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La campagne pour la présidentielle bat actuellement son plein au Mali. En effet, depuis plus de deux semaines, les candidats en lice parcourent d’Est en Ouest et du Nord au Sud le territoire malien à la conquête des électeurs. C’est dire donc que le processus électoral est irréversible. On n’attend que le 28 juillet, date à laquelle Bamako tient comme à la prunelle de ses yeux. En tout cas, depuis la signature de l’accord préliminaire le 18 juin dernier à Ouagadougou, sous l’égide du médiateur Blaise Compaoré, toutes les difficultés semblaient aplanies et plus rien, depuis lors, ne semblait s’opposer à la tenue de la présidentielle malienne. Même si, entre-temps, l’un des candidats et non des moindres, Tiébilé Dramé, a décidé de se retirer du processus, estimant que les conditions d’une élection crédible et transparente n’étaient pas réunies. Avait-il tort ? Sans doute non, puisque l’évolution de la situation semble lui donner en partie raison. En effet, pas plus tard que le 20 juillet dernier, six personnes dont cinq agents électoraux et un élu, ont été enlevées à Tessalit, par des hommes armés alors qu’elles organisaient la distribution des cartes d’électeurs. L’opération, dit-on, a été commanditée par Baye Ag Diknane, un responsable du MNLA, qui a été même interpellé par les forces internationales au Mali.

Que gagnerait le MNLA en compromettant le processus de sortie de crise au Mali ?

Certes, toutes les personnes enlevées ont été libérées, mais ce rapt, il faut le dire, en rajoute à une situation déjà complexe, caractérisée par des tensions communautaires. Surtout que quelques jours plus tôt, des violences communautaires avaient fait quatre morts à Kidal. Que se passe-t-il ? Faut-il y voir la main invisible du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) que d’aucuns trouvent hostile à la tenue du scrutin dans la région du Nord ? Difficile, en tout cas, pour l’instant, de jeter l’opprobre sur ce groupe armé qui, depuis la signature de l’accord de Ouagadougou, se montre pour le moins irréprochable.

Et d’ailleurs, que gagnerait le MNLA en compromettant le processus de sortie de crise au Mali, surtout qu’il dit souhaiter lui-même l’avènement rapide d’une autorité légitime à Bamako pour que soient examinées ses revendications ? A moins d’avoir fait le choix du pire, le MNLA perd plus qu’il ne gagne en jouant à un jeu trouble dans l’organisation des élections du 28 juillet prochain puisque, sauf en cas de tsunami, les élections auront lieu sur toute l’étendue du territoire malien, y compris à Kidal.

Il faut y aller malgré tout, si l’on ne veut pas jouer le jeu des irrédentistes en acceptant de fait la partition du pays et donc en reconnaissant implicitement l’Azawad, ce qui compliquerait d’ailleurs la tâche au futur président. Sa légitimité pourrait ainsi être contestée par les populations du Nord.

Force doit donc rester à la loi et à la République. Il faut à tout prix réussir cette présidentielle. Et il revient à la MINUSMA de jouer le rôle qui est le sien en veillant à la sécurité des acteurs impliqués dans le processus électoral car, il est peu de dire que cet enlèvement traduit quelque part un échec de ces forces onusiennes en présence, qui étaient censées protéger les agents électoraux.

En tout état de cause, ce rapt est la preuve qu’il existe encore des poches de résistance à Kidal et que la guerre contre les djihadistes est loin d’être terminée. Il faudra donc tout faire pour garantir la tenue d’une élection paisible, faute de quoi de pareils actes sporadiques pourraient saper le moral de certains électeurs qui pourraient refuser de se jeter en pâture en allant voter le 28 juillet, ce qui jouerait considérablement sur le taux de participation à une élection fort attendue par la communauté internationale.

Boundi OUOBA

Publié le lundi 22 juillet 2013

Le pays.bf