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‘’Il est inconcevable qu’un pays comme le Mali, avec toute l’histoire que nous connaissons, avec toutes les potentialités qu’elle recèle, qu’on se soit réduit à tout simplement un cercle vicieux: élections démocratiques, contestations politiques, rébellions, coups d’État. Il faut qu’on sorte de ce cercle. Et ça, c’est la classe politique qui détient la clé’’, déclarait sur les ondes de Mikado FM, Mahamat Saleh Annadif, Chef de la Minusma et Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies. En fin de mission à la tête de la Mission onusienne, le diplomate tchadien tenait certainement à adresser ce message à la classe politique malienne.

Le diplomate tchadien a raison de dire qu’il est inconcevable que le Mali soit réduit aux contestations politiques, rébellions et coups d’Etat. Il a raison de dire qu’il faut sortir de ce cercle. Mahamat Saleh Annadif a aussi raison de rappeler que la classe politique en détient la clé.

De 2002 à 2020, les acteurs politiques ne  se sont pas montrés toujours à hauteur des véritables enjeux. Que d’occasions ratées ! Que de trahisons ! Que de reniements ! Que de fuites en avant !

La classe politique malienne n’a pas mis en avant les intérêts supérieurs de la nation dans ses prises de positions. La dégénérescence de la démocratie et la faillite de l’Etat ont été accélérées par les petits calculs et les positionnements opportunistes en fonction des circonstances. De trahison en trahison, la classe politique dans sa grande majorité s’est mise sur le banc des accusés.

En 2002, quand Moussa Balla Coulibaly, alors président de l’ARD (Alliance pour la République et la Démocratie) prenait sa plume pour demander à ses camarades d’Espoir 2002 de sauver la république et la démocratie en refusant de donner leur caution à un candidat indépendant, il n’a pas été écouté. Les errements politiques de 2002 ont débouché au coup de force militaire du 22 mars 2012 par des jeunes prédateurs, dont la plupart ont fui le front en rébellion. La suite est connue : une occupation des 2/3 du territoire par des forces obscurantistes et une intervention militaire internationale.

Le coup fatal à la démocratie a été administré en 2018 à l’occasion de l’élection du Président de la République par les concepteurs de «ni ni», histoire de s’aligner sans conviction derrière un président sortant qui avait déjà montré ses limites pendant un premier mandat très laborieux.

La naissance du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques (M5-RFP) et les événements du 18 août 2020 s’expliquent quelque part par le refus d’une certaine classe politique de donner une chance en 2018 à une alternance pacifique. Au lieu de se trouver autour d’un programme commun mettant en avant les intérêts supérieurs de la nation, ils ont opté pour des petits arrangements sur le dos de la République.

Partout où les acteurs politiques refusent de donner une chance à l’alternance pacifique, ils exposent la République à tous les dangers. Partout où les acteurs politiques sont incapables de mettre entre parenthèses leurs divergences face aux périls pesant sur la démocratie, ils offrent l’occasion à d’autres forces de s’emparer des leviers du pouvoir politique.

Il urge que les acteurs politiques se ressaisissent en pensant un peu moins à     leur ego et un peu plus à la république !

Par Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger