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Garanti par la constitution du 25 février 1992 en son article 19, l’égal accès des citoyens a l’emploi n’est pas pour autant une réalité palpable chez nous. Nombre de jeunes, diplômés d’universités, d’écoles de formation technique et professionnelle, ou artisans, n’arrivent toujours pas à décrocher leur première embauche, ou à monter des structures pour s’auto employer. Ce ne sont pas les idées qui leur manquent, et les projets foisonnent dans leurs têtes. Ils ont généralement la compétence, mais l’appui nécessaire pour démarrer leur manque.

Le concours de recrutement tant du public que du privé est devenu le goulot d’étranglement.

Si des chiffres sont souvent avancés à tort ou à raison pour apprécier l’ampleur du chômage dans notre pays, le premier recensement national des chômeurs et des demandeurs d’emploi au Mali a été réalisé en 2006. Selon la Direction Nationale de l’Emploi, les chiffres ne sont pas encore validés par le Gouvernement.

Mais, quel que soit leur nombre, les jeunes en quête d’emploi se trouvent dans une situation stressante et préoccupante. Ils ne baissent pas pour autant les bras. Si certains comptent sérieusement sur les concours de recrutement dans la fonction publique, convaincus que seul l’Etat peut leur garantir une sécurité professionnelle, d’autres considèrent cette formule comme un pis aller et préfèrent le privé ou les projets qui offrent de meilleures conditions salariales.

Certains se rabattent carrément dans l’informel. Dans un cas comme dans l’autre, décrocher un boulot apparaît bien souvent comme un parcours du combattant au cours duquel l’optimisme des jeunes et leur détermination seront mis à rude épreuve surtout chez les jeunes filles dont les charmes sont sollicitées, ouvrant la voie à la débauche.

Depuis que l’Etat a recommencé à recruter des fonctionnaires, la tendance qui s’observe est que beaucoup de jeunes préfèrent se fier à la fonction publique. Nantis de diplômes académiques, ils sont nombreux à guetter les annonces de recrutement lancées par l’Etat. Un tour à la devanture du ministère de la Fonction publique, permet de s’en convaincre.

Mais leurs fortunes sont diverses dans la quête. Soumaila Traoré, diplômé sans emploi, vient de consulter les résultats du dernier concours. Son nom ne figure pas sur la liste des admis et il se lamente : « cela fait la quatrième fois ! ». Comme lui, d’autres sont carrément devenus des abonnés aux concours.

Autant de fois ils ont concouru, autant de fois ils ont échoué. En cause, sans doute pas toujours leur incompétence… Ils dénoncent les considérations ethnico politiques ou affairistes qui entreraient en ligne de compte pour la réussite. Et, sans que cela soit forcément la seule raison, on ne niera pas que ces dernières années, les choses ne se sont pas toujours passés en toute équité.

Mais, les « combines » au niveau de l’administration publique ne sont pas seules en cause dans le malheur de ces jeunes. Dans le privé, certaines grosses entreprises mènent aujour-d’hui une politique qui consiste à recruter essentiellement les enfants ou parents de leur personnel. Ce qui constitue une injustice pour les autres demandeurs.

Par ailleurs, le fameux critère de l’expérience acquise, souvent exigé, est un facteur d’exclusion de la plupart des demandeurs d’emploi. Aussi, ne comprennent-ils pas cette exigence scélérate, puisqu’il faut bien commencer à travailler quelque part pour acquérir l’expérience.

En outre, bien que l’on croit généralement qu’elles sont les plus favorisées, les femmes en quête d’emploi ne sont pas moins soumises à des contraintes. Awa T., diplômée d’une école de formation en management a déjà eu la chance d’être sélectionnée sur dossier. A l’entretien, elle s’entend dire par le directeur du projet : « mademoiselle, le salaire de base est 120 000 FCFA. J’ai la possibilité de vous payer plus ou moins. Le reste dépend de vous… ».

Sibyllin, le message est clair. La jeune fille a préféré décliné cette offre conditionnelle et poursuivre sa quête. Une autre fois et devant un autre pourvoyeur d’emploi, elle sera expressément invitée à offrir ses charmes. Face à son refus, son vis-à-vis lui jettera à la figure : « allez demander à votre père de vous créer votre entreprise ».

Persévérante, elle a fini par avoir un poste. Mais, à sa différence, combien de filles ont dû payer de leur chair ce que certains appellent cyniquement le droit de cuissage ?

Enfin, cette situation met mal à l’aise les parents qui, ayant investi pour la formation de leurs enfants, se voient obligés de les entretenir après l’obtention de leurs parchemins. Amadou Z., titulaire d’un BTS en comptabilité explique qu’il a dû se livrer pendant un certain temps, à un travail de gérant dans un bar de la place , « La situation était devenue si stressante que j’étais même prêt, malgré mon diplôme, à travailler contre un salaire de 20 000 ou 25 000 FCFA le mois », confie ce dernier.

Ce faisant, ils entendaient tous ne plus dépendre de leurs parents. D’ailleurs, la réaction de Sangaré Oumar, fonctionnaire retraité, témoigne de ce que ressentent ces parents de diplômés sans emploi : « J’ai trois enfants qui, plusieurs années après la fin de leurs études, n’ont toujours pas réussi à se procurer un boulot. Je ne peux pas les ignorer. Mais chaque fois que je les vois rentrer à la maison, j’ai une grosse gêne doublée d’inquiétude. Car je me demande a priori quel problème ils vont encore me poser… ».

A la différence de ceux qui voient la fonction publique comme un eldorado, d’autres jeunes n’entendent pas s’y aventurer. Pour eux, c’est un pis-aller et, s’ils devraient se résoudre à y aller, ce serait pour s’en servir comme un tremplin, en attendant mieux. Non seulement ils ne croient plus en l’Etat providence, mais en plus, pour eux, l’idéal, c’est de se mettre à son propre compte ou de travailler dans des structures privées.

Si les pays développés connaissent des taux de chômage plus ou moins élevés, si le plein emploi n’existe nulle part au monde, on est cependant surpris d’observer dans les pays sous-développés, comme le nôtre, qu’il y a des chômeurs, alors qu’il y a tant à faire. Cette situation préoccupante appelle, sans nul doute, des actions hardies de la part de l’Etat. Pour cela, il nous faut des responsables qui ont un sens aigu de la patrie et qui choisissent les ressources humaines qu’il faut à la tâche qu’il faut.

Gnimadi Destin

29 octobre 2007.