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Se complaire dans le mythe au détriment de la réalité, c’est l’instrument qu’utilisent certains hommes politiques pour arriver à leurs fins. La part des choses mérite d’être faite pour qui a suivi le parcours en dents de scie du Président du RPM depuis les années 1990.

En effet, fidèle parmi les fidèles de Alpha Oumar Konaré, il a connu une ascension fulgurante durant la présidence de ce dernier : Conseiller à la Présidence, Ambassadeur, Ministre des Affaires étrangères, Premier Ministre, Président de l’ADEMA…, qui dit mieux ?

Dès que sa candidature naturelle à la présidence de la République a été contestée, et qu’il fut question de le remplacer à la Primature en 2000, il s’estime trahi, quitte l’ADEMA et dans la foulée, crée le RPM, en s’appuyant sur le courant de sympathie créée par cette pseudo-trahison. C’est alors le début du mythe !

Il crée » Espoir 2002 » avec le CNID, le MPR et s’attachent d’autres petits partis pour mieux aborder les élections générales de 2002.

A la présidentielle, il est dans le tiercé de tête, exactement à la troisième place, après que près de 500 000 voix aient été annulées. Il crie à l’injustice, se déclare victime de ces manipulations de suffrages et surtout seule victime de ces annulations de voix !

Le second pilier du mythe se met alors en place, repris encore récemment par un diplomate français du nom de Laurent Bigot lors d’une conférence à l’IFRI (Institut Français des relations internationales) le 22 juin 2012. Laurent Bigot est sous-directeur Afrique au Ministère des Affaires étrangères français. Il a imprudemment déclaré :

» En 2002, je voulais vérifier les chiffres avant de venir, mais je vais vous donner les ordres de grandeur, mais vous pouvez vérifier, ils sont disponibles. En 2002, je rappelle qu’à l’issue du premier tour, ATT arrive en tête et il est suivi de Soumaïla Cissé et de IBK dans un mouchoir de poche, je crois qu’il y a 1% d’écart entre Soumaïla Cissé arrivé officiellement en deuxième position et IBK arrivé officiellement en troisième position. Il faut savoir que la commission électorale a annulé 500 000 votes ! 500 000 votes ! ça doit faire 10% du corps électoral. Pour 300 000 votes de plus, on a déclenché le feu sur Laurent Gbagbo l’année dernière. 500 000 votes, c’est-à-dire qu’on a complètement bouleversé le sens du premier tour. IBK à l’époque l’avait indiqué que c’était lui qui était arrivé en deuxième position, nous avions à l’époque les raisons de penser que c’était le cas, et la crainte du pouvoir en place, c’est dire d’Alpha Oumar Konaré, c’était que si IBK arrivait au deuxième tour, il avait de grandes chances de battre ATT et qu’il y avait probablement eu des manipulations du scrutin de façon à ce que ce soit Soumaïla Cissé qui arrive en deuxième position. C’est ça la réalité ! Elle a été observée, il y avait des missions d’observation électorales et on s’est contenté du résultat, finalement ATT a été élu « .

Eh bien, ce M. Bigot aurait dû suivre son premier reflexe, c’est-à-dire vérifier les chiffres. S’il l’avait fait, il aurait évité un énorme mensonge et les propos de café du commerce qu’il a tenu lors de cette conférence, contribuant ainsi consciemment ou inconsciemment à renforcer le mythe IBK.

Si M. Bigot avait vérifié les chiffres, les bons, ceux de la Cour Constitutionnelle, il aurait constaté ceci :

– Nombre de suffrages invalidés pour chaque candidat :

* Soumaïla Cissé = 333 525 voix soit 21,31%

* IBK = 329 143 voix soit 21,03 voix%

En intégrant les PV invalidés on obtient :

* Soumaïla Cissé = 479 728 voix soit 22,79%

* IBK = 432 504 voix soit 20,55%.

Une petite soustraction permet de constater que Soumaïla Cissé est largement en tête des PV invalidés par rapport à IBK (Soumi = 146 203 voix invalidées ; IBK = 103 361 voix invalidées).

Nous ne désespérons pas de donner par cette occasion la bonne information à M. Bigot et au-delà de lui à tous ceux qui sont tombés dans le piège de la mystification et de la victimisation dont IBK est passé maître.

A contrario, qui a entendu une plainte quelconque de Soumaïla Cissé par exemple ? Nous n’en avons pas souvenance.

M. Bigot dit que Alpha Oumar Konaré a facilité l’élection de Att, mais il oublie soigneusement de dire que c’est bien IBK qui a apporté ses suffrages à ATT au second tour pour permettre de l’emporter contre Soumaïla Cissé !

La mystification la plus scandaleuse de IBK, c’est quand il s’est autoproclamé » Kankeletigi » repris en chœur par ses thuriféraires. Quelle parole a-t-il respectée ? Si nos souvenirs sont bons, cette chanson » Kankeletigi » a été chantée par Djénéba Seck en 1992 pour magnifier le geste du Président de la Transition et de ses collègues qui avaient promis de remettre le pouvoir à l’issue de la Transition et qui l’ont fait !

C’est cela la parole donnée et qui pourrait servir aujourd’hui encore d’exemple à ceux qui conduisent en ce moment la Transition. Au-delà de la mystification, c’est un véritable hold-up !

La mystification suit son chemin quand aux lendemains du coup d’Etat du 22 mars 2012, après une condamnation de façade et un bref passage au FDR, IBK s’est posé et présenté comme le principal opposant à ATT. Posture qu’il garde encore ! Quel bluff ! En quoi et à quoi s’est-il opposé ?

Président de l’Assemblée Nationale et membre de la majorité gouvernementale, il feint de s’opposer aux Accords d’Alger et les dénonce urbi orbi, mais quand il a fallu concrétiser cette opposition et franchir le rubicon en quittant l’attelage gouvernemental, il freina des quatre fers et avala son chapeau.

Le scénario identique se produisit lors du vote de la loi instituant le Vérificateur Général, il dit s’être disputé avec sa conscience, mais en fin de compte comme toujours, il ne joignit point l’acte à la parole, et la loi fut votée. Nous pouvons citer à n’en plus finir des cas similaires.

Le 22 mars 2012, il faisait partie de la majorité présidentielle et du gouvernement d’ATT, il fut l’un de ses plus proches collaborateurs de 2002 à 2012, et le jour où il fut décoré de la légion d’honneur française il n’eut de cesse de remercier ATT en se jetant dans ses bras lui disant que grâce à lui tout cela a été possible. Att, lui, s’en souvient.

Incorrigible il vient de déclarer sur RFI avoir pleuré le jour de la retraite de Tessalit par notre armée. Mais a-t-il exprimé ses sentiments ce jour à ATT ? A-t-il fait une déclaration publique sur une radio ou une télé malienne ? Que nenni ! Alors, que nous valent aujourd’hui ces larmes à retardement ? Lui seul le sait !

A force de postures, de positionnement, de revirements, de reniements, cet homme est devenu insaisissable, incohérent et infréquentable. Il finira cependant un jour par être rattrapé par la réalité, sa réalité, un homme politique ambitieux et velléitaire, opportuniste et banalement ordinaire, un Tartarin de Tarascon ou un Don Quichotte des temps modernes !

DOUGOUFANA

Zénith Balé du 19 Novembre 2012