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Entre la Banque Mondiale et les Etats, qui a besoin de qui? Evidemment, l’Etat qui a besoin de crédits et de prêts financiers pour son développement a souvent besoin de l’institution financière internationale. Et comme toute bonne banque, la Banque Mondiale « investit » pour mieux “récupérer”.

Seulement, la Banque Mondiale, selon la voix de ses représentants, ne vient pas vers les Etats pour se faire de l’argent. Les accords de remboursement ne permettant pas de penser à un quelconque intérêt (immédiat?) de l’institution financière. Alors, que gagne-t-elle dans ses rapports avec les Etats? Seuls Wolfensohn et ses collaborateurs pourraient donner précision à cette question.

Pour nous, et selon la formule populaire, la Banque Mondiale est la “main qui donne”, mais peut être aussi la « main qui retire » si on devrait se fier à l’opinion de certains responsables africains. Quoique la Banque Mondiale ait toujours voulu se faire passer pour “le Bon Samaritain” des pays en difficulté comme ceux de l’Afrique.

Une remarque capitale mérite d’être soulignée : aucun responsable africain, au siècle où nous sommes, ne vante les mérites de la Banque Mondiale, présentée au contraire d’être responsable de tous les maux que traverse le continent, en l’occurrence, les pays dans lesquels elle intervient directement.

Le mea culpa

Mais peut être que les dirigeants africains devraient reconnaître leur part de responsabilité dans leurs rapports avec la Banque Mondiale. Longtemps, on a fait croire à l’opinion africaine que les programmes d’ajustements structurels imposés par la Banque Mondiale allaient à l’encontre des intérêts du développement des pays africains.

Mais ce qu’on ne dit pas et qu’aucun dirigeant africain ne mentionne officiellement, c’est que l’argent qui accompagne ces programmes a été accepté par ces mêmes dirigeants africains qui, au préalable à toute négociation, prennent également connaissance des conditionnalités.

Mais est-ce que le programme d’ajustement structurel, tant décrié, est-il un mal en soi? Rétablir l’équilibre financier dans les structures étatiques afin de créer les conditions d’une croissance saine, voilà de quoi il s’agit.

Mais pourtant, le PAS, comme on le surnomme, a été un échec dans son ensemble sur le continent africain. Pour se donner bonne conscience, certains dirigeants déclarent “qu’on n’aurait jamais dû accepter les PAS”. Une manière implicite de reconnaître qu’en Afrique, on ne réfléchit pas avant d’agir.

Est-ce aussi à dire, sans verser dans l’afro pessimisme, que l’Afrique ne possèdent pas de cadres compétents capables de réfléchir et de négocier avec les “experts” de la Banque Mondiale qui seraient alors des génies? Peut-on berner tout un continent? Non ! La réalité est ailleurs.

Les Etats seraient victimes du diktat de la Banque Mondiale parce qu’elle garde un oeil sur les fonds alloués. Chose normale, si on en tient à la forme, puisque tout créancier veille toujours à ce que son débiteur reste solvable.

Ce qui est plutôt humiliant, c’est l’incapacité des responsables africains à assurer une bonne gestion des fonds, obligés d’être surveillés comme des “élèves”. C’est dommage que les règles de bonne gouvernance soient imposées par l’extérieur et que nous ne soyons pas nous mêmes capables d’adopter une bonne attitude.

Par ailleurs, on tombe des nues si on analyse à titre d’exemple, la situation de la CMDT au Mali dont la privatisation est annoncée. La CMDT, fleuron de l’économie malienne par le passé, est aujourd’hui au bord du gouffre.

En 1998, quand la production du coton du Mali atteignait la barre des 500 000 tonnes, ce fut la grande fête au Mali. Le Président Alpha Oumar Konaré, à l’époque, avait même profité de cette situation pour remettre des distinctions honorifiques aux planteurs en présence des diplomates en poste à Bamako et des représentants des principaux bailleurs de fonds, distinctions suivies de discours élogieux à l’endroit et des paysans et de la direction de la CMDT.

Mais quelques mois après (soit en août 2000), un audit révélait un déficit de trésorerie de l’ordre de 57 milliards de Fcfa. Paradoxe? Bien sûr que oui!
Déjà, le ministre du Développement Rural El Madani Diallo à l’époque, parlait de gestion catastrophique à la CMDT.

Alors, en lieu et place du record de productivité atteint en 1998, célébré avec faste, on parlait de corruption, de surfacturations et de détournements de fonds. La suite, on la connaît.

La CMDT déjà à genoux est aujourd’hui encore à l’agonie à tel point, que la Banque Mondiale, toujours elle, puisqu’elle est le principal bailleur, parle de privatiser la filière.

Mais soulignons que le ministre El Madani Diallo dans ses inquiétudes, annonçait la “restructuration” de la filière sans préciser les contours.

Aujourd’hui, la privatisation de la CMDT, question d’actualité mais représentant aussi un intérêt national, oppose l’Etat Malien et la Banque Mondiale. Mais qui aura été à la base de la dégringolade de la CMDT? Les Maliens ou la Banque Mondiale?

Au Mali, la privatisation résonne mal dans les oreilles de la population pour qui elle constitue un goulot d’étranglement qui finit par étouffer l’entreprise assujettie donc représente un manque à gagner pour l’Etat et la population elle-même. Mais la question demeure: pourquoi privatise-t-on?

La réponse à cette question met à nu nos propres dirigeants ; leur incapacité et leur insouciance à faire face aux intérêts supérieurs de la nation.

Un ministre ou un responsable de l’Etat peut-il dire ou doit-il dire qu’il a été contraint par une institution internationale à prendre une décision qui serait contre l’intérêt de son pays?

Et pourtant, personne ne semble s’en offusquer à entendre, et cela presque chaque jour, nos propres dirigeants clamer que telle ou telle chose leur a été imposée soit par la Banque Mondiale, soit par d’autres bailleurs de fonds. La souveraineté des Etats serait-elle un simple slogan? On le croirait.

Certes, la Banque Mondiale est loin d’être le Bon Samaritain, et elle ne peut non plus faire de l’aumône. Mais il appartient aux Africains de savoir “négocier” leurs intérêts et de ne pas regarder seulement la couleur de l’argent que les bailleurs de fonds leurs présentent.

Ne vaut-il pas mieux gagner les honneurs d’un peuple que de faire la courbette devant une Banque, internationale soit-elle, et clamer ensuite son innocence si ça ne va pas?

Selon les représentants de la Banque Mondiale, leur institution n’impose rien aux Etats comme décision à prendre mais pose des conditions et fixe une conduite à suivre.

Mais en fait, si les fonds, empruntés au nom du peuple, étaient judicieusement utilisés c’est toute la nation qui en verrait les bénéfices.

Mais hélas! Ces fonds servent uniquement l’intérêt d’un nombre restreint de personnes. Cela va de soi que les actions entreprises par les bailleurs de fonds soient invisibles pour la population.

Aimé RODRIGUE

8 novembre 2005.