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Le Mali, avec une population estimée à environ 20 933 072 habitants, ayant un taux d’alphabétisation de 38.70%, a une faible représentation de femmes dans des postes électifs, et plus encore dans les fonctions nominatives. Mais le scénario aurait pu être pire, n’était-ce la décision du gouvernement malien, et en particulier de l’ancienne  ministre de la Promotion de la Femme et de la famille Mme Oumou Bah, en quête d’une plus grande participation des femmes dans la gestion des affaires publiques, de faire adopter la loi genre n°052 du 18 décembre 2015. Loi qui prévoit un quota de 30% des postes nominatifs et électifs à être réservé aux femmes.

Cette loi, une première après 55 ans d’indépendance, vise à permettre aux femmes d’améliorer leur représentativité dans les instances de prise de décision. Et depuis son adoption, le nombre de femmes choisies comme candidates aux élections locales et nationales à, un tant soit peu, augmenté. Les partis politiques sont tenus de respecter cette loi no 052 par rapport au quota pour les femmes lors de l’établissement des listes de candidatures électorales car autrement, celles-ci ne seront pas validées par la Cour constitutionnelle.

Cette loi no 052 a donc porté ses fruits. A commencer au sein des collectivités locales. Sur les 703 maires nommés à l’issue des élections communales du 20 novembre 2016, 12 étaient des femmes. Trois d’entre elles ont été reconduites à leur poste et parmi ce nombre, deux en sont à leur troisième mandat. Ce sont Seck Oumou Sall de la commune urbaine de Goundam et Kadidia Diawara de la commune de Dandougou Fakala. C’est dire que les habitants des communes susmentionnées font confiance aux femmes et apprécient leur travail. De son côté, Mamou Bamba de la commune de Pélégana entame son deuxième mandat à la tête de l’équipe communale. Comparativement à 2009 où les femmes nommées maires n’étaient que neuf, c’est une légère amélioration.

Le nombre de conseillères municipales a également connu une hausse. De 927 femmes élues sur 10 772 conseillers municipaux en 2009, le scrutin du 20 novembre 2016 a vu l’élection de 2 866 conseillères municipales sur 12 000 candidats. Mais les mois ayant suivi les élections communales de 2009 ont été endeuillées par l’assassinat d’une maire sur les neuf femmes qui occupaient ce poste. En effet, Maïga Salimata Dembélé, maire de la commune rurale de Yougougnon de la ville de Koutiala a été sauvagement assassinée avant la fin de son mandat suite à un règlement de compte entre politiciens de la localité. Cette disparition tragique avait alors ramené à huit le nombre de femmes maires pour le reste de la mandature. Actuellement, l’auteur principal Soungalo Dembélé, enseignant de son état, a été condamné à mort. Dont les autres complices tels qu’Aboubakar , animateur radio a été condamné à 5 ans de prison ferme et l’autre pour trois mois de prison avec sursis et trois millions CFA d’amende.

Les femmes font bien aussi en tant qu’adjointes aux maires, c’est en tout cas ce que pensent les conseillers. Selon les données de la cellule de l’Association des Municipalités du Mali, à octobre 2018, il y avait 12 femmes premières adjointes aux maires,  74 femmes deuxièmes adjointes aux maires, 125 femmes troisièmes adjointes aux maires et quatre cinquièmes femmes adjointes aux maires.

Les 12 femmes élues aux élections locales de 2016 et nommées maires par la suite viennent de différents partis politiques, à savoir deux sont de l’URD (Union pour la République et la Démocratie/ parti du chef de fil de l’opposition), trois du RPM (Rassemblement pour le Mali/ Parti au pouvoir du Président IBK déçu),deux de l’ADEMA-PASJ(Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice ), et une dans chacun des partis suivants : FCD (Force Citoyenne et Démocratique), UDD (Union pour la Démocratie et le Développement), UM-RDA (Union Malienne de Rassemblement Démocratique Africain), PARENA (Parti pour la Renaissance Nationale) et YELEMA (Le Parti pour le Changement en langue nationale malienne/ le bambara ).

Mais malgré ces améliorations, il y a des enseignements à tirer de ces statistiques car les femmes demeurent en sous-nombre. Des plaidoyers doivent être faits afin qu’elles soient plus nombreuses à être placées sur les listes électorales. Ce qui leur permettrait d’avoir plus de chances d’être élues et nommées maires. C’est à ce niveau que se situent la prochaine bataille des organisations féminines de la société civile et du caucus des femmes conseillères du Mali.

Les sixièmes électionslégislatives du Mali ont été les plus courtes de l’histoire politique du pays car l’Assemblée nationale a été dissoute par l’ancien président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, en mars, avant qu’il ne remette sa démission  à la suite d’un coup d’état le 18 août dernier. Sur 1 447 candidats à s’être présentés à ces élections législatives, 426 étaient des femmes. Là, encore, c’est grâce à la loi N°052.

Les organisations féminines se sont réjouies du nombre de femmes alignées à ces élections législatives du 29 mars dernier. «Ce nombre de femmes, bien qu’insuffisant, est encourageant, surtout si on compare avec le nombre de femmes alignées lors des précédentes élections législatives. C’est signe que la loi N°052 du 18 décembre 2015 est l’élément catalyseur de l’avancement des femmes en politique», déclare la présidente du réseau des femmes leaders des partis politiques et d’organisations de la société civile, Habibatou Nagnouman Traoré.

De 14 élues qu’elles étaient en 2013 (9,52%), aux élections législatives de 2020, il y a eu 41 élues, soit 28,57 %. On n’avait jamais vu ça depuis la première législature de 1992 où il n’y avait que trois femmes élues députés. Là encore, il faut souligner l’importance de cette loi faisant provision pour un quota de 30 % de places réservées aux femmes à des postes nominatifs et électifs. Mais c’est insuffisant.

«Il faut reconnaître qu’il y a eu une avancée. Il faut travailler à la sensibilisation et à l’information. La loi est déjà une étape positive en elle-même. Nous espérons avoir plus de femmes élues lors des prochaines élections», a souligné Marc Amougou, conseiller principal du Projet d’Appui au Processus Electoral du Mali (PAPEM).

Les députés et les conseillers municipaux sont des élus mais les ministres et autres gouverneurs sont des nominés politiques. Ces nominations dépendent essentiellement de la volonté discrétionnaire du président de la République ou de celle du Premier ministre. C’est pour cela que les femmes sont faiblement représentées dans les postes nominatifs. Ce qui explique aussi qu’à la Commission Electorale Nationale Indépendant (CENI), pourtant chargée d’organiser des élections locales et nationales, il n’y a que deux femmes nommées commissaires contre 13 hommes commissaires. Sur une dizaine d’institutions de la République du Mali, il n’y a qu’une seule institution gérée par  l’ex-ministre de la Justice, Sanogo Aminata Mallé, nommée médiateur de la République par décret présidentiel N°-2020-009/PT-RM du 13 octobre 2020.

Après le coup d’Etat d’août, un gouvernement de transition composé de 25 membres s’est mis en place. Il est dirigé par le Premier ministre Moctar Ouane. Parmi, quatre femmes ont été nommées pour occuper des portefeuilles non souverains, à savoir Bintou Founé Samaké à la tête du ministère de la Promotion de la Femme et de la famille, Dramé Kadiatou Konaré à la Culture, aux arts et au tourisme, Bernadette Keita, ministre de l’Environnement et de l’assainissement et du développement durable et le Dr Fanta Siby à la Santé et au développement social.

Mais il faut chercher à comprendre les raisons pour lesquelles les femmes ne peuvent être à égalité avec les hommes dans toutes les instances de décision. On a tout intérêt à identifier les freins à cette implication de la femme et surtout dans la sphère politique. Il faudrait commencer par renforcer les capacités intellectuelles et financières des femmes pour en faire des leaders. De l’autre côté, il faut une volonté politique des dirigeants des partis pour leur faire de la place. Cela doit aussi passer par une révision des textes juridiques et réglementaires et l’adoption d’un cadre institutionnel en faveur de l’égalité du genre.

Bokoum Abdoul Momini/Maliweb.net