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jpg_une-186.jpgUne bonne partie de la presse y a vu une « communion planétaire », la « mondialisation d’une émotion », un « big-bang émotionnel » qui n’est pas sans rappeler l’adieu à Lady Di en 1997.

« Inoubliable », titre Le Parisien qui insiste sur l' »immense ferveur » qui règnait mardi soir au Staples Center à Los Angeles.

Démesure

« La démesure de ces funérailles royales peut surprendre. Elle est à la hauteur du mythe Michael Jackson », écrit Xavier Panon dans La Montagne. « Stars et démesure », pour reprendre une expression tirée du « chapeau » de l’article de Libération consacré à l’évènement. « Démesure »: voila le mot qui résume sans doute le mieux une bonne partie des éditoriaux qui parlent des funérailles du chanteur américain.

« Mort, Michael Jackson a encore battu un record » avec « les visages successifs du mutant, icône androgyne à scandales défiant le temps et sa couleur, dans le fantasme fou de devenir universel », écrit l’éditorialiste du journal de Clermont-Ferrand.

On a eu affaire là à « un spectacle en forme d’adieu comme seuls les Américains savent en concocter, mélangeant religiosité, tour de chant, casting de haute volée et émotion: histoire de gommer la mort tout en l’exposant », constate Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre Ouest.

« La mondialisation d’une émotion »

L’évènement, proprement américain, avait une signification planétaire. « A l’heure du village planétaire, nous avons assisté hier soir à la mondialisation d’une émotion », constate Didier Louis dans Le Courrier Picard. « Cette communion planétaire proprement incroyable dépasse celle pour Lady Diana, John Lennon, Elvis Presley ou John Kennedy », pense Xavier Panon.

Pour quelle raison ? « Elle est à la mesure du mythe Jackson, du génie musical de cet artiste du siècle qui touche aussi les jeunes d’aujourd’hui », répond Xavier Panon, de loin le plus fasciné dans ses commentaires. « Les icônes ont toutes leur part de mystère, parfois d’exubérance et de scandale, et pour chacune d’entre elles, quand le rideau de la célébrité est tombé, on oublie ce qui a fait le mythe », ajoute Didier Louis dans Le Courrier Picard. Une star « mystérieuse et ambivalente jusqu’au bout », commente Hervé Cannet.

Comment expliquer l’évènement ? « Il appartiendra aux historiens de [le] situer […] sur l’échelle du temps et aux sociologues d’en expliquer les ressorts », ajoute l’éditorialiste amiénois. Mais pour lui, ces funérailles traduisent « un besoin de communier autour du héros au-delà des barrières sociales, nationales, linguistiques et s’unir dans des cérémonies d’adieu à la dimension quasi religieuse ».

« Quel homme politique, quel grand dignitaire religieux pourrait aujourd’hui recevoir ce type d’hommage universel ? », se demande Hervé Cannet (Nouvelle République du Centre Ouest). Et d’ajouter: « Outre le déferlement médiatique qui l’a entouré, cette cérémonie bizarroïde, passablement kitsch, touchante et exaspérante restera probablement dans l’histoire du show-biz: ce fut à la fois une première et une dernière ».

La fin d’une époque ?

« Une première et une dernière »… Un avis que n’est pas loin de partager Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain. Après Michael Jackson, « ces orgies de succès et d’excentricités sont terminées », écrit-il.

C’est-à-dire ? Michael Jackson « aura accompagné le déclin d’une industrie aujourd’hui condamnée par l’avènement de la culture du numérique », pense le commentateur lorrain. « Promu par la mondialisation de la culture et des moyens de communication », le chanteur « était le premier monstre sacré planétaire », poursuit-il. « Mais imposée par le ‘client’, l’évolution des industries culturelles en fait également le dernier des nababs du vidéo clip ».

Quel symbole ?

Pour autant, « le déferlement médiatique » (Hervé Cannet) qui a accompagné l’évènement ne se retrouve pas forcément dans tous les journaux. Le Figaro se contente d’un simple rappel en bas de première page, avec un titre sobre: « Hommage planétaire pour Michael Jackson », renvoyant à un article dans les pages intérieures. Même genre de titre informatif à la une de Libération: « Concert de louanges pour Jackson ».

« Que [ces] obsèques aient éclipsé tout le reste a quelque chose de gênant, le mot est faible », explique Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne. « Le plus grave est la débauche de commentaires plus ou moins ahurissants qu’on a pu lire ou entendre sur le symbole que serait censé représenter Michael Jackson », ajoute-t-il.

Nier le « symbole », voilà quelque chose qui ne plairait aux millions de fans du chanteur de par le monde… L’éditorialiste s’en défend: « Il a su renouveler le genre, non pas avec talent, mais avec génie. De là à le transformer en gourou à la faveur de son décès, il y a un pas qu’il serait ridicule de franchir ».

Reste à voir ce que représente effectivement l’artiste Michael Jackson après sa mort. Il « symbolisait à merveille la confusion des valeurs, des sexes et des races, qui caractérise les sociétés occidentales s’inspirant du modèle américain, à son apogée lors de la révolution culturelle des années 60″, estime Hubert Coudurier dans Le Télégramme.

Jackson, symbole d' »un pays qui paie aujourd’hui le prix de son absence de limites, de sa folie pas seulement financière mais de consommation à crédit, de toute puissance notamment guerrière, comme on l’a vu en Irak », comme l’écrit l’éditorialiste breton ?

Peut-être… Mais surtout icône de millions de personnes dans le monde entier, de tous âges et de toutes cultures, qui ne cessent de se reconnaître dans sa musique.

par Laurent Ribadeau Dumas / france2.fr

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