Partager

1020 actes de naissance ont été donnés à des enfants de parents démunis.
Enfantsdemuinis1.jpg

Il aurait dû représenter un réflexe systématique pour tout parent, mais dans de trop nombreuses familles, il est bien loin d’être une démarche évidente, et cela pour diverses raisons.

Conscient des dangers que peut entraîner la persistance de cet état de fait, le Conseil des ministres a adopté en janvier dernier un projet de loi destiné à faciliter le fonctionnement de certains instruments régissant l’état-civil. L’une des mesures phares contenues dans ce texte est l’institution de la gratuité des déclarations de naissance et de décès.

Cette mesure aura un effet incitatif certain auprès de milliers de parents aux revenus modiques et pour qui le coût de la déclaration de naissance représentait un obstacle rédhibitoire. L’amélioration de la situation est déjà constatée au niveau des agents de santé.
Il faut donc souhaiter que le mouvement ascensionnel de déclarations s’accélère.

Car l’organisation et la gestion de l’état-civil revêtent donc une importance particulière dans tout État, en raison du fait que la plupart des politiques publiques sont construites à partir de ces données. Pour le moment, la situation de l’enregistrement de naissance, de mariage et de décès est assez préoccupante. En effet, selon les statistiques de l’UNICEF Mali, dans notre pays, seul un enfant sur deux est enregistré à la naissance.

En outre, une étude récente a montré que seulement 64.820 mariages ont été déclarés entre 2000 à 2005. Dans la même période, 29.052 décès ont été enregistrés. Ces chiffres qui s’avèrent ridiculement bas lorsqu’on les oppose à la réalité témoignent combien est considérable le défi à relever.

En ce qui concerne la problématique de l’enregistrement des enfants à la naissance, l’étude montre que c’était surtout la méconnaissance de l’importance de ces actes, la faiblesse des revenus dans les milieux ruraux et le coût élevé des frais de déclarations qui empêchent beaucoup d’accomplir l’indispensable démarche.

On comprend donc qu’une forte campagne de sensibilisation se soit développée ces derniers mois en faveur des déclarations de naissance. Celles-ci, selon la loi sur l’état-civil, doivent être faites par les parents dans les 30 jours qui suivent la venue au monde de l’enfant. Passé ce délai, il ne peut être établi qu’un jugement supplétif par un tribunal compétent en la matière.

Il faut donc inciter le citoyen à souscrire à une démarche simple plutôt que d’être obligé plus tard de se plier à une procédure beaucoup plus compliquée. Des projets, des ONG et des associations se sont impliqués dans cette campagne. Et parmi eux s’est distinguée l’ONG Ladilikan qui a établi hier matin 1020 actes de naissance pour les enfants de parents démunis des Communes III et V du district de Bamako.

Des repères pour toute la vie :

La cérémonie hautement symbolique a réuni autour du chef de cabinet du ministère de la Justice Mme Lallé Mariam Zouboye, la présidente de l’ONG, Mme Koïta Halimata D. Maïga, le représentant du ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales et celui du ministère de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Étaient également présents les représentants des partenaires techniques et financiers de la promotion de l’enfant notamment l’UNICEF et Oxfam Grande Bretagne. Sans oublier des centaines d’enfants et parents venus récupérer les précieux documents.

« En choisissant de travailler dans le recensement des enfants pour leur fournir des actes de naissance, l’ONG Ladilikan veut contribuer à la lutte contre ce fléau en apportant des solutions concrètes par l’enregistrement des enfants de parents démunis et non déclarés à la naissance« , a expliqué Mme Koïta Halimata D. Maïga.

Elle a ensuite expliqué aux parents présents que parmi les conséquences du non enregistrement des enfants, il faut surtout retenir la non scolarisation, la sous-scolarisation, la persistance de main d’œuvre non qualifiée et la non fiabilité des données statistiques.

« L’événement ambitionne d’attirer l’attention de toutes les composantes de la société et des bonnes volontés pour qu’elles s’impliquent dans cette lutte« , a ajouté Mme Koïta qui a indiqué que pour l’établissement de ces 1020 actes de naissance, l’ONG a été financièrement soutenue par l’UNICEF et Oxfam Grande Bretagne. L’opération a coûté plus de 3 millions de francs CFA.

L’état-civil, a expliqué Mme Lallé Mariam Zouboye chef de cabinet du ministère de la Justice, constitue la base de toute politique visant à renforcer la citoyenneté et à accroître l’efficience de l’État en matière de prospective.

Il facilite aussi la planification du développement dans les collectivités locales. L’état-civil est la première preuve formelle de l’existence d’un individu tandis que les actes civils sont des repères qui jalonnent son parcours, a indiqué Mme Lallé Mariam Zouboye tout en plaidant pour que les centres d’état-civil soient plus proches des populations.

Analysant les raisons de la faiblesse de l’état-civil, Mme Lallé dira que « celle-ci est surtout liée à la pauvreté, à l’ignorance, et à la négligence. Les disparités entre milieu rural et urbain, entre hommes et femmes, ou entre les zones de résidence, jouent aussi un grand rôle dans le phénomène« .

Rappelons que l’ONG Ladilikan, créée le 28 mars 2003 à Bamako, avait auparavant déjà établi 550 actes de naissance pour des enfants de parents démunis non enregistrés à la naissance.

Elle se donne pour mission de sensibiliser et d’informer les populations sur l’importance des actes d’état-civil en général et l’enregistrement à la naissance en particulier. D’autre part, elle vient en aide aux enfants de parents démunis non enregistrés à la naissance afin que ceux-ci bénéficient de certains droits que l’acte de naissance leur confère.

La cérémonie a pris fin par la remise symbolique par le chef de cabinet du ministre de la Justice du jugement supplétif de son acte de naissance à la petite Ramatou Diarra, 5 ans. Une manière de dire qu’aucun enfant, non possesseur d’acte de naissance, ne sera abandonné au bord du chemin.

Doussou DJIRÉ

20 Juin 2008