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Le nouveau président du Mali ne veut pas aller vite en besogne. Ibrahim Boubacar Kéita semble vouloir ratisser large avant son investiture le 4 septembre prochain. Une tactique qui viserait à mieux amorcer son ascension à Koulouba. Que de défis et d’interrogations !

Après le chapitre électoral, les choses sérieuses commencent pour le président élu du Mali. Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) sait qu’il n’a pas de temps à perdre. Les choses avancent vite. Très discret et difficilement accessible, le large vainqueur du second tour de la présidentielle du 11 août multiplie les rencontres et peaufine dans la douceur les grandes orientations de sa politique, en conformité avec les urgences et ses promesses électorales. Inutile de dire qu’il est difficile de franchir les murs du président du Rassemblement pour le Mali (RPM).

Naturellement, la première intervention publique d’IBK depuis la confirmation de sa victoire sur Soumaïla Cissé par la Cour constitutionnelle était attendue par plus d’un. Pas seulement les renards politiques qui guettent les postes ministériels et la clémence du nouveau roi, mais aussi le citoyen lambda. Et le moins que l’on puisse dire est que le « Tisserand en chef » veut garder les pieds sur terre dans un environnement où les attentes sont énormes.

Le nouveau président de la République a réitéré que la réconciliation nationale sera l’une de ses priorités. Réconcilier les Maliens est un vaste chantier dont le soubassement reste toujours aussi complexe qu’indéfini. Le gouvernement de transition a essayé de jeter les jalons du dialogue entre les Maliens sans distinction aucune, avec la création de la Commission dialogue et réconciliation (CDR).

Mais, les travaux de cette dernière Commission tournent au ralenti, car l’on voit rarement ses actions sur le terrain, à tel point que l’on se demande si le nouveau chef de l’Etat ne s’en passerait pas. L’équipe du président Mohamed Salia Sokona semble être assez timorée pour donner suite aux grandes ambitions de celui qui promet d’être le « président de la réconciliation nationale ».

A défaut d’une disparition programmée de la CDR, un réajustement s’impose dans le but de la rendre plus performante. Il est certain qu’IBK ne minorera aucun dysfonctionnement susceptible de remettre en cause sa vision des choses. Surtout que le nouveau boss de la République est convaincu que la réconciliation des cœurs et des esprits demeure la pierre angulaire de toute œuvre utile dans un Mali post-crise.

Le futur gouvernement jouera sa partition dans la réconciliation des Maliens. D’ici là, IBK devra désigner son Premier ministre qui l’aidera à constituer la prochaine équipe gouvernementale. Ce qui ne saurait tarder vu que son investiture est prévue pour le 4 septembre prochain. Une date faisant déjà rêver les courtisans du nouveau chef et les opportunistes politiques en dépit de l’avertissement présidentiel qu’il « n’y aura pas de partage du gâteau ».

« Sanogo m’obéira »

Des ministres actuels font la cour à IBK afin de conserver leur portefeuille alors que d’autres hommes politiques, contraints au « chômage technique », souhaiteraient revivre une expérience gouvernementale. Comment le président pourra-t-il alors gérer ses soutiens politiques et ses ex-ennemis d’hier devenus, aujourd’hui, ses intimes ? Cette question est d’autant plus pertinente que les frustrations sont perceptibles dès maintenant dans les rangs de ceux qui ont soutenu IBK pendant la présidentielle.

Ce qui justifierait la tentative d’IBK de prévenir tout mouvement d’humeur à travers sa rencontre avec les responsables politiques qui l’ont accompagné ces derniers temps au siège de sa campagne, en marge de sa première déclaration après la confirmation de son élection à la magistrature suprême. Toutefois, le président élu ne devrait en aucune manière sacrifier la compétence intrinsèque de milliers de nos compatriotes capables de faire leur apparition dans l’attelage gouvernemental au profit de considérations politiques.

Indubitablement, un gouvernement équilibré faciliterait l’envol du pays vers l’essentiel, mais cela ne saurait servir de tremplin aux opportunistes politiques. Dans sa déclaration de mercredi dernier, le successeur de Dioncounda Traoré a mis un accent particulier sur la restructuration de l’armée.

Celle-ci est nécessaire non seulement pour la défense de l’intégrité territoriale mais aussi pour la protection des institutions de la République. IBK semble savoir à quoi s’en tenir pour redresser la Grande muette. Lui dont les rapports avec l’ex-junte militaire ont toujours donné lieu à diverses interprétations. Cependant, le président du RPM a l’air d’avoir tourné la page des anciens mutins de Kati.

Sur ses relations avec le général Amadou Haya Sanogo, IBK avait dit en juillet dernier chez nos confrères de « Jeune Afrique » qu’« en tant qu’officier de l’armée malienne, Sanogo obéira au chef suprême des armées que je serai ». Il avait en outre promis qu’« il n’y aurait pas deux capitaines dans mon bateau ». Et de conclure qu’il « n’avait pas vocation à être un président fantoche ».

IBK a les cartes en main. A lui de les utiliser pour asseoir son autorité sur le pays, gage de gestion efficiente.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

23 Août 2013