Partager


Pour Siaka Bagayogo professeur à la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines (Flash), contrairement aux idées répandues, l’histoire de notre pays et de l’ensemble de la sous-région enseigne que la culture orale n’a jamais été seule maîtresse du terrain du savoir et du savoir-faire.

« La culture écrite y a aussi bel et bien fleuri. En témoignent les nombreux manuscrits existants au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal. Aussi les différents idéogrammes (dogon, bozo, bamanan) constituent autant de moyens de conservation et de diffusion du savoir-faire local. L’écriture N’ko se situe dans la même logique scripturale » , soutient M. Bagayogo.

Dans un document intitulé « Crise de l’enseignement supérieur, sur la route de la vérité », le Pr. Siaka Bagayogo établit ce qu’il appelle les deux grandes étapes de l’enseignement supérieur. L’enseignement supérieur malien a pris, selon lui, racine dans deux événements majeurs que sont : la réforme de l’éducation de 1962 et l’ouverture de l’Université en 1996. En 1960, le Mali ne comportait aucune structure d’enseignement supérieur.

« Au demeurant, il n’en existait que deux pour toute l’Afrique subsaharienne francophone : l’Université Fann de Dakar et l’Université catholique Lovanium du Congo-Belge. Quant à l’Afrique anglophone, on y dénombrait quatre universités (1 au Kenya, 1 au Ghana et 2 au Nigeria) » , a noté le professeur de la Flash, qui rappelle qu’au sortir de l’ère coloniale, le Mali avait un des taux de scolarisation les plus faibles de l’ancienne AOF, soit 7 %.


La réforme de 1962 : le système des grandes écoles

Entre 1963 et 1975, l’Etat malien créa l’ensemble des grandes écoles, une création qui amorça son envol vers l’enseignement supérieur. Il s’agit de l’EN Sup (Ecole normale supérieure), l’ENA (Ecole nationale d’administration), l’ENMP (Ecole nationale de médecine et de pharmacie), l’ENI (Ecole nationale d’ingénieurs), l’IPR (Institut polytechnique rural de Katibougou), l’EHEP (Ecole de hautes études pratiques), l’ENPT (Ecole nationale des postes et télécommunications).

Aux dires de l’auteur de « Crise de l’enseignement supérieur, sur la route de la vérité », cette première étape de création de grandes écoles se subdivise en deux périodes. La première de 1963 à 1975 est marquée par la réforme de 1962 qui est le pendant du premier plan quinquennal correspondant à une économie planifiée dont l’Etat était le principal agent.

« L’objectif politique de ce choix était la construction d’un Etat/nation indépendant. Il fallait doter le pays en ressources humaines capables de faire fonctionner les entreprises nationales et les services publics et parapublics » , a-t-il précisé.

Notre professeur note qu’il convient de rappeler que le coup d’Etat de 1968 marque une autre phase de la politique de l’éducation au Mali. La deuxième période de 1975 à 1983 marque la fin de la création des grandes écoles de la réforme de 1962. En 1983, nous assistons à l’entrée en vigueur du concours d’entrée à la fonction publique avec la mise en route du Programme d’ajustement structurel (Pas).

A l’époque il existait trois principes directeurs fondateurs de l’enseignement supérieur : l’orientation systématique de tous les bacheliers à partir de critères préétablis par les services ad hoc du ministère de l’Education nationale ; le bénéfice automatique de bourses d’études pour chaque étudiant ; la garantie de l’emploi pour tous les diplômés de l’enseignement supérieur (il en était de même pour tous les élèves des autres filières de l’enseignement technique et professionnel du secondaire).

Il se réjouit du fait qu’une partie de l’édifice léguée par la réforme de 1962 tient encore, ce qui lui fera dire que de toutes les écoles doctorales, seul l’Isfra continue d’exister de nos jours.

Amadou Waïgalo

07 Octobre 2008