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L’émigration est un phénomène qui prend de l’ampleur à travers le monde. Le Mali, à l’instar de plusieurs autres pays africains, généralement en voie de développement, est particulièrement concerné par la pratique. Elle met aux prises les autorités des pays de départ et celles des pays d’accueil, en raison du fait qu’il se posent fréquemment un problème de papier pour les personnes qui se rendent dans les pays européens en général, au Canada ou aux Etats Unis pour tenter de se faire une meilleure santé financière. Mais, au Mali, quand on parle de l’émigration, on fait surtout allusion aux mouvements de nos concitoyens en direction des pays européens. C’est dans cette direction qu’ils rencontrent le plus de problèmes.

Le Maliens de France sont ceux qui sont confrontés permanemment à des difficultés de toutes sortes, parce que là le contrôle des papiers est paradoxalement le plus fréquent.

On aurait mieux compris si c’était ailleurs, dans des pays autres que la France ancienne métropole. Mais il n’y a rien à y faire, surtout quand on sait que le nouveau président de la République Française Nicolas Sarkozy n’est pas favorable à l’émigration anarchique. Il insiste sur la régularisation des émigrés. Maintenant qu’il a été élu, après son investiture, comment la situation va-t-elle évoluer?

LES ADVERSAIRES POLITIQUES D’ATT ET L’EMIGRATION

On se rappelle qu’à la veille de l’élection présidentielle du 29 Avril, les adversaires politiques du candidat Amadou Toumani Touré ont fait de l’émigration un sujet de campagne électorale. Sachant bien que les Maliens sont nombreux à l’étranger et que le nombre de candidats à l’émigration ne cesse d’augmenter, ils se sont saisis du thème à un moment où les problèmes ne cessaient de s’amplifier.

En effet, ces dernières années, on ne cessait de rapatrier ceux qu’on appelle les sans-papiers. Certains, dans cette mouvance, ont même été brutalisés par les forces de l’ordre françaises, toute chose qui suscite de la colère chez leurs compatriotes qui sont constamment remontés contre les autorités françaises à cause de la politique de l’immigration de ce pays.

On se rappelle que de nombreuses propositions ont été faites par certains candidats à l’élection présidentielle qui ressemblaient plus à des slogans de campagne qu’à des projets réels traduisant des ambitons nobles pour le Mali et une solidarité agissante envers les Maliens de l’étranger.

Il faut reconnaitre qu’à l’instar d’autres questions, ils ont abordé l’émigration avec plus de passion qu’il ne le fallait, à travers des promesses de création de centre de documentation, voire de recherche sur le phénomène migratoire au Mali. Il n’en fallait vraiment pas autant, étant donné qu’il y a plusieurs paramètres à considérer.

QUELLE SERA L’APPROCHE SARKOZY DE LA GESTION DE L’EMIGRATION?

Nous sommes à une étape particulièrement importante de la gestion de la question de l’émigration au Mali, en particulier avec l’arrivée du président Nicolas Sarkozy à la présidence française. Quelle sera son approche de la gestion de ce problème, quand on sait que pour les Maliens, la question de l’émigration occupe une place de choix dans les relations entre la France et le Mali?

Au stade actuel, à un moment où nombreux sont les Maliens qui sont remontés contre la politique française de l’immigration, il y a plutôt lieu d’aborder la question avec beaucoup de diplomatie, de prudence et d’habilété pour amener nos amis, les Français à comprendre et à mieux prendre en compte nos préoccupations.

Ainsi, il appartiendra surtout au président de la République, au ministre des Affaires Etrangères et à celui des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine de développer la synergie nécessaire qui permettra d’amener les autorités françaises à plus de souplesse dans la gestion du flux migratoire du Mali vers la France.

LA SOLUTION PAR LE DIALOGUE

Aussi, il y a lieu de préciser que ce n’est que par le dialogue fécond qu’on peut trouver des facilités dans la gestion de cette épineuse question, d’autant plus que tout citoyen qui se rend dans un autre pays, est obligé de se conformer aux législations en vigueur des pays hôtes. Difficilement, on peut enfreindre à cela, au risque de s’attirer la colère des forces de sécurité des pays hôtes.

D’ores et déjà, il ne sert à rien de promettre des choses qui ne dépendent pas toujours seulement de nous. Cela n’est pas sincère et serait de nature, à la longue, à entamer plutôt la crédibilité de ceux qui, sans se gêner, font des promesses irréalisables.

Nos autorités, conscientes de l’apport des Maliens de l’extérieur dans l’économie malienne ne peuvent se désintéresser des Maliens de l’Extérieur. Car, en plus de leur apport financier pour le développement du pays, leur départ à l’étranger permet en même temps d’atténuer le poids du chômage au Mali. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce sont les approches de la gestion de la question qui diffèrent.

Mais, dans tous les cas, il faut surtout que les uns et les autres soient de bonne foi, qu’ils soient sincères en disant la vérité aux Maliens. C’est à cette seule condition que nous pouvons évoluer favorablement avec des solutions qui s’adaptent bien à nos réalités et à nos besoins.

Moussa SOW

15 juin 2007.