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Depuis quelques décennies, le problème d’emploi des jeunes nous rappelle que le bout du tunnel n’est pas pour demain. Quand un ingénieur se retrouve sans-emploi au terme d’études généralement jugées longues et difficiles, c’est qu’il y a danger en la demeure.

De nos jours, l’emploi, ce serpent de mer, est devenu une préoccupation de tous les instants, une préoccupation plantée comme un point d’interrogation géant au cœur de notre quotidien. Aucune politique n’est en place pour permettre aux jeunes de sortir de l’oisiveté. Il suffit de traverser la cité des trois caïmans pour compter le nombre impressionnant de «grins» des chômeurs qui se forment à longueur de journée.

Fini le temps de l’Etat-providence qui donne du boulot. Les stratégies se succèdent et s’enchaînent pour des résultats toujours problématiques. L’Etat en est le premier responsable dans la mesure ou il n’arrive pas à faire comprendre à la jeunesse que le travail n’est pas seulement dans les bureaux ou on devient du jour au lendemain un détourneur de deniers publics ou un fainéant. Tout le monde pense que le bonheur se trouve dans la fonction publique.

Mais il convient, par-dessus tout, de s’interdire de tromper les Maliens, autrement dit, il convient de leur dire la vérité. Il y a de l’emploi dans le privé. La fonction publique, c’est l’endroit ou la facilité a élu domicile dans notre pays. Il suffit d’être proche d’un patron pour bénéficier à longueur de semaine des permissions de mariage et baptême. Le ridicule ne tue plus dans notre pays. L’emploi et le travail sont deux notions qu’il faut se garder de confondre. Des milliers de Maliens se prévalent d’avoir un emploi. Soit. Mais combien sont-ils qui travaillent vraiment ou qui travaillent assez pour justifier leur salaire? Si les hommes se démerdent à longueur de temps pour avoir une promotion au service, pour un détenteur du Def, il suffit d’intégrer politique d’un ministre pour se voir propulser. Pour les femmes, n’en parlons même pas. Elles ont le secret en main. Un bon après-midi avec le patron dans son bureau suffit pour qu’elle puisse avoir droit de vie et de mort sur les autres collègues. En un mot, la promotion canapé est devenue un passage obligé pour les femmes.

Un service civique, patriotique et militaire pour une reprise en main de notre jeunesse qui mériterait d’être moulée dans un certain nombre de nos valeurs cardinales, hélas en voie d’effritement rapide, équivaut à assurer une assistance utile, salutaire à une frange de notre population en danger, une frange dont dépend, du reste, l’avenir de la nation. Il est temps de savoir que l’agent permanent de l’Etat, homme ou femme de bureau et de dossier avant tout, est un pantouflard, c’est-à-dire une personne assise quelque part, une personne fixée à un lieu.

Destin GNIMADI

Le Prétoire du 29 Novembre 2012


Réinventer l’école malienne

Notre école est malade depuis fort longtemps. Et y mettre de l’argent pour le bonheur de nos enfants ne semble plus intéresser les dirigeants de ce pays. Les résultats catastrophiques enregistrés cette année lors des examens démontre que notre école est malade. Un cancer qui ronge l’école malienne depuis belle lurette.

De nos jours, l’école est devenue le circuit facile quand on dispose des diplômes ou pas. On y rentre pour tordre le cou aux apprenants. On y rentre pour harceler les filles. On y rentre pour gagner son pain en faisant de la tricherie. On est où là ? Que Dieu sauve notre pays.
N’ayons pas froid aux yeux pour le dire. L’enseignant qui n’est pas capable de conjuguer le verbe aller au présent de l’indicatif est un danger pour la communauté scolaire et pour la nation. Nul n’est capable de donner des connaissances s’il n’a appris à le faire.

L’apprenant qui n’est pas en mesure de nous dire que quand deux verbes se suivent le second se met à l’infinitif est un malade qui ne pourra pas produire des effets demain pour la nation. Mais on fait comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes dans cette école qui a commencé depuis à montrer des signes d’essoufflement, amorçant sa lente descente aux enfers. Il faut être un sourd endurci pour ne pas entendre les craquements d’un système qui se délite jour après jour. Un système qui est malade et entretenu comme tel par nos dirigeants de tout bord.

Les grèves pèles-mêles des enseignants ne sont que des signes révélateurs. Non seulement notre école endure un manque crucial de maîtres, avec des effectifs d’enseignants largement en deçà des besoins. Mais encore cette école doit faire, d’une part, avec nombre d’enseignants en décalage complet par rapport aux exigences de leur mission, comme elle doit faire, d’autre part, avec des maîtres à qui elle ne peut toujours assurer les conditions minimales ni d’un accomplissement personnel ni d’un engagement professionnel. Si nous nous étions montrés plus attentifs sur un tel aspect des choses, plus exigeants sur la qualité des enseignants et de l’enseignement, peut-être qu’aurions-nous trouvé normal d’alléger de près de la moitié l’effectif actuel de notre personnel enseignant. Ceci pour inaptitude caractérisée et incompétence notoire car l’enseignant reste pour nous la clé de voûte de tout système éducatif.

C’est l’éducateur, en effet, qui, par ses bornes, introduit dans l’école le germe de la gangrène, laquelle finit toujours par avoir raison de l’institution. Combien de nos enseignants ont-ils pu lire «Mamadou et Bineta sont devenus grands» ? Les parents aussi, n’ont aucun regard sur les enfants à la maison. Il suffit de franchir les domiciles à 19 heures 15 pour comprendre la manière dont les parents et les enfants raffolent des feuilletions venus d’ailleurs et qui n’ont rien à voir avec notre culture avec d’ailleurs des scènes que les enfants regardent en même temps que leurs parents. C’est ça l’éducation?

Destin GNIMADI

Le Prétoire du 29 Novembre 2012