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Encore, on vient de renouer avec la tradition. Une chose est de prêcher l’excellence, une autre est de traduire ce vœu en acte. Le contraste est qu’au niveau de l’école, c’est plutôt la promotion de la médiocrité. Hélas! Depuis un certain nombre d’années, les autorités en charge de l’école s’évertuent à faire passer des candidats aux différents examens de fin d’année (CAP, BT, BAC) avec des moyennes en deçà des normes académiques, 09,00 par exemple.

Mesdames et messieurs les décideurs, êtes- vous en quête d’une santé politique? Cherchez là ailleurs, épargnez s’il vous plait l’école. L’école malienne, il y a deux décennies, était une référence, mais aujourd’hui elle excelle dans la médiocrité. A qui la faute? N’est- il pas temps- mieux vaut tard que jamais- de situer les responsabilités dans la dégradation du système.


1) Les décideurs

N’est ce pas une chance pour l’école malienne d’avoir à la tête de l’Etat un enseignant? (Amadou Toumani Touré se dit enseignant même s’il ne l’a jamais été). La Bible déclare dans Romains 13:1: »….

Il n’y a point d’autorité qui vienne de Dieu et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu ». Vous êtes à la commande, pas pour satisfaire vos intérêts personnels mais vous êtes là plutôt pour sauvegarder les intérêts du peuple. Vous avez donc obligation de résultats. Un jour, vous répondrez devant l’Histoire et devant Dieu.

Le Martiniquais Frantz Fanon nous dit que: « chaque génération a une mission face à l’histoire: la trahir ou l’honorer. Pardon! Honorer la vôtre.

Chaque Malienne et Malien sait que son école est malade. Les causes du mal sont partout bien connues. Alors pourquoi tardent les remèdes?

L’école souffre de votre pilotage à vue, de votre manque de courage, d’ambition, de vision, bref de votre myopie. Sachez clairement quel type d’école vous voulez bâtir; apprenez à respecter vos engagements et ayez à l’esprit que l’Etat est une continuité.

Rappelez- vous cette maxime du cardinal Richelieu: « lorsque, ceux qui commandent perdent la honte, ceux qui obéissent, perdront le respect« .

Le respect de la parole donnée est l’une de nos vertus cardinales; ne promettez rien que vous ne pouvez tenir: lier l’acte à la parole.

Le forum sur l’éducation est- il la solution pour sauver l’école de la dérive? Encore un forum de plus? Prions que la montagne n’accouche pas d’une souris. Allez- vous avoir cette fois- ci le courage de rompre avec votre seconde nature qui est de ne jamais respecter un engagement.

S’il vous plait, que les résolutions qui y sortiront soient appliquées. On pouvait pourtant sauver l’école sans convoquer un forum, mais allons pour voir.
Mais d’ici là, ne repêchez plus lors des examens. Respectez les normes académiques. Dépolitisez l’école.

2) Les syndicats d’enseignants

Revendiquer est un droit. Mais quels rôles doivent jouer les enseignants quand ils comprennent que l’école est en réalité le dernier souci de nos autorités, malgré les beaux discours? La vie de l’enseignant, c’est l’école.

Puisque cette école s’agonise, alors vous devez vous interpeller. Que les revendications des enseignants ne soient pas seulement d’ordre pécuniaire. Cherchez aussi et surtout la qualité à l’école.

Revoyez si cela est possible vos méthodes de luttes (rétention des notes, non évaluation et boycott des compositions et examens). Que les enseignants acceptent de se mettre en cause en combattant dans leur rang tous les comportements et toutes les attitudes qui peuvent entraver la bonne marche de l’école.

3) L’A.E.E.M (Association des élèves et étudiants du Mali)

Ne soit plus spécialiste de l’anarchie. L’AEEM réaménage à sa guise les calendriers des compositions et congés de Noël et de Pâques, montrant ainsi du doigt le laxisme voire le manque d’autorité de ceux qui nous gouvernent. Quand est- ce que cette association comprendra que son salut se trouve dans le déroulement normal des cours et le respect de l’autorité hiérarchique?

Platon, philosophe grec de l’Antiquité; nous dit ceci: « … lorsque les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie« .

Les leaders de l’AEEM, refusez d’être des marionnettes. Fuyez le gain facile et ayez en tête que l’avenir vous regarde. Que les études soient votre seul credo.

4) La société civile

A- t- elle conscience de son rôle? Sait- elle qu’elle représente un contre pouvoir? Où sont la CAFO (la Coordination des associations et organisations féminines) et les autres.

La Fédération nationale des parents d’élèves (FENAPEM), qui représente les parents d’élèves, a- t- elle perdu l’usage de la langue? Pendant longtemps, les parents d’élèves ont démissionné. Allez- vous continuer à être complices de la détérioration de la qualité de l’enseignement?

Sachez que vos enfants sont admis aux différents examens de fin d’année avec des moyennes souvent inférieures à 09, 00? Eh bien, ces enfants, qui font la honte de l’école malienne, sont condamnés à poursuivre leurs études au Mali. Quelle université sérieuse de l’extérieur va recevoir un bachelier avec une moyenne inférieure à 09,00?

Prenez votre courage à deux mains. Interpellez les fossoyeurs du système. Jouez pleinement votre rôle.

5) Le Collectif des religieux

Il n’y a de Dieu que Dieu. De qui ou de quoi allez- vous avoir peur? Que Dieu seul, que votre conscience seule soit vos juges. N’assistez pas languissamment à la mort de l’école. Jouez sans complaisance votre rôle.
Interpellez quiconque que vous croyez être la cause du mal. Dites la vérité, rien que la vérité.

6) Les partis politiques

Saluons le courage du groupe parlementaire PARENA- SADI qui a montré au peuple que l’école fait réellement partie de ses préoccupations.

Le jeudi 24 avril 2008, ce groupe à travers l’Honorable Bréhima Béridogo, a adressé au ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, une question orale qui portait sur la crise de l’école malienne.

Malheureusement, cet exemple n’a pas été suivi par les autres partis.

L’Assemblée nationale joue- t- elle son rôle dans ce cas? Avons- nous à la place de l’Assemblée nationale une caisse de résonance, une chambre d’enregistrement? Où sont les autres partis politiques? Que signifie leur silence face à une question aussi délicate qu’est l’école? Il y va de soit que lorsqu’un parti politique aspire au partage du « gâteau national« , il ne peut nullement jouer correctement et pleinement son rôle.

Le Malien a l’impression d’avoir à faire dans la plupart des cas à des groupements d’intérêts économiques (GIE) plutôt qu’à des partis politiques dignes de ce nom.

7) Aux Maliens, de façon générale

Il est temps que les Maliens s’interrogent sur le type d’école qu’ils veulent. Une école apaisée et performante?
Ambition noble. Mais attention, l’excellence a un prix. La tombe de l’école est déjà creusée. Ne l’enterrons pas et pour cela, chacun doit jouer sa partition.

Rappelons cette pensée de Ghezo: »Si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées pour boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé« .
Ensemble, sauvons notre école pour que vive le Mali.

N’Golo Marc DEMBELE

Professeur de philosophie au LBAD- Bamako

01 Septembre 2008