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Sous la décennie ATT, la démocratie malienne était unijambiste : l’opposition n’existait pas ou ne l’était que de façon si molle que cela revenait au même. Durant le premier quinquennat (2002 – 2007) les partis politiques ayant acquis une légitimité par les urnes et ceux qui n’existaient que par leur récépissé se côtoyaient au gouvernement et s’en partageaient les privilèges quasiment à égalité. Ce qui ôtait sa substance à l’acte de voter, lequel constitue le socle de la démocratie pluraliste.

Au quinquennat suivant (2007 – 2012), la modification de la majorité parlementaire a placé le RPM au banc de l’opposition et son chef, IBK, sorti du perchoir, devait en assumer le leadership. L’on a pu constater que sur aucun des sujets majeurs qui agitaient la nation, il n’était en déphasage avec ATT. Et, au bout du compte, sa formation finira par rejoindre le gouvernement à la faveur d’un élargissement motivé par le désir du président de s’assurer une retraite politique paisible en ne laissant aucun ennemi derrière lui.

Avec l’élection présidentielle qui vient d’avoir lieu, la démocratie malienne va désormais fonctionner sur deux jambes au lieu d’une: il y aura une majorité présidentielle qui va gouverner et une opposition qui va tenir le rôle dévolu à elle dans toute démocratie digne de ce nom.

Soumaïla Cissé sera l’artisan et sans doute le leader de cette opposition. Celle-ci sera « constructive » de son propre aveu en ce qu’elle constituera une force de propositions, en même temps de critiques. Comme pour donner le ton, le candidat malheureux de l’URD et du FDR au scrutin qui s’est joué les 28 juillet et 11 août 2013 a exprimé » le souhait que l’armée et la religion n’interfèrent pas dans la sphère politique « . Il a dénoncé aussi sans fioriture » une campagne nauséabonde avec des discours ethnicistes et des relents de racisme et de régionalisme « .

Voilà des thèmes qu’on se garde d’évoquer habituellement sur la place publique au Mali. Les mots utilisés sont tout aussi étrangers au lexique politique local. Soumaïla Cissé n’a pas eu peur de les prononcer.

C’est le signe que » le grand frère IBK » doit s’attendre à une opposition qui ne s’encombrera pas de masque, présentera les choses telles qu’elles sont avec la sémantique appropriée. Une opposition qui imposera le débat sans tabou et fonctionnera comme l’aiguillon qui fait avancer les boeufs de labour. Une opposition en rupture avec le consensuélisme version ATT, qui gêne et bouscule car travaillant sans relâche à créer les conditions de l’alternance.

La démocratie malienne ne devrait que s’en porter mieux.

Saouti HAIDARA

L’Indépendant du 15 Août 2013