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On dira que les Maliens au Nord vivent en parfaite harmonie. Que la coexistence n’a guère souffert d’une quelconque caque. Archifaux. A Tombouctou, Gao et Kidal, la stabilité n’a toujours été que précaire. Car sous les cendres dorment les braises. Et ça, il faut avoir le courage de le reconnaître. Il y a des questions de fond que nous contournons, une réalité que l’on préfère ne pas regarder en face.

Aujourd’hui, des communautés se regardent en chiens de faïence, d’autres se livrent à une bagarre sans merci, encadrées par des forces occultes. Et, chaque fois que nous sommes dos au mur, et les projectiles verbaux ou solides volent dans tous les sens, une seule échappatoire : la politique de l’autruche !

Les hommes politiques ici, à l’expression incontrôlable, sont passés maître dans l’art des déclarations à l’emporte-pièce et populisme vulgaire et sont déterminés à exacerber les clivages et susciter les tensions au sein de nos populations, en instrumentalisant leurs sentiments.

Le but, c’est de cacher leurs insuffisances et de masquer la réalité de leur propre bilan calamiteux ; un cycle d’échecs politiques, économiques et sociaux. La raison est simple ! Après avoir fait main basse sur le pouvoir, l’amateurisme de cette «classe politique» par ukase refait surface, révélant au grand jour leurs piètres «qualités» d’hommes politiques.

Tout cela se passe sans que l’État, bien au courant de l’implosion en gestation, ne se pipe mot alors que les enfants de la nation s’entretuent sur l’autel des calculs politiciens. Il laisse faire. C’est après tout 1/3 de «terre inutile». Sauf que les données changent avec le pétrole qui se fait sentir à Taoudéni.

Cette fois aussi, on a choisi l’amalgame. On a entretenu et pactisé avec les trafiquants de drogue. Une gangrène qui mine la jeunesse qui s’essaie à sniffer cette substance hallucinante tout en se lançant dans cette activité hyper lucrative.

A côté de ce désastre juvénile, nous avons une armée cloitrée dans les villes (Tombouctou, Ber car le camp d’Inokinder a été déserté) qui souffre de la gabégie et ne disposant pas des équipements nécessaires ni des moyens et l’engagement exigés…

Quand il s’agit de ces questions si sensibles, lesquelles ne sont l’apanage de personne ni d’aucun groupe, mais de tout le peuple, de toute la nation, il faut impérativement anticiper parce que, hélas, mille fois hélas!, le Malien est fataliste. Tout est à Dieu, tout revient à Dieu et nul n’y peut rien.

Cette attitude fataliste a fait qu’il remet tout à Dieu, baissant les bras devant l’adversité, l’oppression et l’injustice. Et, de cette situation, ceux qui détiennent un semblant de pouvoir politique (dirigeants) économique (commerçants) social (chefs de tribus) en profitent. Ce fatalisme est pour beaucoup dans le silence et la résignation des petites gens, des faibles, des pauvres.

Dans la société malienne, l’être ne prend pas lui-même sa destinée par la défense de ses droits, par la révolte et les voies institutionnalisées, civiques et légales. En somme, ce que les grandes révolutions en Europe et en Amérique ont inculqué au citoyen en forgeant la démocratie, «le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple».

L’autre attitude négative inculquée à nos 80 % d’analphabètes, c’est la soumission sine qua non à celui qui détient le pouvoir. Et cette situation est d’autant plus dramatique que ni les voies et moyens par lesquels cette personne est arrivée au pouvoir, ni les conséquences dramatiques qui en ont découlés ne sont pris en compte. L’obéissance à celui qui détient le commandement, en fait au plus fort, est d’une interprétation telle qu’elle est pour beaucoup dans le statu quo permanent dans lequel est maintenu le citoyen.

Mais, encore une fois, il faut se rappeler que la mission première de tout gouvernant est d’assurer la sécurité extérieure et la paix – et si possible la prospérité – intérieure. Nos politiques et le Chef de l’État en premier doivent comprendre et assumer que pour exercer correctement le pouvoir, tout homme d’État se doit de l’exercer avant tout sur lui-même.

Il doit accomplir sa mission essentielle, à savoir «être le gardien de la Constitution et assurer, en tant qu’arbitre, le bon fonctionnement des institutions de la République». Pour cela, il jouit, certes, de pouvoirs étendus, mais ceux-ci n’ont de légitimité et de sens que s’ils concourent au respect des principes ci-dessus énoncés. Autrement, il ne mérite aucun respect et les autres pouvoirs constitutionnels devraient se mobiliser pour le contraindre à se corriger ou…à se démettre.

Je sais que tout cela est belle théorie lorsqu’on parle du Mali ; car des écarts sensibles ont toujours existé sur ce registre entre «le vécu» et le «supposé». Mais…prévenir vaut mieux que guérir…

Abdoul Aziz O. Mohamed,

benkasba@yahoo.fr Tombouctou – Mali

29 Juin 2010.