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C’est courant de voir aujour-d’hui des jeunes sur les motos Jakarta rouler à tombeau ouvert et faire des acrobaties à vous couper le souffle, notamment les dimanche, jour de mariage. Comme si cela ne suffisait pas, certains en font une fierté et un point d’honneur à réussir les prouesses qui défieraient les cascadeurs les plus rompus à la tâche.

Certaines places de Bamako sont devenues plus théâtrales qu’Hollywood où les acteurs américains les plus célèbres rivalisent d’ardeur. Au moment de leurs grandes passions, les «acrobates» de Jakarta déferlent sur la capitale et convergent vers certains points où ils exécutent leurs «séries de cross».

D’après Bintou Sangaré, communicatrice, habitant Kalabancoura, son jeune frère, à cause de ces acrobaties, s’est fracturé le tibia et coupé deux doigts de la main, mais refuse d’arrêter les «cross Bamako». C’est, a-t-elle ajouté, sa passion et sa famille a toutes les peines du monde à lui interdire ce jeu périlleux.

Du point de vue sociologique, l’irruption du phénomène des motos Jakarta dans notre pays demeure un signe fort de notre époque. Comme l’avait prédit l’auteur canadien, Marshall Mac Luhan, l’irruption des nouvelles technologies allait refaçonner les cultures, les mœurs et nous faire cohabiter dans un village planétaire, la Galaxie Guttemberg.

C’est à ce titre que l’analyse du phénomène qui a créé l’engouement des populations pour les motos Djakarta, dépassant le cadre de nos frontières, nous a poussé à rencontrer des psycho sociologues et socio anthropologues. Ibrahim Camara, socio anthropologue, enseigne à la Flash. Les motos Jakarta, selon lui, renvoient, en premier lieu, aux jeunes.

C’est, a-t-il dit, un phénomène lié à la jeunesse qui, majoritairement et sans distinction de sexe adore rouler en Jakarta. La jeunesse, a-t-il dit, est, aussi, symbole de goût du risque et donc de vitesse. C’est en conduisant avec tous ces excès sur la route, a soutenu le socio anthropologue, que les jeunes libèrent toute leur énergie et expriment les sentiments les plus vécus à leur âge.

Le goût du risque est forcément lié à cette tranche d’âge qui rappelle encore l’adolescence et toute l’insouciance que cela entraîne. Il est donc habituel de constater des accidents de la route liés aux excès de vitesse. Le sentiment de se montrer très fort domine encore certains jeunes qui tentent de prouver qu’ils sont devenus «très grands».

Le socio anthropologue a cité l’aspect financier parmi les facteurs prépondérants de la prolifération des Jakarta. Ces motos, a-t-il souligné, sont devenues moins chères et donc, abordables pour les bourses moyennes.

Il faut dire que les Jakarta, à une date récente, étaient encore symboles de richesse ou d’aisance sociale. Seule une catégorie sociale, pouvait facilement accéder à ces motos.

Ce qui créait une certaine frustration chez des jeunes pleins de vitalité et prêts à prendre des risques pour prouver leur témérité. Accéder à ces engins est donc synonyme d’une sorte de promotion sociale. Néanmoins, Cette barrière du prix est relativement rompue puisque des jeunes, toutes catégories sociales confondues, roulent aujourd’hui en Jakarta, défiant la prudence la plus élémentaire. Les mineurs, parmi ces «casse- cous» sont légion.

A ce niveau, la responsabilité des parents est sujette à caution puisque parmi les amateurs de «cross», on dénombre plusieurs mineurs qui se sont fracturés plusieurs fois des membres et dont les motos ont été achetées par les chefs de famille.

Aujourd’hui, les médecins des hôpitaux sont formels, la majeure partie des accidents de la circulation est causée par les motos. L’analyse sociologique, comme l’a signalé Ibrahim Camara, prouve qu’en plus du prix de ces engins, les Jakarta sont indissociables du symbole de la jeunesse et de l’aventure. L’aventure, c’est connu, est un signe de jeunesse.

Ceuta et Melilla, Lampedusa sont des images qui renvoient à cette tranche d’âge qui a de la peine à contenir ses envies et ses ambitions de promotion sociale. Malgré tout, les Jakarta demeurent des motos très pratiques permettant de passer là où certaines voitures ont toutes les difficultés à se frayer un passage.

C’est cet aspect utilitaire qui explique les raisons qui poussent aussi bien les jeunes que les adultes à raffoler de cette moto Jakarta qui procure tant de fierté.

Baba Dembélé


Vignette moto : Plus de la moitié des parcs moto n’ont pas de vignette
Depuis près d’une décennie, la moto occupe une place importante dans le placement des Bamakois. Mais malheureusement, la plupart des motocyclistes ne sont pas en règle vis-à-vis de la mairie du district. Plus de la moitie de notre parc moto n’ont pas de vignette.

Selon une statistique de la mairie du District de Bamako, de janvier au 30 avril 2009, le département des recettes de la mairie a enregistré une vente de 100750 vignettes toute catégorie. Malgré ce résultat, le receveur du District, Domossé Konaré, estime que la moitié des propriétaires des engins à deux roues ne sont pas en règle vis-à-vis de la mairie. Cela se justifie par les rafles. A en croire M. Konaré, sur 10 motos 4 n’ont pas de vignette.
En 2008, la mairie du District a enregistré plus de 1.10.000 vignettes toute catégorie.


Nouhoum Dicko

15 Mai 2009