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Le dialogue semble biaisé entre le Premier ministre et le Front pour la démocratie et la République (FDR) dans la mesure où les deux parties ne parlent pas le même langage à propos de la dette intérieure du Mali.

Pour la troisième fois, le locataire de la Maison du peuple, Modibo Sidibé, a reçu le 25 juillet 2008 l’opposition parlementaire pour discuter des questions brûlantes de l’heure : école, vie chère, finances publiques… Sans doute, la rencontre du Premier ministre d’avec le FDR et le parti Sadi a eu le mérite de se tenir.

Mais, à quoi peut-on s’attendre véritablement après cette concertation donnée pour trouver une alternative aux crises qui assaillent le pays avec son corollaire de chute libre du pouvoir d’achat des Maliens ?

Assurément, l’heure n’est pas encore au bilan. Mais, rien qu’en voyant le caractère informel des échanges, il y a lieu de croire que le mémorandum adressé au Premier ministre par le FDR risque de mourir de sa belle mort.

En faisant l’économie de ce document de trois pages, il est demandé à l’Etat de réduire son train de vie, de moraliser les frais de mission de ses agents à l’étranger… Sur ce terrain, il ne faut pas s’attendre à grand-chose tant que les mêmes pratiques demeureront pour ne pas dire l’amateurisme, l’affairisme, le copinage et les considérations politiciennes.

Les décideurs maliens savent mieux que quiconque ceux qui sont à la base du sabotage des finances de l’Etat.

Mais, pour autant ceux qui sont promus à ces niveaux de responsabilités continuent à se la couler douce sans être inquiétés. Le chef du gouvernement peut-il nier qu’il n’est pas au courant de cet état de fait ? Quelle application a-t-il fait des recommandations des deux dernières rencontres avec l’opposition démocratique ? La résolution des problèmes ne tient pas tant à la multiplication des rencontres, mais à l’affirmation de l’autorité de l’Etat, mise à mal chaque jour.

Cet ensemble mis bout à bout, autorise à penser que le chef du gouvernement et le FDR ne regardent pas dans la même direction. Tout comme Modibo Sidibé et ses interlocuteurs ne font pas la même lecture de la dette intérieure du Mali. Alors que le premier parle de 75 milliards de F CFA, les seconds avancent 260 milliards de F CFA de factures impayées au niveau du Trésor public.

Brouillamini

A croire que nous ne sommes pas dans un même pays. Pis, les chiffres avancés par le président de la République (environ 85 milliards) ne sont pas les mêmes que ceux de son Premier ministre. Curieusement, ce que ce dernier détient est diamétralement opposé à celui de l’opposition. Finalement, où est la vérité ? Le peuple est floué et ne sait plus qui lui tient le langage de la vérité. Tout semble indiquer que les informations sur la banque de l’Etat sont erronées.

Face à cette divergence de vue entre le PM et le FDR à propos de la dette intérieure du Mali, il est à craindre que le dialogue amorcé ne s’enlise dans le temps.

Parce qu’une rencontre, un dialogue entre des parties repose sur une convergence de vue pour faire avancer les choses. Mais, si cette approche n’y est pas, il va sans dire que les protagonistes vont s’engager dans des discussions stériles qui feront qu’ils ne vont pas s’entendre à plus forte raison mettre en œuvre les recommandations.

Pour mieux éclairer la lanterne de l’opinion, les deux parties auraient dû faire des efforts en avançant des preuves pour tirer au clair le cafouillage des chiffres.

Même si on a fait l’effort de rassurer les citoyens que les discussions se sont déroulées dans une atmosphère détendue et de courtoisie, il faut dire que le Premier ministre et ses « invités » ne sont pas parvenus à accorder leurs violons sur cette épineuse question qui a mis le président ATT hors de lui-même lors du lancement de la Journée paysanne à Soninkégni, dans le cercle de Kati.

Le dialogue de sourds entre le chef du gouvernement et l’opposition réside aussi dans la position du Sadi vis-à-vis du FDR. Le parti de l’ancien ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko, a demandé au Premier ministre de ne plus le recevoir autour d’une même table que le FDR au motif que des leaders de ce regroupement « n’inspirent pas confiance ».

Pourtant, dans la vision globale des choses, ils sont tous de l’opposition. C’est dire que le Premier ministre a du pain sur la planche. Il lui appartiendra non seulement de convaincre l’opposition parlementaire du montant des factures impayées au Trésor et de voir dans quelle mesure, il peut recevoir séparément le FDR et le parti Sadi.

Tant qu’un consensus n’est pas dégagé autour de ces questions sensibles, il est évident que le Premier ministre et l’opposition parlementaire ne vont s’entendre et continueront à se renvoyer la balle et à se détourner des vrais maux dont souffrent les Maliens.

Mohamed Daou

31 Juillet 2008