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Les enseignants du supérieur victimes d’une rétention sur leurs salaires depuis le mois de juin 2008 ont décidé de boycotter la rentrée académique 2008-2009, si le ministère ne les remettait pas dans leurs droits. A cela s’ajoutent les arriérés de salaires des recrues de janvier dernier, et les frais de correction et de secrétariat des examens de la FSJP. Pour ce dernier point, le Comité SNESUP de cette faculté a déjà entamé une grève illimitée depuis le 16 septembre dernier. Le bras de fer entre le ministre Amadou Touré et les enseignants repart de plus belle.

Dans un préavis de grève en date du 27 août dernier, le comité FSJP du Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) avait fait part de son intention d’aller en grève pour réclamer des arriérés de frais liés à l’organisation de la deuxième session de l’année académique 2006-2007 et des heures supplémentaires des premier et deuxième trimestres 2007-2008.

Après une première grève d’avertissement de 48 heures, les 11 et 12 septembre derniers, les enseignants ont finalement décidé d’aller en grève illimitée afin d’entrer en possession de leurs droits. « S’il y a des progrès significatifs, nous sommes prêts à reconsidérer notre position » nous a déclaré Djibonding Dembélé, secrétaire général du comité Snesup de la FSJP, tout en tenant pour responsable de cette interruption du processus de l’année scolaire le ministre Amadou Touré accusé d’être responsable d’un traitement discriminatoire.

En fait, pour l’année académique 2006-2007, le conseil des professeurs avait décidé d’organiser une session unique afin de permettre à la faculté de rattraper son retard sur les autres facultés. Après la proclamation des résultats de cette session, le département des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique avait exigé l’organisation d’une seconde session qui a été acceptée par les professeurs au terme de moult tractations.

Les enseignants avaient posé un certain nombre de conditions dont le paiement des frais occasionnés par l’organisation de l’examen notamment la correction des copies et de secrétariat d’examen. Le ministère s’était engagé devant les professeurs à satisfaire ces conditions. A la suite de cet engagement, une deuxième session à été organisée. Les résultats ont été proclamés en mars 2008.

Six mois après, les enseignants courent toujours derrière les frais promis par le ministre et qui relèvent d’un protocole d’accord entre le ministère et le syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) en date du 30 novembre 2007. Les responsables syndicaux de la FSJP soutiennent que ces frais ont été payés dans toutes les facultés à l’exception de la FSJP. Le secrétaire général du comité Snesup de la faculté souligne que la décision préalable au paiement de ces frais n’est jusque là pas encore prise.

Par ailleurs au niveau du comité exécutif national du syndicat, on déplore une mauvaise volonté du ministère dans la recherche d’un apaisement de la situation scolaire. A cet effet, le non paiement des nouveaux enseignants (environ 70 personnes) recrutés en janvier 2008 dans l’enseignement supérieur, le non reversement des retenues effectuées sur le salaire des enseignants du supérieur et l’indifférence du ministère des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique face à la régularisation de la situation administrative (avancements, hiérarchisation, etc.) des enseignants du supérieur au terme de l’accord du 30 novembre 2007, annoncent des perspectives explosives sur l’année académique 2008-2009.

Si les enseignants ont accepté de sauver l’année académique 2007-2008 en renonçant à leurs vacances pour évaluer dans les facultés, ils refusent d’endosser la responsabilité de la grève qui a abouti à ces retenues de salaire. Les enseignants s’activent présentement pour annuler cette décision de rétention.

Dans une demande d’audience tendant à la recherche d’une solution acceptable, adressée au ministre du travail, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, les enseignants ont qualifié cette décision de « très fâcheuses retenues de salaires pour fait de grèves d’insécurité ». « Notre position est très claire, il ne peut y avoir une reprise normale que lorsque ces retenues sont reversées », nous a précisé Yaya Koné, secrétaire aux revendications du Snesup.

Si la loi N°87- 47/AN- RM relative à l’exercice du droit de grève dans les services publics reconnaît la retenue des salaires, les enseignants expriment leur désarroi face à la présente décision qui ne doit être prise que par le ministre du Travail, de la fonction publique et de la reforme de l’Etat. Pour mieux comprendre cette situation, il faut faire un regard rétrospectif sur l’évolution de l’année universitaire.

Le 13 mai dernier, le Snesup a rompu sa collaboration avec le ministre des enseignements Secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré, et son cabinet concernant la gestion de ses revendications. Souhaitant avoir un interlocuteur “crédible” dans le gouvernement, les responsables du Snesup protestaient contre le non respect des protocoles d’accord intervenus entre ce ministère et le syndicat.

La recrudescence de l’insécurité du corps enseignant, l’immixtion du ministre des enseignements Secondaire, supérieur et de la recherche scientifique dans le processus des examens, la régularisation de la situation administrative des enseignants constituent les pommes de discorde entre les syndicalistes et leur ministre de tutelle.

Un protocole d’accord en date du 30 novembre 2007 avait permis d’obtenir la suspension d’une grève illimitée des enseignants relative à la rémunération des tâches liées aux examens et à la régularisation de la situation administrative (avancements, hiérarchisation, etc.) des enseignants du supérieur.

Pour la régularisation de la situation administrative, il était convenu que “le ministre s’engage à prendre des actes administratifs remettant dans leurs droits les enseignants remplissant les conditions dans les quinze jours suivant le dépôt des dossiers au ministère, par le SNESUP”.

Le syndicat a transmis, le 13 décembre, les dossiers au ministère et se trouve toujours dans l’attente d’une décision ministérielle depuis environ sept mois. Le comité exécutif national du SNESUP reproche également au ministre Touré de s’installer dans une logique de défiance contre les enseignants du supérieur en violation des termes d’un autre accord, intervenu le 27 février 2008, qui avait permis de suspendre une autre grève illimitée.

Craignant l’escalade de la violence dans l’espace universitaire contre les enseignants, le syndicat avait décrété ce mot d’ordre pour réclamer le rétablissement de la sécurité dans l’espace universitaire.

Les violences qui ont suivi la proclamation des résultats de la deuxième session de la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) ont montré les insuffisances de l’engagement des autorités. C’est dans ce contexte d’insécurité grandissante qu’était intervenue l’agression du professeur Djibonding Dembélé le 15 juin 2008. Et les enseignants s’étaient vus dans l’obligation de protester contre cet acte.

Ainsi, le 20 juin, une Assemblée générale extraordinaire avait entériné une décision de suspension des cours pendant 15 jours pour protester contre cette agression dont les auteurs restent toujours introuvables.

Seydou Coulibaly

19 Septembre 2008