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Reconnaissant implicitement qu’il a échoué à faire profiter au pays ses potentialités agricoles, le gouvernement, à travers « l’Initiative riz » et récemment la « Marche vers l’emploi agricole », semble décidé à « reprendre le droit chemin », mais le danger réside dans la manière de procéder.

Le Mali est l’un des rares pays de la sous-région à disposer de terres fertiles et d’importantes potentialités agricoles. Chagriné par « l’inactivité » des Maliens face au joyau qu’est la terre, un dirigeant ouest-africain avait déclaré que « l’Office du Niger, s’il est bien exploité, peut servir de grenier à toute l’Afrique de l’Ouest ». L’Etat vient de lui donner raison en confirmant que le Mali veut rompre avec le passé en mettant désormais en valeur ses possibilités agricoles.

« Nous n’avons d’ailleurs même pas le choix. Nous sommes obligés d’aller vers un développement de l’emploi rural sous peine de rester encore longtemps dans la misère et la famine », a confessé le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Ibrahima Ndiaye.

Cette affirmation du ministre Ndiaye paraît une prise de conscience des autorités sur les « probables » recettes de la terre au Mali.

Mais elle est surtout la reconnaissance de la faillite de l’Etat dans sa mission de développer notre agriculture. Le coton continue sa chute libre, le pays est affamé avec des céréales inaccessibles et les jeunes qui chôment malgré l’alternative de la terre.

Se fixant comme ambition de convaincre les jeunes à s’engager dans l’agriculture à travers d’abord la découverte des multiples opportunités qu’offre l’Office du Niger en matière d’emploi agricole, la caravane de la « Marche vers l’emploi agricole » a conduit les jeunes le week-end dernier à Ségou. L’Etat espère ainsi mettre fin au chômage de nombreux jeunes, qui opéreront dans le créneau porteur qu’est le secteur agricole.

Interrogations

En réponse à ce souhait des autorités, les jeunes se sont dits « prêts à faire du Mali une puissance agricole ». Toutefois, ils ont invité le gouvernement à prendre les mesures idoines pour accompagner les jeunes désireux de s’engager.

A ce niveau, surgissent un certain nombre de questions non négligeables, car les jeunes se demandent quels seront les critères de sélection et d’accompagnement de ceux parmi eux à être séduits par le challenge.
S’il s’agit de monter des projets pour les présenter aux structures compétentes de l’Etat en vue d’un financement, les jeunes ne sont pas rassurés.

Lors d’un débat récent sur une radio internationale, ils avaient expliqué et sollicité le concours du président de la République pour « débloquer » leurs demandes de financement qui, à les en croire, répondaient à tous les critères. Ils ont finalement obtenu gain de cause auprès du chef de l’Etat.

Que deviendront les projets des postulants qui n’auront pas la chance de voir ATT ?
La création d’emplois agricoles n’est pas seulement le but recherché par les autorités.

Il s’agit à court terme, pour ces jeunes, de participer à la réussite de « l’Initiative riz » et de ce fait, à aider le pays à sortir du gouffre de la cherté des céréales.

Là aussi, l’interrogation qui taraude les esprits est de savoir si, vu le démarrage imminent de l’hivernage, ces jeunes seront aptes à participer à cette campagne agricole. De même, ils auront besoin d’un encadrement pour savoir à quoi s’en tenir et répondre efficacement à ce qu’on attend d’eux.

En tout cas, même s’il traduit la volonté d’impulser une nouvelle dynamique à notre agriculture et de répondre au problème d’emploi des jeunes, la « Marche pour l’emploi agricole » est une bonne initiative qui doit être suivie par d’actes aidant les jeunes à tirer leur épingle du jeu dans le secteur agricole. Mais pour beaucoup, rien n’est évident. Il y a même une sorte de flou artistique.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

19 Juin 2008