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Après Laurent Fabius (finalement battu au Parti socialiste par Ségolène Royal) et Nicolas Sarkozy, c’est au tour de Marie-George Buffet de fouler le sol malien pour partager sa vision de l’immigration, de la coopération avec les Maliens. La candidate du Parti communiste français (PCF) veut refonder la politique de coopération de la France à l’égard de l’Afrique en prônant une autre politique à Gauche.

« Depuis vingt ans, nous sommes enfermés dans le libéralisme. Il est grand temps de faire le choix du changement par une politique anti-libérale » ! Telle est la conviction de Marie-George Buffet. La candidate de la gauche populaire et antilibérale était l’invitée de l’altermondialiste Aminata Dramane Traoré. L’objectif de ce séjour de 24 h était d’échanger avec les partis politiques, les mouvements sociaux, la presse… sur sa vision de la mondialisation, de la coopération, du codévelopement, de l’immigration…

« En France, on a besoin de mieux comprendre à la fois les richesses du Mali, qui sont en train de se développer grâce aux hommes et aux femmes de ce pays et voir comment la France et l’Europe peuvent aider utilement sans imposer des choix néocoloniaux. Il est nécessaire de construire ce pays avec les Maliens car le développement dépend avant tout de ce qu’ils veulent réaliser », a-t-elle déclaré pour situer sa visite dans son contexte.

Les échanges avec les partis et les mouvements sociaux ont eu lieu dans l’après-midi de mardi dans la salle de conférence du Djenné (Missira). En plus des altermondialistes et de nombreux de confrères, on notait la présence des personnalités politiques comme Dr. Aly N. Diallo (Adéma), Mme Kéita Rokiatou Ndiaye (RPM), Pr. Younouss Hamèye Dicko (RDS), Souleymane Koné (Mouvement citoyen)… Comme on pouvait s’y attendre, les débats ont essentiellement porté sur la coopération Nord-Sud, les accords de réadmission des immigrés, la dette, les politiques d’ajustement structurel, le chômage des jeunes…

Sur l’ensemble de ces questions, Mme Buffet est sur la même longueur d’onde que ses interlocuteurs maliens. Elle souhaite ainsi que soit repensée la coopération entre le Mali et la France, entre l’Europe et l’Afrique.
Dans le programme de la candidate du PCF et ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports, on retrouve quasiment toutes les préoccupations des Africains. Par rapport à l’immigration par exemple, elle envisage d’abroger la loi Ceseda qui institue « l’immigration choisie » et qui renie le droit d’asile. Elle souhaite aussi développer des partenariats avec des pays d’émigration comme le Mali afin de mettre fin à l’exode et à la misère et assurer la liberté de circulation et la régularité du séjour des migrants. Mieux, Mme Buffet veut réduire la clandestinité en imposant le respect du droit d’asile, la régularisation avec un titre de 10 ans de tous les sans-papiers, la facilitation de l’accès à la nationalité, la suppression des visas de court séjour…

Prônant un partenariat d’égal à égal, la communiste souligne qu’il faut aujourd’hui « donner les papiers aux hommes et femmes qui vivent en France afin qu’ils puissent travailler et vivre dignement. Il faut leur permettre d’avoir des papiers sur le long terme pour se construire un avenir ». Pour elle « l’Europe ne peut pas se développer aujourd’hui sans l’Afrique. Et, malgré les richesses dont il dispose, le continent africain ne peut pas se développer sans un processus de progrès social en Europe ».

Lors de cette rencontre, l’hôte du Mali a attiré l’attention de l’assistance sur le fait que « des espaces nouveaux s’ouvrent à toutes les forces qui agissent pour un autre type de relation internationale, pour des alternatives à un libre-échange sans rivage. Le monde change comme on le voit en Amérique latine. Et la politique étrangère de la France devra être un pilier de cette construction d’un monde plus juste ».

Le porte-drapeau des communistes à la prochaine présidentielle française n’a pas manqué de souligner sa détermination de défendre le droit des pays du Sud à protéger leurs économies, notamment leur agriculture. Elle est déterminée à combattre « la politique des brevets » qui met nos pays sous la coupe des multinationales.

En plus de l’annulation de la dette et l’imposition d’une taxe sur les mouvements des capitaux, Marie-George Buffet veut pousser l’Europe à développer « une politique de coopération aidant les pays du Sud à tourner leurs activités vers la satisfaction de leurs propres besoins, notamment en matière d’eau, de santé, d’éducation, de transports collectifs, d’habitat… ».

Un programme assez attrayant et favorable à l’autre monde pour lequel se battent les altermondialistes et de nombreuses composantes de nos sociétés civiles. Et si les Maliens et les Africains avaient le choix, Marie-George Buffet pouvait être assurée de succéder à Jacques Chirac ! N’empêche que, comme l’a souligné une dame dans la salle, les bénédictions de l’Afrique d’en bas l’accompagnent.


Moussa Bolly

08 février 2007.