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Cette couche vulnérable ploie sous le poids d’une dette qu’elle n’arrive pas à honorer en raison des multiples chausses-trappes financières

jpg_une-2430.jpgLe défunt président guinéen Ahmed Sékou Touré avait l’habitude de dire que « toute aide qui n’ aide pas à se passer d’elle est à rejeter ». Cette célèbre citation traduit aujourd’hui l’état d’endettement du paysan malien.

La Coalition des alternatives africaines Dette et Développement Mali (CAD-Mali) a organisé la semaine dernière une session de formation à l’intention d’une trentaine de journalistes de la presse publique et privée audiovisuelle et écrite.

La session de formation a enregistré la présence des journalistes de Bamako, de Koulikoro, Sikasso, Ségou, Niono, Diabaly, Douentza et Mopti.

L’atelier avait pour objet de renforcer les capacités des organes de la presse publique et privée sur les mécanismes et instruments d’endettement paysan. La formation de la CAD-Mali s’inscrivait dans le cadre des activités de son Programme triennal 2012-2014 intitulés « Actions citoyennes de construction d’opinions publiques, d’alternatives et de mobilisations populaires contre les endettements et les violations des droits humains ». Ce programme est financé par l’ONG Oxfam Novib. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme, une étude sur l’endettement paysan en zones Office du Niger, Compagnie malienne de développement des textiles (Holding CMDT), Office de la Haute vallée du Niger (OHVN) et à San. La CAD-Mali a organisé l’atelier de formation des journalistes afin de partager les résultats de l’étude menée dans les zones en question et d’amener les organes de presse à promouvoir le plaidoyer pour le financement public adéquat de l’agriculture.

L’agriculture occupe une proportion importante de la population rurale, elle contribue pour 40% du PIB national. Malgré cette contribution importante et incontournable à la richesse nationale, l’étude a révélé que les paysans demeurent la couche de la population la plus vulnérable au plan économique. Les journalistes ont pris connaissance des mécanismes et des instruments de la dette de façon générale. Il leur a été expliqué tout le processus d’endettement des paysans depuis les premières heures de l’indépendance jusqu’à nos jours.

Avec les différents changements de politique gouvernementale, l’Etat s’est progressivement désengagé de l’octroi du crédit agricole. Les différents plans d’ajustements structurels par lesquels le pays est passé n’ont pas non pu résoudre la problématique de la dette paysanne.

EXCESSIF Et pernicieux. L’octroi du crédit agricole par le truchement des banques spécialisées et autres institutions de micro-finance opérant au plus près des paysans n’a pas également trouvé la solution à la quadrature du cercle. Ainsi, selon le consultant, le cercle vicieux de la dette paysanne se resserre d’année en année sur le paysan, l’asphyxiant un peu plus, sans pour autant l’aider à se sortir des ficelles de la dette. Les responsabilités de cet endettement excessif et pernicieux se situent à plusieurs niveaux, dont la première incombe à l’Etat qui ne veille pas à la moralisation de l’octroi du crédit paysan.

Les responsables de la CAD-Mali, sont convaincus que la fiscalisation du crédit par l’Etat a contribué à enfoncer davantage le paysan dans l’abîme. Les taux d’intérêts sont prohibitifs (entre 14 voire 18 et 24% l’an). Ils ne facilitent guère le remboursement adéquat du crédit contracté. Sans compter le fait que le paysan n’est pas toujours bien informé des pièges du financement qu’il contracte, ont dénoncé les représentants des organisations paysannes à l’atelier. Ces derniers ont également déploré les accaparements de terres et souhaitent la révision du titre foncier privé de l’Etat géré par l’Office du Niger.

Il est établi que tout Etat ne peut se développer convenablement sans assurer au préalable les fondamentaux de la croissance qui passent par la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, le commerce, le transport, la transformation, la recherche etc. Les taux d’intérêt multiples et diffus, l’encours et le service de la dette sont autant de pratiques qui ont contribué à alourdir le fardeau de la dette paysanne. Ils constituent les sangles desquelles le paysan seul ne peut se défaire.

Le niveau d’équipement du paysan est très dérisoire et ses capacités financières ne peuvent pas lui permettre de s’équiper convenablement.

Or, la pratique des institutions financières ne le conduit pas non plus vers une autonomie. Le gouvernement doit veiller sur les mécanismes et instruments de la dette destinés aux paysans. La CAD-Mali recommande la mise en place d’un Observatoire de la dette et des fonds publics. Cette structure pourra veiller sur la moralisation des crédits notamment destinés aux paysans et au développement de l’agriculture.

La CAD-Mali souhaite que les journalistes ayant bénéficié de cette formation puissent l’aider à mener un plaidoyer vibrant pour alléger la dette paysanne. Cette couche sociale vulnérable est pourtant le socle de la sécurité alimentaire du pays.

M. COULIBALY

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Sécurité alimentaire : des arbres et des moutons pour améliorer la bourse familiale

Le projet « Accroître la sécurité alimentaire en associant étroitement élevage, arbres et cultures par la pratique de l’agroforesterie au Mali (ASAPAM) » a pour objectif général de mettre au point et diffuser des techniques d’embouche et des pratiques agroforestières permettant d’accroître la sécurité alimentaire des exploitations familiales. Il vise à optimiser la contribution des arbres et arbustes en y intégrant des espèces dont les produits et services permettent de renforcer les systèmes de production et d’assurer la conservation des ressources naturelles.

Le projet est le fruit de la collaboration entre l’Université Laval au Canada, l’Institut d’économie rurale (IER), l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou (IPR/IFRA), le Centre mondial de l’agroforesterie (World Agroforestry Centre, ICRAF) et le Centre d’études et de coopération internationale (CECI). Le projet est financé à hauteur de 825 millions Fcfa pour une durée d’exécution de 3,5 ans allant de mars 2011 à août 2014. Les zones d’intervention du projet sont la région de Koulikoro et le District de Bamako.

Les résultats saillants du projet ont permis de démontrer que les feuilles de trois espèces d’arbres, Ficus gnaphalocarpa ou communément appélé « Toro » en langue nationale bamanankan, Pterocarpus erineaceus appelé « N’guéni » et Pterocarpus lucens ou « Dabakala » ou « N’gobi », s’avèrent particulièrement intéressantes dans l’alimentation des moutons, puisqu’elles peuvent avantageusement remplacer la fane d’arachide dans les rations et à moindre coût. Des essais d’embouche menés notamment dans 4 villages de la commune rurale de Zan Coulibaly (cercle de Dioïla) ont permis à des femmes de s’approprier ces nouvelles techniques d’alimentation des moutons. Leur enthousiasme a été tel qu’elles ont entrepris d’elles-mêmes une nouvelle opération d’embouche.

L’apport d’espèces comme le Gliricidia sepium s’annonce prometteur dans le terroir de Katibougou. Des techniques ont aussi été développées pour multiplier et cultiver les espèces d’arbres pouvant être utilisées dans l’alimentation des moutons.

L’utilisation de ces techniques devrait permettre aux femmes et aux hommes qui pratiquent l’élevage et l’embouche des moutons de pouvoir bénéficier, dans un avenir rapproché, d’un approvisionnement durable de ces fourrages ligneux. Ces résultats ont été partagés et ont fait l’objet d’une restitution au cours d’un atelier organisé conjointement par l’IER et ses partenaires canadiens.

M. C.

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Mauvaises herbes : Des drones pourraient limiter l’usage des herbicides

Les mauvaises herbes peuvent désormais être détectées depuis le ciel, de quoi permettre aux agriculteurs de cibler leurs épandages et donc de réduire leur consommation d’herbicides. Totalement autonome, l’ingénieux système repose sur l’utilisation d’un drone, d’une caméra multispectrale et d’un système d’analyse d’image développé par des chercheurs espagnols.

L’invention a fait ses preuves. En Europe, les herbicides représentent 40 % des produits phytosanitaires épandus par les agriculteurs sur leurs cultures. Ici, le quadricoptère prend des images multispectrales à partir desquelles un logiciel va automatiquement dresser une carte précise des zones de la parcelle à traiter, afin d’éviter les gaspillages. Les agriculteurs apprécient peu les mauvaises herbes, qui peuvent considérablement réduire le rendement d’une culture.

De fait, ces plantes adventices entrent en compétition avec les végétaux cultivés, notamment pour l’accès à l’espace, à la lumière, aux nutriments et à l’eau. Pour réduire leur impact, des herbicides de synthèse sont régulièrement épandus sur les champs dans leur globalité. Ainsi, des parcelles sont bien souvent traitées dans leur intégralité, alors que seules quelques parties ont besoin d’attention.

De nombreux sols sont donc inutilement enrichis en substances chimiques, tandis que les agriculteurs perdent de l’argent en traitant des zones saines.

L’Essor du 18 Décembre 2013