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«Depuis ma tendre enfance jusqu’au début du drame national (problème pompeusement appelé touareg par les uns du Nord par les autres) en passant par mon cursus scolaire et universitaire, je m’étais fixé comme objectif de ne pas me laisser divertir par la politique et de m’occuper essentiellement de l’enseignement et de la recherche universitaire de notre grand Mali. Mais la tournure qu’ont pris les évènements à savoir la mise en cause de l’essentiel: l’unité nationale et l’intégrité territoriale, m’impose de m’impliquer, en tant que Malien, d’apporter ma modeste contribution à la résolution de ce douloureux problème dans un cadre national respectant la souveraineté du Mali.

J’attire l’attention que ce problème réveilla en moi, l’honorable targui qui sommeillait. L’ingérence extérieure m’a poussé à abandonner mes revendications en tant que targui au profit de la défense de l’intégrité et de l’unité nationale.

En prenant les armes en Juin 1990 Iyad Ag Ghaly et ses compagnons n’avaient consulté personne de la société civile malienne (touareg et autres).Cela va de soi, pourrait-on dire, puisque c’était une rébellion. Ainsi quoi qu’il en soit pour le commun des mortels nomades comme les premières salves de la rébellion signifiaient le début de la lutte pour la justice, la démocratie et la dignité pour tous .

Le Général de corps d’armée Moussa Traoré sentant sa mort politique prochaine signa un accord de paix avec eux, ce qui lui permettait de réprimer la rébellion du mouvement démocratique. Puis par souci de sauver l’unité nationale un pacte national de paix a été signé sous la haute autorité du Général Amadou Toumani Touré avec les dissidents d’Iyad.

Il faut reconnaître que ce pacte contenait tous les ingrédients de la division du Mali : minant ainsi le terrain de la troisième République tout en mettant en hibernation l’autorité du premier président démocratiquement élu, Son Excellence Alpha Oumar Konaré.

Cette autorité est revenue grâce au charisme du Premier Ministre de l’époque Ibrahim Boubacar Keïta. Présentement on a bien peur que le Général Moussa Traoré ait mieux réussi l’unité nationale que ses homologues. Ce qui sera une honte pour les démocrates!

Malgré la signature du pacte national le 11 Avril 1992, les attaques ont continué rendant la vie quotidienne des populations du Nord toujours plus dure et inhumaine. Il faut rendre hommage à l’esprit patriotique de ces populations du Nord qui ont enduré toutes les privations dans l’unique espoir de voir la paix revenir sur la base du Pacte signé au bénéfice de tout le monde.

D’autre part, la modicité évidente, dès le départ, des moyens de l’Etat et le manque de respect des engagements pris par l’extérieur, ont conduit les gouvernements successifs de la 3ème République à une application partielle voire mauvaise du pacte.

Du coup, naquit le mouvement patriotique Ganda Koy exploitant les frustrations quelque part légitimes de nos frères sédentaires. Je voudrais dire que le mouvement Ganda Koy a la même légitimité historique que les MFUA tendant tous les deux à mettre fin à une injustice prolongée.

Ces deux mouvements de mon point de vue devraient collaborer pour mettre fin aux martyrs des populations, et de toutes les populations du Nord. Car les dérapages des parties en conflits ont vidé presque le Nord de ses ressortissants nomades aussi bien que sédentaires.

Je lance un appel à tous les patriotes sincères, afin qu’ils s’impliquent pour sauver le Mali, la terre de nos ancêtres nomades ou sédentaires. Les partis politiques doivent mettre l’intérêt supérieur de la nation au dessus des querelles politiciennes. Plus que jamais les MFUA et le mouvement Ganda Koy doivent se voir et vite pour accélérer et renforcer la paix dans le Nord.

L’armée malienne doit répondre à l’esprit du 26 Mars, c’est-à-dire être une armée républicaine, une armée assurant la vie et les biens de tous au Nord. De même, la presse doit travailler à développer l’esprit de concorde entre les parties au Nord, développer tout ce qui peut rapprocher les peuples et éviter les nouvelles à sensation frustrante.

Je vous demande aujourd’hui de bouger et de faire bouger tous les maliens pour qu’ils dépassent les innombrables critiques stériles pour faire des propositions concrètes que l’Etat peut honorer et qui doivent être bénéfiques à tous les citoyens.

Ensemble nous devons de concert agir pour vaincre les suspicions, la méfiance et la peur qui portent atteinte à la cohésion nationale. Il nous faut renverser les tendances à la surenchère et à l’auto-justice. Notre devoir est d’œuvrer à l’édification d’un Mali pluriel, uni et solidaire.

Puisse Dieu exaucer nos prières pour la paix, la réconciliation nationale et couronner de succès nos efforts communs, pour bâtir un Mali prospère, convivial et fraternel pour tous.

Oui à une solution malienne! Non à une solution importée! Sédentaires et nomades sont des frères interdépendants.

N’en déplaise, les Touaregs ne sont pas des vers de Guinée à éradiquer!

A bas le terrorisme de quelque direction que ça vienne!

Vive le Mali un et indivisible!

Vive le Mali pluriel, Indivisible et dans une Afrique sans frontières artificielles».

Aboubacrine Assadeck Ag Hamahady

Professeur de mathématiques à la Faculté des Sciences et Techniques (FAST)

L’Observateur du 31 mars 2008.