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jpg_une-8.jpgLes recherches entamées n’ont rien donné et le berger s’est résolu à en informer le propriétaire des bêtes. Le haut responsable militaire saisit la police du 10è Arrondissement. L’inspecteur Maky Sissoko et ses hommes se mirent en branle, chacun actionnant ses réseaux d’information. Très vite, ils mirent la main sur un certain Boubacar Ba qui affirma avoir vu le lieu et les traces de l’abattage d’animaux dans le champ d’un certain Oumar Barry dit Ferké. Très loquace, l’homme ajouta que le lendemain de la disparition des bêtes du chef militaire, il avait vu aussi Néné Barry, le fils de Ferké, la femme de ce dernier et Youssouf Yalcoué, boucher de son état, transporter des carcasses de bœufs dans une charrette à traction animale. Le témoin affirma même que le petit groupe venait du champ de Ferké.

Ayant appris la nouvelle, un autre témoin, Sadio Dicko se présenta de lui-même à la police pour déclarer à son tour que le lendemain du vol, pendant qu’il travaillait avec Néné Barry, le fils de Oumar Barry, il avait demandé à ce dernier 500 F pour se payer de la nourriture. Le jeune homme répliqua qu’il n’avait pas un seul centime et pour lui montrer sa bonne foi, il lui expliqua que 48 heures avant, lui et son père avaient volé cinq bœufs. Trois des bêtes avaient pu s’échapper. Les deux autres avaient été abattues et les carcasses données à Yalcoué qui était venu passer la nuit chez eux dans cette perspective. D’ailleurs, avait conclu le fils de Ferké, le boucher avait même disparu et la famille ne parvenait plus à mettre la main sur lui.

Surveillance discrète

Nos lecteurs se rappellent que plusieurs personnes dont Néné le fils de Ferké, Yalcoué le boucher et des témoins avaient été arrêtées et même déférées devant le parquet de la Commune VI. Seul manquait à l’appel Ferké qui avait pris la clé des champs pour se réfugier dans les environs de Markacoungo. Il avait laissé derrière lui ses trois femmes et ses 18 enfants. Les enquêteurs de la police savaient pertinemment qu’un homme disposant d’une si grande charge ne resterait pas longtemps sans se signaler aux siens. Ils chargèrent le berger du général de les avertir à la moindre information obtenue sur le fugitif. En plus, Maky et ses hommes avaient demandé aux éléments de Senou de ne pas clore le dossier, ni de l’oublier dans les tiroirs. Il y avait donc une surveillance discrète à laquelle Ferké ne pouvait pas échappé logiquement.

Près de trois mois après le vol des bœufs, Oumar Barry, croyant sans doute s’être fait oublier avait fait son apparition le 5 septembre dernier dans son hameau au grand soulagement de ses épouses et de ses progénitures. Il arriva chez lui de nuit. Les cris de joie ayant fusé du domicile du fugitif en pleine nuit ont fait douter le berger que quelque chose d’important et d’inattendu s’est passé dans la famille de Ferké.
Pour en avoir le cœur net, le gardien des bœufs s’approcha du hameau et tapi dans les herbes, il écoutait la conversation entre Ferké et les siens. Pour s’assurer qu’il s’agissait bien de l’homme recherché par la police, le berger se présenta le lendemain dans le hameau sous prétexte de chercher du feu. Ayant vu Ferké en personne en train de prendre du thé au milieu de ses épouses, il revint chez lui et passa immédiatement un coup de fil à la police. La même équipe qui avait arrêté des mois auparavant Néné Barry et le boucher se mit en route pour aller cueillir Ferké. Ils arrivèrent chez lui aux environs de midi et le trouvèrent en train de manger. A la vue des policiers, Ferké se leva avec une tartine à la main et invita les flics à partager son repas. Ceux-ci déclinèrent l’invitation. Ils attendirent qu’il eut fini de manger pour lui demander de se mettre à leur disposition. L’homme voulut en savoir les raisons, mais les policiers lui enjoignirent de les suivre jusqu’au commissariat.

Une seconde enquête
br>Arrivé au commissariat de police du 10è arrondissement, il fut informé de ce qui lui était reproché. En véritable comédien Ferké fit semblant de tomber des nues. « Je ne vous crois pas. C’est un complot qui vise à m’extorquer de l’argent pour votre carême. Vous êtes dans l’erreur. Vous vous trompez de cible. J’étais en voyage pendant tout ce temps et ce n’est qu’à mon retour que mes épouses m’informèrent de l’arrestation de Néné pour un soi-disant vol de boeufs« .

Les éléments de la brigade de recherche et de renseignements le laissèrent terminer ses jérémiades avant de lui rappeler que c’était bien lui qui avait envoyé quelqu’un avec 1000 F à son fils et au boucher, pendant leur mise en examen en juin dernier, pour leur demander de bien peser leurs mots, afin de ne pas enfoncer toute la famille. Les policiers firent ensuite amener les mis en cause dont certains sont déjà sous mandat dépôt à la maison centrale d’arrêt de Bamako pour procéder à une confrontation.

L’ensemble des témoins de la scène de l’abattage des bêtes du général parla d’une même voix. Ferké était le voleur principal et tous les autres, son fils et le boucher des complices. Devant cette situation, Oumar se rebiffa et cracha la vérité. Il était en effet le voleur et ce n’était pas sa première fois de tuer des animaux errants. « J’ai décimé des troupeaux entiers avec votre complicité. Vous avez tord de croire que vous allez m’enfoncer seul« .

S’adressant principalement à Sadio Dicko, l’un de ceux qui l’avaient dénoncé avant, il lui lança : « Tu es au courant que j’ai un parc dans mon champ qui sert à garder les animaux en divagation. Peux-tu dire aux policiers combien de bêtes nous avons tué ensemble ? Et pourquoi tu ne me dénonces que pour ces deux bœufs. Nous allons tous couler ensemble« . Ces révélations déconcertèrent les policiers qui se virent dans l’obligation d’ouvrir une autre enquête sur les différentes déclarations de vol dont ils avaient été saisis dans la même période et bien avant.

Oumar Barry alias Ferké, 73 ans, arrêté le 5 septembre était au passage de notre équipe de reportage au commissariat du 10è Arrondissement où l’inspecteur Maky Sissoko s’occupe de lui. Dans l’espoir de l’amener à vider complètement son sac.

G. A. DICKO

Essor du 10 septembre 2008