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La ville de Kidal au Mali peut enfin respirer. En effet, les rivalités entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme, composée notamment des Touaregs du Gatia, avaient mis cette ville, bastion des autonomistes du Nord-Mali, dans une situation potentiellement explosive. Mais l’accord signé entre les deux principaux protagonistes, montre que la raison est en train de prendre le pas sur la violence. Pour aboutir à cette entente « cordiale », les deux parties ont dû accepter une cogestion de Kidal : celle administrative et sécuritaire. D’un côté, la CMA et la Plateforme partageant la gestion administrative de Kidal et de l’autre, les combattants du Gatia seront aux côtés des combattants de la CMA pour sécuriser la ville. En même temps, elles promettent de prendre des mesures concrètes aux fins de faire baisser la tension dans la ville. On ne va pas s’en cacher ; ce résultat est encourageant. Il constitue un pas supplémentaire dans la bonne direction. Et c’est tant mieux pour le Nord-Mali. Par ailleurs, l’obtention de cet accord positionne le Niger qui aura pesé de tout son poids pour parvenir à cet accord résultat. Après le succès dans la libération de l’otage australienne du couple Eliott, le pouvoir de Mahamadou Issoufou vole à présent au secours du palais de Koulouba à Bamako.

Jusqu’à quand tiendra le modus vivendi entre les deux mouvements ?

Cela étant dit, l’on ne peut que se réjouir de l’évolution récente de la situation à Kidal, une « enclave » quasiment interdite d’accès aux autorités de Bamako. Toutefois, une chose est de signer un accord, une autre est de le respecter. Et en la matière, sur la base de ce qui a été donné de voir par le passé, on ne peut jurer de rien sur le respect des engagements par les parties. Autrement dit, l’on est en droit de se demander jusqu’à quand tiendra le modus vivendi entre ces deux mouvements rebelles qui ne se portent pas réciproquement dans le cœur. Dire, dans ce sens, que l’accord entre les deux groupes a été signé le sabre dans le dos, n’est pas exagéré. D’autant que la CMA et la plateforme ont suffisamment démontré qu’elles ont des humeurs très instables et qu’à tout moment, on peut s’attendre à des accrochages, voire des affrontements. C’est dire si la cogestion administrative et sécuritaire de la ville de Kidal a de fortes chances de déboucher sur une reprise des hostilités et ce, d’autant plus qu’aucun des groupes n’a véritablement renoncé à ses ambitions. Disons-le tout net, la grenade n’a pas été dégoupillée certes, mais la menace est toujours d’actualité car la bombe n’a pas été désamorcée. Il appartient aux rebelles et au pouvoir nigérien, parrain de l’accord, de faire en sorte que la paix soit préservée. Dans tous les cas, les protagonistes sont dans l’obligation de s’entendre, sinon, c’est le chaos assuré.

Michel NANA
Le Pays du 18 Juillet 2016