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La question hantait déjà les esprits et se trouve davantage sur les lèvres, depuis le renversement du duo Bah N’Daou -Moctar Ouane et son remplacement par le tandem Assimi Goita – Choguel Maiga.

Il s’agit notamment des incertitudes qui entourent la Transition, quant à ses contraintes temporelles rapportées à l’immensité des tâches qui sont autant de conditions sine qua non pour y sortir. Sur une échéance de dix-huit mois – peu rassurante et à peine tenable dès le départ -, la moitié est déjà consommée alors que la machine devrait encore peiner à redémarrer au regard des lourdeurs inhérentes au renouvellement du gouvernement. La donne est d’autant plus préoccupante que la communauté internationale et les autorités sous-régionales ont l’air d’afficher une inflexibilité sur le respect d’un délai auquel la junte putschiste a souscrit et qui est de surcroît consigné de commun accord dans la Charte de Transition. Idem pour la classe politique malienne, quoique son unanimité sur le sujet puisse être nuancée par l’entrée en scène du M5-RFP désormais maître du jeu et sous l’égide en sus d’un adepte d’une transition de moins courte durée. Il se pose la question, en définitive, si les lignes du dead-line vont devoir bouger avec Choguel Maiga à la tête à la Primature.

Selon toute vraisemblance, la réponse à la question réside moins dans les allusions fréquentes du PM à l’étroitesse de ses marges temporelles que dans les intentions que pourraient cacher ses chantiers trop ambitieux et nettement disproportionnés au temps imparti dont il dispose : sécurisation du territoire, organisation de consultations électorales dont le référendum, refondation institutionnelle et administrative de l’Etat, application de l’Accord, lutte contre la corruption et l’impunité, etc.

Quoi qu’il en soit, la tendance n’est guère moins confortée par les réclamations d’un dispositif électoral moins contestable, que tous s’accordent à associer à l’avènement d’un organe unique de gestion des élections. De quoi alourdir davantage la marche d’une Transition autour de laquelle l’autorité de tutelle des élections affiche une grande détermination à dissiper les nuages et zones d’ombre. Au nombre desquelles figurent naturellement les incertitudes liées au respect à la fois du délai de la Transition et des critères d’un processus électoral fiable. Ces deux défis sont-ils antinomiques ? Pour en avoir le cœur net, le ministère entame une tournée de prise de contact avec les principaux protagonistes du jeu électoral à partir d’aujourd’hui lundi avec l’objectif de crever définitivement l’abcès, cette semaine, en ramenant la question au cœur des concertations et échanges avec ses interlocuteurs.

Il sera question, en clair, de convenir avec la classe politique et la société civile du schéma le plus préférable : optimiser le temps restant en privilégiant les priorités les plus essentiels et indispensables ou se résoudre à amplifier les missions de la Transition en lui imputant des tâches plus conséquentes et des jalons plus solides. La première option revient à préférer une transition à minima au prix d’un renoncement aux exigences d’élections irréprochables, tandis que la seconde alternative implique une rupture avec le fétichisme de l’échéance en soumettant la Charte à une relecture à l’effet de procéder à une rallonge des dix-huit mois. En tout cas, sauter le verrou n’a l’air de déranger outre mesure ni le Premier ministre ouvertement hostile à la durée initiale, ni l’ancien vice-président de la Transition qui s’est probablement opposé à son ancien président justement sur le délai.

Quoi qu’il en soit, toute nouvelle échéance excédant la fin du mandat d’IBK aura mis en évidence l’interruption anticonstitutionnelle du 18 Août 2020 comme une aventure indéfendable.

A KEÏTA

Source: le Témoin