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Les journalistes, particulièrement ceux du Sénégal, accordent peu d’importance à l’emprisonnement de leur confrère Moussa Guèye, arrêté le 8 octobre dernier pour avoir écrit sur « des escapades noctures du président Abdoulaye Wade et de son chef de cabinet ».

Une condamnation sporadique de quelques journalistes sénégalais, une dénonciation de la procédure d’arrestation, voilà les maigres actions de la presse sur l’affaire dite de Moussa Guèye. Ce journaliste sénégalais, directeur de publication de « L’Exclusif », a, dans un article de presse, écrit, pour ne pas entrer dans les détails, sur la « sortie nocturne du président : les escapades du président » le 8 octobre dernier. Il a été arrêté pour offense au chef de l’Etat, gardé 48 h à la police avant d’être mis à la disposition de la justice.

Depuis son arrestation, les opinions, au sein, de la presse, sont diverses et la mobilisation pour sa libération n’est pas tellement à l’ordre du jour. « C’est scandaleux en 2007 qu’on arrête des gens pour des problèmes d’expression tout court. Certes, le journaliste n’est pas blanc comme neige. Mais, il n’a pas soulevé le peuple non plus. C’est plutot un écart de langage quand il parle de dérapages nocturnes du chef de l’Etat », explique Kader Diop, président du Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie au Sénégal.

Il conseille aux jeunes journalistes de rester africains et de ne pas suivre les Blancs dans leurs turpitudes. « On est en Afrique et Wade a 80 ans. A cet âge, il ne faut pas se leurer. Et d’ailleurs, ce n’est pas à un jeune de parler d’escapades d’un aîné, de surcroit chef d’Etat », ajoute le doyen Diop. Comme réaction, le Conseil, dira-t-il, ne pouvait que condamner son arrestation et le soutenir moralement.

Même réaction au sein du lectorat sénégalais qui estime, en majorité, que le journaliste a perdu de sa crédibilité en écrivant des choses insensées. « Si c’était pour se faire de la publicité, en tout cas, il est bien servi. Entre nous, ce journal, L’Exclusif, ne vaut pas tripette. Mais, on lui a fait une publicité monstre en enfermant son directeur. Et c’est ce que les chefs d’Etat ne comprennent pas », assure Moussa Aw, un Dakarois.

Faisant fi du contenu de l’article qui ne serait pas averé, le directeur du bureau Afrique de la Fédération internationale des journalistes, Gabriel Ayité Baglo, a dénoncé les conditions d’arrestation et d’incarcération du journaliste Guèye. « Toute la procédure judiciaire, dit-il, a été violée. On ne peut pas traiter un délit de presse comme un crime de presse. Le journaliste n’a pas appelé à la rébellion, il n’a pas incité les armées à la révolte. Une offense au chef de l’Etat n’est qu’un délit de presse. Et pour cela, il a été gardé à vue pendant 48 h sans que sa famille ne sache où il était avant d’être jeté en prison. C’est ce que nous avons dénoncé ».

Moussa Guèye croupit toujours en prison comme un malpropre, espérant sur un soutien de ses confrères qui n’a pas fait défaut dans l’affaire de « La maîtresse du président de la République » au Mali ou dans l’arrestation de Moussa Kaka, correspondant de RFI à Niamey (Niger).

Sidiki Y. Dembélé

31 octobre 2007.