Partager

Juste après sa réélection en avril 2007, à l’entame de son second mandat, le président de la République avait instruit au gouvernement de mettre l’accent sur la communication dans tous les actes que les ministres auront à poser. Au lieu de cela, certains de nos ministres sont aujourd’hui passés dans l’art de vendre leur propre image à travers des actions purement folkloriques, au lieu de chercher à être efficaces. La preuve.

Amadou Toumani Touré, dans la lettre de cadrage, est revenu sur les mêmes instructions, en invitant les membres du gouvernement à fournir plus d’efforts dans le même sens, c’est-à-dire celui de la communication. Mais aujourd’hui, le constat est on ne peut plus amer au niveau de certains départements ministériels pour ce qui est de la communication.

Ainsi, depuis quelques temps, la presse se fait l’écho de certains dysfonctionnements ou fait ses choux gras de certains ratages ou supposés tels. Au nombre des questions qui ont fait la une de l’actualité ces derniers temps figurent en bonne place la crise scolaire avec son corollaire de grèves et menaces d’arrêt de travail, et l’initiative riz.

Deux questions qui auraient dû être gérées par les ministères en charge du système scolaire, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, de l’agriculture. Mais l’on a rarement entendu de communiqués émanant de ces départements pour édifier les Maliens sur ce qu’il en est réellement.

La ministre en charge de l’éducation de base n’apparaît à la télévision que pour parler de son « association » le REDD, beaucoup plus embringuée dans des politiques écologiques ou environnementales dont elle n’a pas les moyens.

Le ministre en charge des enseignements secondaire et supérieur ne se montre que pour rejeter la faute, toutes les fautes, sur ses partenaires sociaux, sans expliquer aux Maliens que des efforts ont été consentis par les plus hautes autorités pour que l’école sorte de l’ornière. Le ministre qui conduit la réforme de l’Etat et est censé être l’interlocuteur des syndicalistes, est accusé par ceux-ci de refuser la création de cadre de négociation et, pire, de réfuter le dialogue social pour la sortie de crise.

Le ministre de l’agriculture ? Il brille par son mutisme et, surtout, son absence. Lors de la cérémonie de lancement de la moisson, il n’a même pas daigné accompagner le Premier ministre dans la première partie de la mission. Il a préféré rester à Bamako où se tenait le congrès de son parti, et se battre pour être maintenu dans le comité exécutif. Et dire qu’il est le premier responsable de la sécurité alimentaire.

On l’aura sans doute constaté, ces différents ministres, et bien d’autres encore, sont ceux-là mêmes que les partis politiques ont envoyés au sein du gouvernement. Leur seule hantise, c’est de perdre leur strapontin. Le président de la République a-t-il eu tort de croire qu’ils pouvaient servir à quelque chose ? Fallait-il qu’il leur fasse confiance ?

Le constat est que beaucoup de ministres semblent avoir compris de travers leurs missions. Ainsi, l’autopromotion est devenue un mode de gouvernement. Actions trompe-l’œil, tapages médiatiques, shows télévisés, bilans encenseurs sont inscrits dans des plans d’action gouvernementaux. Et bonjour le culte de la personnalité. Et adieu l’efficacité.

En effet, certains ministres, et ils sont très peu, suivent à la lettre les instructions du président de la République. Mais d’autres, les plus nombreux, semblent ne se soucier que de leur propre image. Ardu exercice, d’ailleurs, tant cette image est difficile à soigner. Qu’à cela ne tienne, ils sont prêts à tout, pourvu qu’ils fassent la une de la presse ou paradent lors de certaines cérémonies.

Ils semblent avoir élaboré eux-mêmes leur stratégie de communication. Ceci, dans la plupart des cas, pour masquer une certaine ignorance, occulter leurs insuffisances, colmater les nombreuses brèches dans leur gestion des affaires publiques. Ils sont si occupés à cet exercice, qu’ils ont du mal à donner une véritable visibilité à leurs actions, tant est-il qu’ils en aient.


Des « ministres-chargés de communication », en somme.

Et les vrais chargés de communication dans tout çà ? La plupart de ceux-ci ne sont là que pour amuser la galerie et boucher les trous. Jusqu’à ce que le « boss » les utilise à rédiger des droits de réponse sous forme de communiqués de presse ou à faire la navette entre certains journalistes pour monnayer leur silence.

Quand ils ne soumettent pas leur ministre à un véritable chantage, ils mettent en place de petits réseaux qui leur échappent finalement. Si bien qu’ils ont fini par mettre carrément au placard leur chargé à la communication. Ainsi, lors de voyages, de manifestations, de cérémonies, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, c’est le ministre lui-même qui fait le choix des différents organes à inviter. Pour une rencontre avec la presse, c’est encore le ministre qui fait le tri. Le chargé à la communication (le pauvre) assiste impuissant. Il n’a ni mot à placer, ni choix à faire.

En réalité, tout se décide sans l’avis, a fortiori l’aval, des chargés à la communication. Récemment, un d’eux avait été chargé par son ministre de dresser une liste d’organes de presse devant l’accompagner à l’intérieur du pays.

Une fois le travail fait, quelle ne fut la surprise du chargé à la communication, lorsqu’il a découvert qu’aucun des organes qu’il avait retenus n’était de la mission. Le ministre avait lui-même fait son choix.

L’année dernière, un autre ministre, lors d’une manifestation organisée à l’extérieur, dressa une liste d’organes, après avoir consulté deux journalistes de la place, et en l’absence de son chargé à la communication.

Mode d’action : chantage et pression

Dans le milieu de la presse, l’on raconte que généralement pour participer à une mission, avoir un abonnement ou un contrat publicitaire avec certains départements ministériels, on n’a pas l’embarras du choix. Il faut signer allégeance, faire du chantage ou mettre la pression. Bien entendu, il ne s’agit pas de tous les ministres. Heureusement.

Mais les autres, c’est-à-dire ceux qui sont réfractaires à toute critique, sont aussi prêts à composer avec certains journalistes ou journaux, lesquels ont compris que « cette thérapie, est la meilleure ». Dans les départements, les chargés de communication qui ne veulent pas avoir de problème avec leur chef semblent également avoir assimilé la leçon. Ils sont prompts, s’ils ont l’occasion, à ne travailler qu’avec les journalistes ou les rédactions qui représentent une menace pour l’image de leurs ministres d’abord, et pour leur personne, ensuite.

Ils s’en foutent du professionnalisme et s’asseyent sur la déontologie et l’éthique. Aujourd’hui, face à cette situation, certains ministres font fi de la qualité d’organes, encore moins de l’éthique. Il se trouve alors qu’un ministre dès que sa personne est épargnée, ne considère nullement autre chose, notamment la communication gouvernementale. Pour beaucoup de ministres, le pas a été largement franchi entre communication et propagande personnelle.

C’est pourquoi, il est aujourd’hui de comprendre toutes les difficultés que rencontrent le président de la République et le chef de gouvernement à faire face à certaines attaques qui, en réalité, n’ont aucune justification si certains ministres jouaient pleinement leur rôle d’acteurs majeurs.


Ch. Tandina

23 Mars 2009