monde rural qui reste le moteur de la croissane, avec plus de 37% ; les secteurs du commerce, des transports et des communications qui comptent pour 20%, et 18% pour les autres services ; le secteur des services qui fait preuve d’un réel dynamisme, avec 38,5%…

Par ailleurs, le gouvernement compte lever les contraintes fondamentales et mettre en place les conditions idoines pour le développement du secteur privé formel. “C’est tout le sens de la Loi d’orientation du secteur privé. L’Agence pour la Promotion des Investissements (API) et l’Agence pour le Développement des Exportations (ADEX) permettront de prendre en charge les principales préoccupations du secteur privé”, dira le Premier ministre.

Et d’assurer : “Le rôle de l’Etat sera revu. Il s’agira de susciter l’émergence d’un Etat promoteur d’entreprises privées, qui encourage la bonne gouvernance d’entreprise, qu’elle soit publique ou privée. Bref, il s’agira de revenir au rôle d’incitation et de régulation de l’Etat, sans tomber dans le “tout Etat”…

Des propositions du CEIS

A la détermination du gouvernement se sont jointes des questions et propositions formulées par les membres du CEIS, pour un meilleur devenir du secteur privé et sa contribution plus active à la promotion de l’économie malienne.

Selon le président du CEIS, pour tout ce qui concerne l’évaluation des offres par l’élaboration des critères de sélection objectifs et connus d’avance par les offrants, la présence de représentants du secteur privé aux côtés de la Direction Générale des Marchés Publics (DGMP) peut être de nature à renforcer la transparence et le respect de la loi.

D’autre part, il est nécessaire de renforcer la Direction Nationale du Commerce et de la Concurrence (DNCC) afin qu’elle puisse appliquer son pouvoir de police économique, et faciliter l’octroi des exonérations aux entreprises à valeur ajoutée nationale.

La proposition envisagée par le CEIS consiste aussi à répertorier progressivement l’ensemble des professions et des métiers, en identifiant les proffésionels y exerçant en informel, pour ensuite les reconnaître en tant que tels par la délivrance d’autorisation ou d’agréments dans le cadre des structures professionnelles.

Selon le CEIS, pour ce qui est des marchés publics, il est important que le seuil obligatoire d’appel à concurrence soit fixé sur la base de critères objectifs tenant compte non seulement de la nature particulière du marché et du financement disponible, mais aussi de l’origine dudit financement et des spécificités du marché lui-même.

A cet effet, il est essentiel qu’une commission nationale dite des recours administratifs soit mise en place, sous la tutelle du Premier ministre. Tout comme il est important de conformer les dispositions du Code des marchés publics avec la loi communautaire de l’UEMOA.

Ce sont là, entre autres, des propositions pertinentes avancées par le CEIS. C’est dire que tant qu’il y aura de discussions et des échanges périodiques de ce genre entre les promoteurs et le gouvernement, l’on reste persuadé que l’entréprenariat privé malien émergera des multiples contraintes qui gênent son évolution.

Oumar DIAWARA

27 Mai 2008