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Les locaux de l’hôtel-Restaurant “Le Woloni” situé au bord du Lac de Sélingué à 140 km de Bamako ont abrité du 18 au 29 août 2008, la 1ère édition de l’Université d’Eté du ministère des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique. La cérémonie de clôture de cette rencontre des professeurs de l’Enseignement Secondaire était présidée par le Pr. Amadou Touré, ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Elle a enregistré la présence de Jean Claude Godar, représentant du Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Mali. Pendant une dizaine de jours, la soixantaine de participants, tous professeurs de lycées ont suivi différents thèmes animés par d’autres professeurs maliens sur la pédagogie du français, langue d’enseignement au Mali et sa transdisciplinarité. Le but recherché est l’amélioration du niveau des élèves en français qui est le médium de notre enseignement.


Le contexte de la rencontre

Il a été constaté au Mali que le taux d’échec des élèves de 10ème, 11ème et terminale des lycées est très élevé. Ce constat trouverait son origine dans leur faible niveau de la langue française. Les professeurs chargés de dispenser les cours à ces élèves sont au cœur de cette problématique. Pour remédier à cette situation, il a été décidé d’appuyer et de renforcer les capacités des chefs de comités pédagogiques au sein de l’Enseignement Secondaire Général. D’où l’idée de la création d’une Université d’Eté.

Dans le cadre du Projet Appui au Renforcement du Français au Mali, la Coopération Française a été sollicitée en avril 2008 pour accompagner ce processus d’amélioration du niveau des enseignants de l’Enseignement Secondaire Général afin de les rendre plus opérationnels. C’est dans ce sens que plusieurs réunions de travail portant sur l’organisation de “l’Université d’Eté” ainsi qu’un déplacement sur le site potentiel (Sélingué) ont eu lieu.


Evaluation des bésoins

Dans le cadre du PRODEC, le Mali s’est engagé dans une vaste réforme de son système éducatif. C’est ainsi que depuis la rentrée 1992-1993, le français est enseigné uniquement à partir de la 7ème année de l’enseignement primaire jusqu’au baccalauréat et cela dans l’ensemble des matières hormis les langues dites étrangères (puisque le français est elle-même une langue étrangère).

L’effectif des élèves devant apprendre en français est d’environ 100 000. Le nombre d’enseignants nécessaires pour assurer cet apprentissage est estimé à 2 200 enseignants en français dont 900 fonctionnaires et 1 300 contractuels, soit au total 1 enseignant pour 46 élèves. Dans les zones rurales, certaines classes souffrent du manque criard d’enseignants.

Le déficit quantitatif d’enseignants de français est évalué à 1 000 enseignants. Les spécialités de la Direction Nationale de l’Enseignement Secondaire Général révèlent que nombre de ces enseignants n’ont pas le profil requis parce qu’ils n’ont pas reçu de formation initiale ou continue. Des enseignants maliens ont dû quitter le pays pendant les “années noires”, les “années jaunes” et les “années blanches”.

Il fallait donc dans l’urgence assurer la relève et leur remplacement. C’est ainsi que des enseignants sortant de l’Ecole Nationale d’Ingénieur (ENI), de l’Institut Polytechnique Rural (IPR) de Katibougou, de la Faculté des Sciences Juridiques et Economiques (FSJE) ont été recrutés sur le tas pour être enseignants de français.

Des contradictions au sein du système éducatif

Par ailleurs, la problématique de l’enseignement du/en Français dans le primaire et le secondaire s’incrit dans le cadre d’une politique linguistique des autorités maliennes parfois contradictoires, enseignement en langues nationales et en Français jusqu’en 6ème année, puis passage à un enseignement en Français uniquement pour le reste de la scolarité, qui peut susciter bien des interrogations voire des inquiétudes face à une situation qui tend à se dégager.

En effet, alors que le Français s’impose comme langue d’enseignement dans le secondaire, le supérieur et dans l’enseignement professionnel et technique, cette position lui est déniée dans les cycles primaires, dans le cadre de la construction d’une politique d’une pédagogie convergente alternance entre le Français et les langues nationales).

Dans les établissements des régions éloignées de la capitale où la formation initiale et continue des enseignants n’est pas toujours assurée, le niveau de maîtrise de la langue française est largement insuffisant.

Les Directeurs Nationaux de l’Education de Base et de l’Enseignement Secondaire Général, bien que conscients des contradictions au sein du système éducatif, soulignent les contraintes liées à l’absence de personnels qualifiés et surtout aux pesanteurs idéologiques de leurs ministères qui leur demande d’avancer avec prudence, en ayant le souci de ne pas renforcer le clivage entre langues nationales et Français.

Ce paradoxe malien au cœur des problématiques éducatives se fait amplement sentir au niveau de la première année secondaire où le taux d’échec dû aux insuffisances de maîtrise de la langue est considérable.


Les limites de la politique nationale

Depuis plus d’une décennie, bon an, mal an, les gouvernements successifs au Mali allouent 30% du Budget de l’Etat au secteur de l’éducation. Mais la répartition de ce budget est très équilibrée entre l’Education de Base sur laquelle sont dirigés l’essentiel des partenaires techniques et financiers et l’Enseignement Secondaire Général considéré comme étant le parent pauvre en terme de financement de ses activités. L’Université d’Eté dédiée aux enseignants du secondaire ne peut être que salutaire.

Dans le cadre du PISE, des actions très importantes ont été menées par l’Etat et ses partenaires pour améliorer d’une manière significative la qualité, l’accès et la gestion de notre système éducatif. Mais beaucoup de choses restent à faire surtout en ce qui concerne la qualité des enseignements.

Ainsi, différentes formations sont organisées çà et là en faveur des administrations scolaires et des professeurs pour améliorer les pratiques pédagogiques et favoriser un apprentissage de qualité au sein de nos établissements scolaires”, a déclaré le ministre Amadou Touré.

Il a demandé aux participants de démultiplier cette formation au sein de leurs comités pédagogiques respectifs. Le représentant du service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France au Mali, M. Jean Claude Godar a promis qu’il y aura la 2ème édition de l’Université d’Eté l’an prochain qui sera étendue sur trois semaines avec plus de modules et plus de loisir au lieu de deux semaines qu’aura durée la 1ère édition.

Les participants au nombre d’une soixantaine, par la voix de leur porte-parole, M. Moussa Traoré ont recommandé la démultiplication des acquis de cette formation, l’institutionnalisation de l’Université d’Eté, et la constitution d’un collège de formateurs entre autres.

La 1ère édition de l’Université d’Eté du ministère des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique s’est achevée par la remise d’attestations aux participants. Vivement donc la seconde édition !

Daba Balla KEITA

01 septembre 2008